mardi 9 juin 2026

 

Un Château

(Petit-Saut, Guyane, 20 mai 2023, 17h 50)

Nuits lourdes où l’air vient à manquer, il suffit de se lever, de fouler les feuilles mortes, d’inspirer le parfum de mes jardins, j’ai un château à faire visiter, il est si vaste qu’il contient Hendaye, la Guyane et Vaucresson, ce soir j’y emmène Christophe, soignant aux  petits soins, qui ne dissimule pas son désir de parler. Il m’avoue qu’il va changer de métier à cause des 5% de patients insupportables pour les quels il est si difficile d’avoir de l’empathie. Alors nous partons en voyage, afin que jamais les 5% ne deviennent plus lourds que les 95%.

lundi 8 juin 2026

 

Feu d'artifice

(Vaucresson, 25 mai, 15h 50)

Encore une fois je ne dors pas dans cette position si inconfortable nécessaire à un bon rétablissement. Je me lève pour écrire mon insomnie. Une histoire par nuit indormie. J’ai la sensation qu’un animal s’accroche dans mon dos. Un chat noir peut-être. Non, c’est trop doux, même si c’est porteur de mauvais présage. Un poulpe alors, plus monstrueux, plus tenace, un poulpe dans le dos. Quoi qu’on le dise remarquablement intelligent et capable d’empathie. Décidément je ne peux broyer du noir. Alors j’oublie le monstre et publie cet éclat minuscule pris il y a quelques jours dans un sous bois près de chez moi. Quelques fleurs et feuilles dans un rayon de soleil, infime feu d’artifice qui me saisit, aussi infime qu’étaient gigantesques les feux d’artifice de mon enfance qui me perçaient les tympans.

dimanche 7 juin 2026

samedi 6 juin 2026

 

Il est minuit, je ne dors pas

(Vaucresson, 24 mai, 10h 30)

Il est minuit, je ne dors pas, le corps contraint par cette longue cicatrice qui court sur ma poitrine. Je me lève, je m’assois sur le fauteuil, je soulage mon dos, j’écris, je pense en immobilité, en couleurs, je fais naître des images qui soulagent comme cette araignée prise dans les plis d’une rose qui se dit qu’elle n’est pas chez elle et pourtant en harmonie avec la fleur. L’hopital est silencieux, combien de pensées d’insomniaques courent dans les couloirs. Je pense à ma Sophie, ma morphine disais-je à l’infirmière. Je dois reconnaître que je suis un peu cabot, les soignants n’ont pas fréquemment sous la main un surfer comédien de plus de 70 ans qui n’a été hospitalisé qu’une fois à vingt ans après avoir craché le feu en faisant un saut périlleux sur la place de l’Horloge à Avignon. Mon dieu qu’il est bon de rire et parler. Les amis sont là, la famille est là, proches ou loins, nous ne sommes pas grand chose, l’essentiel, c’est ce lien qui nous unit entre joie et souffrance tous êtres vivants que nous sommes.

vendredi 5 juin 2026

 

La légèreté d'une demoiselle sur l'eau trouble l'étang

Ou Bon dieu de cul que la vie est belle

(Étang de Saint-Cucufa, 25 mai, 16h 25)

La nouvelle est tombée avec l’arrivée des hirondelles. Monsieur va falloir déboucher tout ça, triple pontage en vue, alors que je me sens en pleine forme. Je n’hésite pas, je fais confiance, la médecine fait des progrès formidables, il y a du rab à la clé pour une vie bien remplie. Le 20 mai je suis sur la vague à Hendaye, le 30 mai je joue Le Pas de la Tortue à Paris. L’opération programmée le 3 juin a lieu le deux. Trois jours après je marche, fait du mini pédalo et le désir d’écrire revient. Voilà les amis ce qui explique cette courte absence. Bien sûr je ne resurferai pas avant septembre, ça tombe bien c’est la bonne saison,  et j’ai du annuler quelques représentations, mais me reviennent ces mots lâchés par trois vieillards dans un bar du Trocadero que je fréquentais dans ma folle jeunesse: Bon dieu de cul que la vie est belle!


Et un grand merci à Stéphane Aubert, le chirurgien, et à toute l’équipe de chirurgie cardiaque de la clinique Ambroise Paré-Hartman à Neuilly


mardi 2 juin 2026

 

En de bonnes mains

(Vaucresson, 8 mai, 10h 30)

J’ai dis au chirurgien: 

Donc si j’ai bien compris vous allez arrêter mon cœur le temps de faire quelques raccords. Il va donc falloir que je prévienne celle pour qui mon cœur bat depuis presque cinquante ans.

Nous avons ri. Je suis en de bonne mains.

lundi 1 juin 2026

 

Le Pas de la Tortue et la finale de la ligue des champions

(Vaucresson, 31 mai, 1h 50)

La lune est pleine, ronde comme un ballon de football. Je joue Le Pas de la Tortue dans un atelier d’artiste de Belleville devant une trentaine de personnes. Partout dans le quartier les cafés sont pleins de jeunes gens portant les couleurs du PSG agglutinés devant des écrans télé. Dans l’atelier, l’assistance est attentive, une écoute délicate tandis que je raconte mes histoires entre les installations de Colette, les dessins de Christina et mes photos. Au 152 rue Saint-Maur se construit une île à l’écart du tumulte.  Alors que je raconte l’histoire de Lucien, ce paysan au bout du rouleau qui doit se faire violence pour rejoindre ses semblables, aller où il y a du monde, soudain, l’extérieur explose, pétards, mortiers, feux d’artifice, cris, chants. le PSG vient de marquer le but de la victoire, la pétarade prend la main, et je dois finir le spectacle en naviguant entre les coups de boutoir d’une joie exacerbée. Plus tard, après avoir démonté et chargé mon matériel, je suis effaré par la circulation dans la capitale. Klaxons, sirènes, pétards encore, jeunes gens sur le toit des voitures, accrochés aux portières, souvent cagoulés, motos en roue arrière, scooters en zig-zag, et tous portant ces maillots aux couleur de leur héros, arborant sur le devant le nom du sponsor du club, le Qatar, un pays bien peu vertueux, loin s’en faut. Tout au long du trajet jusqu’à chez moi dans cette nuit torride, cette agitation m’inquiète autant qu'elle m'attire, je ne peux me joindre à cette liesse qui me fait l’effet d’irrationnels sursauts d’un monde en perdition. En arrivant  c’est le silence et la lune prise dans les feuilles agitées par une légère brise qui me rassureront.