mardi 19 novembre 2019


Les géants


(Le Tréport, Seine-Maritime, 18 novembre)

Les géants.
Le jour, ils ne bougent pas.
Ils laissent la mer les taquiner,
ils regardent jouer les oiseaux,
on marche sur leur dos,
ils frissonnent à peine.
Parfois ils jettent une pierre, 
juste pour voir le bruit que ça fait.
Mais la nuit, ils dansent. 
À marée basse ils sautent dans les flaques,
à marée haute, ils marchent sur l’eau.
Je les ai vus.
J’avais un peu bu,
avec un militaire qui avait fait la guerre
pour du pétrole et d’autres conneries,
un militaire qui avait rendu son fusil 
après avoir vu d’autres géants 
jouer aux boules dans le désert.
Faut pas les déranger qu’il m’a dit,
ils sont là depuis longtemps.
J’ai posé ma main,
pour pas tomber, 
ça ronronnait comme un gros chat.
Je les ai entendu rire.
J’ai reconnu ce rire.

lundi 18 novembre 2019


Le vieux marin


(Le Tréport, Seine-Maritime, 17 novembre, 18h30)

Il y a longtemps qu’il ne prend plus la mer, le vieux marin.
Il vient à la digue quand s’allument les balises.
Bâbord, tribord, rouge, vert, le retour,
à tribord la main qui salue, la main qui étreint, la main qui caresse.
À quai, la course de l’enfant, le regard de l’épouse.
À terre les récits de haute mer, les mains qui ne se lâchent plus.
Et pourtant, à peine arrivé, le désir de repartir.
C’était il y a longtemps,
sa casquette était neuve, ses mains fortes,
il voyait jusqu’au côtes de l’Angleterre.
Il vient en tremblant sous la balise, le vieux marin.
Le galon de sa casquette est limé et délavé.
Tant qu’il verra  la lanterne s’allumer,
il ne sera pas perdu.


(18 novembre, 17h20)

dimanche 17 novembre 2019


Miniatures éphémères


(Vaucresson, 14 novembre)

Sur l'épaule du diable

samedi 16 novembre 2019


Le goût de se perdre


(Orval, Belgique, 10 novembre)

Je devais avoir une dizaine d’années. Nous étions partis du petit village de Bareille en Ariège pour rejoindre la grotte d’Aliou d’où jaillit un ruisseau au fond d’un vallon, la Gouarège. Il y avait mes parents, mon oncle Pierre, et moi. J’étais le seul enfant, du moins dans mes souvenirs.
Notre maison  était au bout du village, au bout de la route. De là partait un sentier qui menait au fond d’un autre vallon parallèle au premier. Pour rejoindre la grotte, le chemin le plus court était de gravir à travers bois la colline qui séparait les deux vallées. Mon oncle connaissait le chemin, du moins le disait-il. Nous nous sommes enfoncés dans le sous bois sans hésitation. Très vite les chaos de pierres et les ronciers ralentirent notre progression. Nous avons longtemps tourné dans ces bois denses où les branches crochues et les pierres branlantes semblaient vouloir nous retenir.
Je ne sais plus au bout de combien de temps, la peau égratignée, les chevilles douloureuses, nous avons atteint la cavité et sa résurgence, mais le plus fort de ce souvenir  ce n’est pas cet antre mystérieux où nichent les chauves souris, c’est le chemin semé d’embuches, l’absence de repères, le goût de se perdre.

vendredi 15 novembre 2019


Le jardin de pierres


 (Abbaye d’Orval, Belgique, 10 novembre)

Le moine à posé son râteau de bois contre l’une des colonnes de pierre de la galerie qui longe le jardin sec. Il se frotte les mains, doucement. Il regarde les lignes qu’il vient de tracer, il n’est qu’un grain de sable parmi les autres. Dans le profond silence, un lointain bruit de ressac, infime. Ce sont ses paumes l’une contre l’autre. Le ciel est gris, sur les vagues de sable, une lumière douce, silencieuse. L’homme compte, il compte les traits dans le gravier.
Soudain, là-haut, une éclaircie. Un rayon de soleil passe entre les arches de pierre, caresse le sable, s’accroche à l’arrête du rocher. L’homme sursaute, ses mains s’immobilisent, son cœur se tord.
Dans un pays du nord, un grand rocher surplombe un lac noir. C’est l’été, c’est le soir, un soir sans nuit, un soir d’argent, un soir de juin. Une fille rit aux éclats. Ses yeux sont bleus, ses cheveux blonds, sa peaux piquetée de rousseur, elle rit, son rire ricoche sur les eaux noires. Elle porte juste une culotte et un pull de laine beige. Sur le rocher deux jeunes hommes nus, légèrement ivres chahutent, ils chahutent et plongent, l’un après l’autre, c’est à celui qui réalisera la plus belle ou plus drôle figure, ils remontent, plongent à nouveau, le lac n’en peut plus de faire des ronds et la fille de rire. Et quelque part Jacques Brel chante La Fanette.
Le moine ferme les yeux, il attend que ça passe, que la lumière s’en aille, que le jardin retrouve sa paix.

jeudi 14 novembre 2019


Qu'il en soit ainsi


(Vaucresson, 11h 15)

Juste avant la fin
décrocher
faire trois tours
ardent de désir
se rattraper 
aux branches basses
retarder la chute
abreuvé de lumière
verser une dernière
larme
féconder la terre
prête à m’accueillir

Qu’il en soit ainsi

mercredi 13 novembre 2019


Curieuse journée


(Abbaye d’Orval, Belgique, 9 novembre)

Curieuse journée.
Commémoration des attentats de 2015. Les balles dans la chair, les os brisés, la stupéfaction, le silence du lendemain. Quatre ans, c’est trop proche. La semaine dernière j’écoutais à la radio une émission qui reconstituait les évènements, témoignages, bruits de balles, témoignages, bruits de balles, reconstitution bouleversante, trop réaliste. Les larmes aux yeux je me demandais comment quelqu’un qui avait survécu à deux pas de la mort sous un amas de corps pouvait entendre cela.
Aujourd’hui ma mémoire s’attardera ailleurs, je ne le choisis pas, c’est comme ça.
Mort de Raymond Poulidor. Un nom qui immédiatement m’évoque la cour de récréation de l’école de mon enfance, le bitume rouge brun, granuleux, sur le lequel nous courions dans tous les sens, le bac à sable où nous nous mesurions au saut en hauteur et au saut en longueur, les culottes courtes, les poches pleines de billes ou de marrons. Poulidor, Poupou, un héros pour une enfance, un héros qui n’a jamais gagné. Cela serait-il possible maintenant, à l’heure où la pression est telle que le mot burn-out circule partout, dès le collège, puis dans tous les métiers.
Encore une urgence à dire non. Il y a tant de beauté dans l’or des feuilles et la nonchalance du lierre jeté pardessus les pierres.
Curieuse journée.
Je répète un spectacle pour les enfants, reprise d’une pièce pour un acteur et des marionnettes jouée il y a 25 ans. Une histoire d’amour et d’écologie, un jeune pêcheur amoureux d’une ondine désespérée par la saleté de sa rivière. La mémoire fait son travail, les gestes reviennent, de très loin.
En venant au théâtre, dans les transports en commun, je lis Jours Barbares de William Finnegan, passionnant roman autobiographique d’un reporter de guerre pour qui le surf fut une part essentielle de sa vie, dès l’âge de dix ans. Je me souviens comment à dix ans je portais sur la tête l’énorme planche de surf de mon oncle, une planche blanche qui devait bien mesurer 2m 80,
je me souviens de mes premières vagues dans l’embouchure de la Bidassoa, je me souviens des premières frayeurs, la mémoire est joyeuse.
Curieuse journée où la mémoire se ballade entre ombre et lumière, entre ruines et naissances.
Jamais je n’ai cessé de jouer depuis ma plus tendre enfance, jusqu’à en faire profession.
Je ne trouve pas d’autre image pour cette journée que celle-ci, prise à Orval il y a cinq jours. Une image romantique, où les pierres et les arbres semblent réconciliés. Là, nous y créerons en juillet prochain un spectacle qui contera la formidable histoire de ces pierres et de ce pays. Ce sera un nouveau terrain de jeu, sur une terre où le sang a coulé, sur une terre où des hommes ont donné leur vie à la paix.
À droite, sur les pierres il y a ces traces rouges. Non, pas de sang, de la joie encore. Le souvenir du théâtre où je fis mes premiers pas sur scène il y a quarante deux ans, le théâtre où je rencontrai celle qui est toujours à mes côtés, le théâtre où je côtoyais l’un des plus grands metteur en scène, Peter Brook, le théâtre des Bouffes du Nord à Paris.
Et la mémoire s’emballe, Surf,Théâtre, Amour, Guerre. Je me souviens comment adolescent épris de liberté j’écrivais ces mots d’un geste rageur en marge de mes cahiers de cours. Je crois que je n'ai pas changé.
Curieuse journée, somme toute bien remplie.

mardi 12 novembre 2019




(Orval, Belgique, 10 novembre)

Au premier givre
les amours d’automne
sauvage tendresse

lundi 11 novembre 2019


L'or du val


(Orval, Belgique, 9 Novembre)

Samedi, j’ai vu dans le brouillard d’Argonne un épouvantail sans tête planté dans la terre labourée.
Je l’ai revu dimanche dans l’or du val, il ramassait des feuilles pour s’en faire une tête,
sa jambe de bois tapait sur le bitume, son vêtement était de drap bleu.

dimanche 10 novembre 2019


Miniatures éphémères


(Landévénnec, 5 septembre)

Apprentissage

samedi 9 novembre 2019


Le repas


(Abbaye d’Orval, Belgique)

Nous mangeons en silence, côte à côte. Une grande tablée. les regards se perdent, ou plutôt se retournent vers l’intérieur  tandis que la parole se retient. Les cuillères tintent dans les assiettes comme les haubans sur les mâts. Derrière la vitre brouillée, la seule certitude est l’automne.
Sinon mille mondes sont possibles, des grandes plaines de Mongolie aux détroits de Patagonie.
Nous sommes des bateaux au repos qui attendons la marée haute, nos visages sont nos dessins d’enfants, notre destination nous l’ignorons.

vendredi 8 novembre 2019


Le plongeoir


(Lac de Bournazel, Seilhac, Corrèze, 5 novembre)

Les pieds nus sur le revêtement antidérapant du plongeoir, le corps qui s’élance, se cabre, le bouillonnement  juste après l’impact, la remontée, miroir de la chute au ralenti, la tête qui jaillit hors de l’eau, l’immédiat désir d’y retourner, de voler encore, quelques secondes en suspension, quelques secondes pendant lesquelles se concentre toute la confiance qui fait défaut au sol, l’évidence du geste, la gloire éphémère du garçon si pataud l’instant précédant le saut.

jeudi 7 novembre 2019


Une bouteille


(Lac de Vassivière, Haute-Vienne, 6 novembre)

J’ai trouvé un jour chez un antiquaire une bouteille, une bouteille de marin, de montagnard ou de bûcheron. Elle ne contenait ni un trois mats, ni une danseuse, ni un chasseur, elle contenait un paysage, un lac et des arbres. Le verre était froid, du goulot s’échappait un parfum d’automne.
J’ai bu cul sec, j’ai bu le paysage, c’était frais, c’était bon, c’était silencieux, extraordinairement silencieux, et soudain en fin de bouche une histoire très ancienne.

mercredi 6 novembre 2019


Le ciel


(D918, Entre Saint-Chartier et Saint-Août, Indre)

C’est pour le ciel que je prends la route.
Je vole, je suis Lawrence d’Arabie, Don Quichotte ou Steve McQueen.
Les arbres sont ma troupe.
Qu’importe la distance
mon cœur est un nuage qui file sous le vent,
ma main parcoure la terre,
s’en empare avec douceur,
comme on porte un oisillon
ou un papillon aux ailes ébréchées.
Dans le creux de ma paume
la chaleur de mon amour.
Qu’importe la distance,
nous sommes sous le même ciel.

mardi 5 novembre 2019


Sur la route suspendue


(N20, Artenay, Loiret)

La terre est noire
mais la musique est belle
Marie Laforêt chante
pour un camionneur en débardeur
qui pleure quand elle dit viens
sur la route suspendue

lundi 4 novembre 2019




(Landévénnec, 8 septembre)

Quand le doute se dissipe, l’esprit a la légèreté des herbes et des pavots.

dimanche 3 novembre 2019


Miniatures éphémères


(Arborétum de Chèvreloup, Yvelines, 6 octobre)

Exodes


(Villeneuve-lez-Avignon, Gard, 19 juillet)






samedi 2 novembre 2019


Les poupées russes

 

(Vaucresson)

Nous parlions des lieux de nos premiers pas, à quel point nous en étions imprégnés, souvent inconsciemment. Pour Amaury c’était les Pays-Bas, pour moi c’était le Sénégal. Nous parlions de cette soudaine familiarité qui advient là où l’on ne s’y attend pas. Amaury m’a alors raconté cette histoire:
Élisabeth et Michel, ses parents, étaient partis quelques jours visiter Moscou. Ce fut un merveilleux séjour, si ce n’est qu’Élisabeth fut prise d’une subite passion pour les poupées russes. Elle ne voyait que ça, indifférente aux dômes d’or et de sucre d’orge de la cathédrale Basile-le-Bienheureux, elle ne résistait pas à une petite poupée de bois peint qui attendait sur l’étagère encombrée d’une misérable échoppe. Frénétique, compulsive, elle en achetait par dizaines. Michel ne comprenait pas, il attendait chaque fois patiemment Élisabeth à la porte des boutiques. Michel était très amoureux, donc patient, mais tout de même inquiet.
Au retour, il fallut une valise supplémentaire pour tous ces achats. À la douane, l’astronomique quantité de poupées gigognes intrigua les douaniers qui, soupçonnant quelque douteux trafic,
ouvrirent une à une toutes les poupées. Ils n’y trouvèrent que d’autres poupées qui contenaient d’autres poupées qui contenaient… Cela dura si longtemps que l’avion décolla avec un retard conséquent. Michel se demandait où ils allaient poser toutes ces poupées, il faudrait sans doute de nouvelles étagères, il les fabriquerait, pour Élisabeth.
Quelques jours après leur retour, ils se rendirent un dimanche chez les parents d’Élisabeth. Traditionnel repas dominical, poulet frites, éclairs café ou chocolat, dernières nouvelles, les enfants et l’école, la santé,  et de plus en plus souvent, avançant en âge, la rubrique nécrologique. Ce jour là, il y eut un merveilleux sujet de conversation, le voyage à Moscou. Michel avait apporté quelques photos, Élisabeth, quelques poupées.
Quand Michel raconta la soudaine manie d’Élisabeth, sa mère éclata de rire, un rire chaud, un rire qui emplissait toute la maison, un rire qui semblait venir de très loin. Elle raconta à Michel que pour ses un an Élisabeth reçut en cadeaux une de ces poupées de bois qu’elle garda longtemps dans ses petites mains, la tournant dans tous les sens, la portant à sa bouche, suçotant le bois rouge. Le jouet devait être quelque part dans la maison, entre trois livres et deux bibelots.
Amaury conclut en me disant qu’il y avait maintenant chez lui et chez chacun de ses frères et sœurs au moins une poupée russe sur une étagère.

vendredi 1 novembre 2019


La mue des fées

 
(Vaucresson)

Il y a au fond de mon jardin un arbre aux feuilles couleur de sang où viennent muer les fées.
À l’automne, elles y accrochent leurs ailes fatiguées avant de se réfugier au creux des pierres pour hiberner. Là, à l’abri des regards, elles en tisseront de nouvelles pour le printemps prochain.
On peut lire dans les ailes au rebut les chemins parcourus et les vies accompagnées.


jeudi 31 octobre 2019


Le manguier


(Camp de la transportation, Saint-Laurent-du-Maroni, Guyane, 3 avril)

L’arbre a tout vu, tout entendu.
Il veille au centre du camp.
Un manguier, fier.
Sous l’écorce, les plaintes,
le bruit des chaînes.
Chaque feuille, un nom.
Il suffit de s’asseoir
dans l’ombre paisible,
d’écouter le frisson
sous le vent de mer,
le frisson de l’arbre qui a vu,
pour savoir que jamais
ça ne finira.
Un jour, un homme
a posé son front
contre le tronc.
Il cherchait son frère.
l’arbre a dit les noms.
Un chapelet égrené,
la douceur des billes de bois,
les noms dans la sève.
Et le vent, et les oiseaux,
ont porté d’autres noms, 
du Chili et d’Orient,
d’autres noms 
dans la sève épaisse.
L’homme s’est détaché 
de l’arbre.
Il a vu alors les fruits
charnus comme des bombes.

mercredi 30 octobre 2019


L'escalier


(Landévénnec, 8 septembre)

Il marchait lentement, les mains derrière le dos. La mobilité de sa tête dont je ne voyais que la crinière blanche dénotait une grande attention à tout ce qui l’entourait.
Je l’avais vu venir du rivage, sa silhouette m’était familière. J’étais trop loin pour distinguer son visage. La journée avait été grise. En fin d’après-midi les nuages s’écartèrent. L’homme remontait la colline qui surplombe l’Aulne vers la lumière filtrée par les grands arbres. Il s’arrêta près d’un rosier, se pencha sur une fleur, l’entoura de ses deux mains, se pencha un peu plus pour en respirer le parfum. Je ne pus m’empêcher de penser qu’au même instant, en d’autre lieux, un homme amoureux prenait dans ses mains le visage de sa belle endormie pour l’embrasser tendrement.
L’homme reprit son chemin. Il était vêtu d’un caban sombre qui rendait le blanc de ses cheveux encore plus éclatant. Je le suivis, à distance. La délicatesse de son geste me l’avait rendu sympathique. Il semblait m’avoir vu, lorsque je m’arrêtais, il s’arrêtait à son tour. Parfois il cueillait quelques herbes, les écrasait entre ses doigts pour mieux en apprécier les arômes. Il faisait cela en se tournant de trois quart, comme s’il m’invitait à faire de même, sans que je puisse toujours discerner ses traits.
En haut de la prairie, trois sentiers menaient au sous-bois. L’un à gauche, de terre, large et propre, en pente douce, l’autre à droite envahi de ronces, le troisième au centre, dans le prolongement d’un petit escalier de pierres. L’homme fit une pause au pied des marches de granit, puis les gravit avec une extrême lenteur.
Arrivé en haut de l’escalier, il disparut. Simplement, comme ça, soudain il n’était plus là.
J’hésitai longtemps avant de m’engager dans l’escalier…

mardi 29 octobre 2019



Le Marin


(Pointe du Raz, Finistère, 16 septembre)

Peau de coton, le ciel, 
chair de poule, la mer,
eczéma, la terre.
Il avait choisi la mer,
à fleur sur une peau qui frissonne,
au risque de se perdre
là où les eaux s’égarent,
au risque de se rompre
à forcer le passage.
Il avait choisi la mer
pour ses yeux, pour ses hanches.
Il avait choisi celle qui
jamais ne lui offrirait de répit,
il le savait,
mais c’était elle qu’il avait choisi.


lundi 28 octobre 2019

dimanche 27 octobre 2019


Miniatures éphémères


(Vaucresson, 26 octobre)

L’été indien
ou
La ballade du photographe

samedi 26 octobre 2019


De travers
(Pour Célia)


 (Vaucresson)

Elle est née de guingois.
En d’autres temps, d’autres lieux, on l’aurait abandonnée dans la neige où les hautes herbes.
Elle va fragile et légère,
elle rit été comme hiver.
À celui qui s’étonne de sa joie de vivre, elle répond:
C’est moi, je suis bien comme ça,
de travers.

vendredi 25 octobre 2019


Un vieux chaman


(Vaucresson 24 octobre)

Après une journée de travail en ville, sidéré par les foules résignées allant serrées sur le trajet, il me fallait le réconfort du jardin.
Là, J’ai vu un vieux chaman devenir crocodile,
j’ai vu sept vallées creusées d’une rivière claire menant au grand fleuve,
j’ai vu des chemins bordés de sang,
j’ai vu des amants entortillés au dessus d’un tapis d’or,
j’ai vu un trône pour les aveugles, les manchots, et les épileptiques,
j’ai vu des soleils éteints offrir leurs branches nues,
j’ai vu des comètes chargées de semence,
j’ai vu des troupeaux d’escargots chantant Bella Ciao,
j’ai vu des poissons rouges tétant les arbres femelles,
j’ai vu un grand silence dans un regard triste,
j’ai vu sur le houx piquant l’amour écarlate.

jeudi 24 octobre 2019


C'est si bon


(Arborétum de Chèvreloup, Yvelines, 6 octobre)

On peut se noyer dans une forêt, dans un arbre, dans une feuille.
On peut se noyer dans un visage, dans un regard, dans une pupille.
C’est si bon.

mercredi 23 octobre 2019


Face à face


(Saint-Guénolé, Finistère, 17 septembre)

La vieille avait dit à Martin: «Tu vois, ces deux là, ils sont venus ici en armure de fer pour se défier. C’était au temps où les hivers étaient si rudes que la mer gelait, que les pierres cassaient, que les hommes seuls ne pouvaient survivre. Ils sont venus ici, en plein vent. Ils devaient se tenir face à face, les yeux dans les yeux, sans un geste, sans un coup, les yeux dans les yeux jusqu’à ce que la morsure du froid fasse céder l’un d’eux. C’était ainsi, c’était la règle lorsque deux guerriers se disputaient le cœur d’une femme. Mais ces deux là étaient si fiers, si forts, qu’aucun ne céda, que la glace les cloua au rivage. Le temps passa, les armures se couvrirent de rouille, les hommes devinrent pierres, la femme vécu avec un troisième. Tu vois, ils sont encore là. »
Alors chaque jour le petit Martin vient aux rochers. Il tape, il caresse, il chatouille le roc, convaincu que l’un des deux finira par bouger et détourner le regard

mardi 22 octobre 2019


Sécheresse


(Landévénnec, 15 septembre)

J’ai fait ce rêve: Nous étions quatre. Nous n’étions ni des enfants, ni des vieillards, nous étions les deux à la fois. Nous courions dans le lit desséché d’un grand fleuve. Celui-ci avait un nom, L’Amandier. Notre course soulevait une fine poussière blanche. Nos silhouettes se détachait du sol au dessus de cette ligne claire et brouillée. Nous tenions chacun des bouquets d’herbes sèches, longues et cassantes. Les berges du fleuve n’étaient que sable, partout, un sable fin qui s’en allait à l’infini en douces ondulations. Pas un arbre, pas une pierre, juste quelques herbes jaunes portées par le vent.
Nous avons quitté le lit du fleuve, puis après avoir uni nos herbes en un seul bouquet, nous l’avons planté dans le sable. J’accompagnais les fragiles tiges avec mon doigt qui doucement s’enfonçait.
Quelques gouttes de pluie sur le Velux m’ont réveillé. De larges gouttes, espacées, d’une pluie qui ne fait que s’annoncer sans aller au bout.

lundi 21 octobre 2019


Dans le noir


(Hendaye, 19 octobre, 20h 30)

Il se tient à l’écart.
Quand le monde papillonne autour des lampes, il voudrait en être.
Mais il reste à l’écart. Dans le noir.
On ne le voit pas rougir. On ne voit pas ses yeux qui se brouillent au moindre émoi. On ne voit pas ses mains qui cherchent dans les plis du vêtement roulés du bout des doigts la douceur qui lui a fait défaut.
Dans le noir, il n’a pas froid. Il est un peu arbre, un peu pierre, il est la nuit qui se pose où elle veut, il garde les yeux grand ouverts, il est à l’affût de ses rêves.