dimanche 11 octobre 2015


Les yeux noirs


Francisco, dit Le Boiteux, se tient là, à droite, hors champ, debout, une épaule contre le mur, les mains croisées juste sous la ceinture, sa mauvaise jambe, la droite, légèrement repliée, le dessus du pied reposant à peine sur le sol derrière le pied gauche qui supporte tout son poids. Francisco est piroguier, il transporte passagers et marchandises sur l’Oyapock, entre le Brésil et la Guyane. Chaque semaine, il vient voir la fille, là haut, au deuxième étage de l’hôtel Floresta. Il ignore son prénom. Chaque fois, il attend contre ce mur qu’elle apparaisse. Il sait alors qu’il va pouvoir monter. Mais il attend. Chaque fois. Une dizaine de minutes. Il la regarde, de loin. Ensuite, il y va.
Manuela aime bien Le Boiteux. Il ne dit jamais rien, et garde les yeux baissés. Il est rapide et un peu brusque, mais pas brutal. Ensuite il reste longtemps allongé à ses cotés. Il n’y a que dans cette position qu’il peut la regarder, les yeux dans les yeux. Dans ses  yeux noirs, elle y voit son propre visage.
Francisco aime bien Manuela. Sa peau est douce et elle parle peu.  Souvent, sur le même ton, elle répète :  « c’est comme ça ». C’est tout. Quand allongé, il regarde ses yeux noirs, il y voit son propre visage…

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