Amine, le grutier
(Vaucresson, 16h 50)
Fermeture du chantier, dix-sept heures. Amine redescend. Il prend son temps, peu pressé de rejoindre la terre ferme. Il fumera une cigarette, adossé à la palissade de métal, attentif aux derniers mouvements des travaux. Il partira le dernier, comme il arrivera le premier au matin, juste pour le silence d’un chantier à l’arrêt. Il boira un café au bistrot de la gare. Il regardera le marc au fond de la tasse en pensant à sa grand-mère qui lisait l’avenir. Chaque fois il regarde le marc. Il aimerait y lire quelque chose, un changement dans sa vie, mais il ne voit rien, il n’a pas le don de sa grand-mère. Où peut-être n’y voit-on que ce que l’on veut voir? Amine ne sait pas trop ce qu’il veut, à part être là-haut. Il prendra le train, puis le RER jusqu’à Sarcelles pour rejoindre l’appartement familial au septième étage d’un immeuble HLM. Là-haut il y a du monde, sa femme, ses deux mômes, des jumeaux qui n’en font qu’à leur tête, sa mère qui râle et marche de plus en plus mal, son frère autiste qu’il a retiré d’un institut où il était maltraité. Du monde dans un petit espace, ça en fait du bazar. Mais il l’aime son monde Amine, il gère, comme on dit. Quand il y a trop de bruit à la maison, quand il sent faiblir sa patience, il se met à la fenêtre, allume une cigarette, et regarde les nuages en pensant à ses journées, seul en haut de sa grue.






