mercredi 4 janvier 2017


Le Camion


L’enfant est accroché au grillage. Il refuse de lâcher le métal froid tant qu’il fait encore jour,  tant qu’il peut voir les camions immobiles. Derrière lui sa mère attend, elle sait qu’il ne sert à rien de le brusquer. Elle tient dans sa main le petit camion rouge que le père a offert à son fils à Noël. Le précèdent était jaune. L’enfant l’a à peine regardé, ce qu’il veut c’est un vrai camion, pour rejoindre son père, un camion comme celui qu’il fixe depuis dix minutes, les doigts pris dans le grillage.
Le père, lui, dine seul sur une aire d’autoroute. Il est assis sur un tabouret pliant devant la trappe ouverte du petit coffre situé sous le flanc gauche de la remorque de son 35t. Il s’est fait réchauffer une boite de cassoulet et mange lentement. Les dimanches sur les aires d’autoroute sont longs, il faut prendre son temps pour la moindre chose. Parfois on retrouve des connaissances, alors on parle - beaucoup d’histoires de cul - on joue aux cartes, ou on regarde ensemble les matchs sur de minuscules téléviseurs. Aujourd’hui, personne, et il n’a pas prononcé un mot. Mais ça lui va bien, il n’était pas trop d’humeur. Un moineau vient picorer sur sa table improvisée. Il lui sourit. À 22h précise il repart.
Il va bientôt faire nuit. La mère attend patiemment. Un moineau se pose sur une branche nue. Elle lui sourit.
(Jonquières, Vaucluse, 29 décembre)

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