mercredi 21 janvier 2026

 

Une promesse

(Sainte-Cécile-Plage, Pas-de-Calais, 18 mai 2022, 9h 30) 

Il a choisi une chambre avec vue sur la mer, une chambre simple, un grand lit, une chaise, une table, une télévision accrochée au mur, qu’il s’est empressé de débrancher. La seule fantaisie  de cette chambre sont des rideaux années 70  avec des motifs  ovales bruns et oranges. Sainte-Cécile-Plage. Il a pris une carte du nord, il fallait que ce soit dans le nord, il lui fallait le blues du nord, celui qui fait monter les œufs en neige, celui qui lance ses lignes dans les grands fonds, il a cherché une ville qui sonne, qui balance, Sainte-Cécile-Plage, ce fut immédiat, pour la chanson de Nougaro, « Cécile ma fille ». Lui aussi a une fille, elle a vingt ans, et ne voit en son père qu’un bon à pas grand chose, jamais là et mille promesses non tenues. C’est pour ça qu’il est là, dans le nord, à Sainte-Cécile, pour une promesse qu’il s’est faite à lui-même, arrêter ses conneries et devenir un grand écrivain. Sa fille sera sa première lectrice. Il est à la table, face à la baie vitrée encadrée des rideaux vintages. Il écrit à la plume, ça fait un petit bruit de souris, il a la sensation de ne pas être tout seul, une souris qui l’observe, ou un grillon, Jiminy Cricket. Il écrit la première page, une épigraphe, quelques mot de Erri De Luca dans Le Poids du Papillon: « Les nuages s’amoncelaient autour de la montagne, je montais à l’intérieur. J’aime me trouver ainsi, plutôt qu’à ciel dégagé. Ils ajoutent un silence comprimé, ils épaississent la solitude. La solitude est un blanc d’œuf, la meilleur partie. Pour l’écriture c’est une protéine. » Il pose sa plume, la souris s’est enfuie, il prend une deuxième feuille, il reprends sa plume, il attends, suspendu. Il va falloir être patient, mais il a promis.

mardi 20 janvier 2026

 

Une légère attirance

(Les Rouillats, Chemilly, Allier, 12 avril 2022, 17h 25)

Une légère attirance, tendre l’un vers l’autre, s’effleurer du bout des doigts, quelles que soient nos différences. Dans ces deux arbres, l’espoir du garçon au visage troué qui traine ses semelles usées sur les cailloux du chemin le long des champs de colza. Le garçon est parti depuis trois jours. Il a mal aux pieds, mais il est convaincu qu’en suivant la ligne des fleurs il rencontrera une âme sœur.

lundi 19 janvier 2026

 

Un matin lilas

(Hendaye, 29 novembre 2025, 7h 50)

J’ai travaillé toute la journée sur mon ordinateur , bricolant avec des outils que je ne maitrise pas du matériel de communication pour des spectacles. Vers 19h j’avais quelque chose d’acceptable, je levai les yeux de mon écran. Il faisait nuit, je n’étais pas sorti de l’après-midi. Il me fallait du dehors, du lointain, de quoi me laver le regard. J’ai puisé alors un matin lilas dans ma collection de matins d’un peu partout et m’y suis baigné avant même d’entrer dans la nuit.

dimanche 18 janvier 2026

 

Miniatures éphémères

(Hendaye, 30 août 2025, 16h10)

Le gardien des autres mondes

samedi 17 janvier 2026

 

Dieu

(Passage Dieu, Paris 20 ieme, 18h)

Au 8 Passage Dieu dans le vingtième, à 18h aujourd’hui, j’ai croisé Dieu. Il avait l’air très fatigué.

vendredi 16 janvier 2026

 

La falaise

(Hendaye, 4 janvier, 12h 45)

La falaise suinte et s’effrite

Ce sont là les couleurs

D’un temps où nous n’existions pas

jeudi 15 janvier 2026

 

La pomme

(Vaucresson, 13h30)

Deux ans que je me tiens à carreaux, deux ans que je fais tout comme il faut, je garde les mains au fond des poches, faut pas qu’elles m’échappent. Aujourd’hui j’ai eu ma première perm. C’est encore la saison des pommes, je suis allé chez Lucette à Saint-Nom. Elle n’était pas là, volets fermés, jardin en friche. J’ai pris le chemin des vergers, il y avait des fruits pleins les arbres. J’ai levé le barbelé avec un bâton, je suis passé en dessous, l’herbe était humide et fraîche, ça sentait le dehors, j’ai cueilli une pomme, la plus belle, une rouge sang avec des points blancs, j’ai posé mon cul sur une pierre et j’ai mangé la pomme, lentement, très lentement. Après je suis repassé chez Lucette, toujours personne, vu l’état du jardin, ça faisait un bout qu’elle s’était envolée Lucette, dommage, ça lui allait bien les couleurs d’automne. Alors je suis rentré à Nanterre, de toute façon j’avais rien d’autre à faire et faut pas trop trainer quand t’es de sortie. C’est un nouveau le surveillant qui m’a ramené à ma cellule, il m’a demandé comment ça avait été ma journée. J’ai mangé une pomme, que je lui ai dit, je crois bien que j’en ai jamais mangé d’aussi bonne.

mercredi 14 janvier 2026

 

(La Celle-Saint-Cloud, Yvelines, 18h 45)

Faut pas cueillir,  c’est poison.

lundi 12 janvier 2026


Tête de loup 

(Parc de Marly, Yvelines, 11 janvier, 16h)

Je me souviens d’une ancienne maison familiale, très ancienne. Nous l’appelions le château, les plafonds étaient si hauts qu’on utilisait  pour ôter la poussière et les toiles d’araignée une longue perche de bois muni d’une boule de poils, une tête de loup. Je ne sais pas pourquoi ce grand balai se nomme tête de loup, si ce n’est la couleur noire de son extrémité. Enfants, nous aimions dire que là où il passe il y a un loup. C’était aussi et surtout un jouet magnifique, douce lance d’un Don Quichotte en herbe. Cet après-midi dans le parc de Marly, je voudrais m’emparer de ce haut pin-tête-de-loup pour chasser les nuages noirs des années à venir.

dimanche 11 janvier 2026

 

Miniatures éphémères

(Hendaye, 4 janvier, 12h 20)

Ligne de crête

samedi 10 janvier 2026

 

Si la mer monte

(Hendaye, 1er janvier, 8h 15)

Je ne bougerais pas tant qu’il ne m’aura pas appelée. Si la mer monte… On verra bien.



vendredi 9 janvier 2026

 

(Aiako Harria, Pays Basque sud, 2 janvier, 16h 10)

Les paysages m’indiquent le chemin

jeudi 8 janvier 2026

 

Bonne année

(Vaucresson, 6 janvier, Photo Sophie Bernard-Carrive)

De retour après deux jours de route épiques, je retrouve l’un de mes totems frigorifié qui m’attendait pour vous souhaiter la bonne année, bonne année perplexe mais bonne année quand même.

mercredi 7 janvier 2026

 

Le figuier

(Aiako Harria, Pays Basque sud, 2 janvier, 15h40)

On s’est battu dans ces montagnes en 1936. C’est un figuier magnifique qui a fini par s’emparer de cette guérite en ruine.

lundi 5 janvier 2026

 

La fin du monde

(Hondarribia vue d’Hendaye, 9h)

Juan n’avait pas tiré ses rideaux. À neuf heures le soleil éclatait sur son visage et le voisin claquait sa porte. Ça y est, c’est la fin, on y est, se dit-il juste avant de reprendre ses esprits.

dimanche 4 janvier 2026

samedi 3 janvier 2026

 

Couleurs d'hiver

(Aiako Harria, Pays Basque Sud, 2 janvier, 15h40)

Couleurs d’hiver, sonnailles, forts en ruine mangés par les ronces, falaises imprenables, un enfant  court sur la pente entre bouse et crottin brandissant son bâton.

vendredi 2 janvier 2026

 

Première image de l'année

(Hendaye, 1er janvier, 8h 20)

Première image de l’année, temps clair, ciel dégagé, mer calme, vent faible, température 1°Celsius, humeur au beau fixe, prévisions incertaines.

jeudi 1 janvier 2026

 

Miniatures éphémères

Pour le nouvel an

(Vaucresson, 21 juin 2025, 18h10)

Que le chemin se dénoue

mercredi 31 décembre 2025


Un pas de danse 

(Hendaye, 29 décembre, 8h 10)

J’ai vu l’homme descendre sur l’escalier encore humide, glisser, se rattraper in extrémis et transformer sa chute en un gracieux pas de danse comme s’il se sentait observé.

mardi 30 décembre 2025

 

Une rose

(Vaucresson, 25 décembre, 11h 25)

On a sorti l’argenterie, un gros bouquet trône au centre de la table, on parle, on s’esclaffe, on s’interpelle, on trinque, on mastique, mâchoires, argent, porcelaine et verres cliquettent, toute la famille est réunie, rivalisant de tenues chics et strass, le patriarche est en bout de table, son veston est troué, une petit trou de cigarette sur la poitrine, vestige de la dernière sieste un mégot entre les lèvres. Le vieil homme n’a pas mis ses appareils auditifs, les conversations de fêtes ne l’intéressent plus, le brouhaha lui suffit, c’est comme la mer, ou le vent dans les arbres, ou la route, il s’absente, le regard fixé sur une rose fanée au milieu du bouquet. Il faudrait changer de robe, dit-il. Personne ne fait attention à lui.

lundi 29 décembre 2025

 

Épures

I

(Hendaye, 28 décembre, 8h 15)

C’est ainsi chaque matin quand je suis à Hendaye. Je me lève à l’aube. Je regarde d’abord le ciel sur la montagne de la fenêtre de la chambre, sud, sud-est. Puis je vais voir la mer à cent mètre, nord, nord-ouest. La mer et le ciel au dessus de la mer. Souvent je fais quelques photos, toujours du même point de vue, la terrasse devant la chambre, puis l’escalier qui descend sur la plage là où je passe quand je vais surfer sur mon spot préféré, là où je viens depuis tout petit, là où la famille se retrouve. Ce matin le ciel roulait des nuages rouges au dessus de la montagne, à l’intérieur des terres tandis qu’il s’ouvrait au dessus de la mer. C’était un beau levé de soleil sur les Deux-Jumeaux, levé de soleil carte postal, sur une mer calme, pas très passionnant. J’ai fait une photo un peu mécaniquement, en noir et blanc, pour le contre jour, une enième photo des Deux-Jumeaux qui irait une fois de plus encombrer ma photothèque. Je préfère parfois au chatoiement des couleurs, l’épure du noir et blanc. Ce soir en découvrant la photo, je lui trouve quelque chose, elle ne finira pas au fond d’un tiroir informatique. Le grain du ciel, la légère lueur sur l’eau, Le noir intense des silhouettes des rochers et de la falaise décrivent la quintessence de ce paysage. L’encre noir d’un paysage tatoué au cœur.


II


(29 décembre, 8h)

dimanche 28 décembre 2025

 

Miniatures éphémères

(Étang de Saint-Cucufa, 26 décembre, 11h 30)

Ligne de givre

samedi 27 décembre 2025

 

Bruissements

(Étang de Saint-Cucufa, 26 décembre, 11h 35)

Bruissements

Cris de la Foulque macroule cachée dans les roseaux 

Bien plus haut dans le ciel clair, une Buse

Ma tête est un plumeau qui se balance doucement

(Même si je n’ai plus beaucoup de cheveux)

vendredi 26 décembre 2025

 

Le vieux capitaine

(Vaucresson, 9h 35)

Le vieux capitaine n’a plus rien dit depuis Nagasaki. Il somnole sur son fauteuil roulant, le menton sur la poitrine, un filet de bave au bord des lèvres. Sa fille lit à ses côtés sous la véranda baignée de lumière. C’est un salon d’été  meublé à l’occidentale, fauteuils et meubles en rotin, qui donne sur un jardin luxuriant. Sur la table basse un bouquet de roses et freesias, les fleurs fanées ont la délicatesse d’un fin parchemin. La robe bleu de la femme est en parfaite harmonie avec le jaune des coussins. Dans une cage suspendue à un élégant support en fer forgé, chante un rossignol du Japon. Le chant de l’oiseau est ponctué des frêles bim bam boum paf piiiou d’un petit garçon qui joue avec ses soldats de plomb. L’enfant joue à la guerre aux pied du vieux capitaine et de sa fille dévouée. Soudain un boum plus fort que les autres fait taire l’oiseau. Le capitaine se réveille brusquement. Il voit la silhouette d’une figurine sur l’accoudoir d’un fauteuil, le dernier assaut juste avant que le soleil ne se couche. Le vieux capitaine s’agite, il ouvre la bouche, il va parler, il balbutie, la femme laisse tomber son livre, s’approche, l’homme et sa fille se regardent fixement, l’enfant se tait, l’oiseau est immobile, le vieux bégaye, il fait des efforts surhumains, sa fille l’encourage, il va parler, il va dire… Mais non, il renonce, sa bouche se ferme. L’enfant reprend son jeu, l’oiseau son chant, la femme sa lecture.

jeudi 25 décembre 2025

 

( Perruche dégustant une châtaigne, Vaucresson, 24 décembre, 10h 20)

Repas de Noël

mercredi 24 décembre 2025


Résistance

(Vaucresson, 15h 20)

Viennent les premiers froids

Une rose vient d’éclore

Une rose pâle et solitaire

Qui bombe le torse face à l’hiver 

mardi 23 décembre 2025

 

Bourdon

(Camaret-sur-Mer, Finistère, 18 septembre 2018, 11h 40)

L’est un vieux marin qui a le bourdon

Il a un chat dans la gorge et son bateau est rouillé

Il tient sa guitare comme il tenait son môme

L’est plus capable de jouer qu’une note

Pincer la même corde en fermant les yeux

Au tempo d’un robinet qui goutte

Avec des ciels d’artiste sur ses paupières