mercredi 23 novembre 2022


Murs

(Gigondas, Vaucluse, 1ier novembre, 16h 30)

Il y a des murs faits pour y danser en équilibre 

mardi 22 novembre 2022


Le rouge gorge

(Vaucresson, 11h 50)

Chaque fois que je gratte la terre

Il vient

Le compagnon à la gorge rouge

De plus en plus près

Il frémit, il gazouille, il raconte

Aujourd’hui

Les pierres lisses des mers du nord

Le frottement des crayons sur le papier Canson

Les paniers sur la tête des femmes

L’œil d’obsidienne au doigt du père

La douceur des gorges

Il frémit, il gazouille, il m’enchante 




lundi 21 novembre 2022


Mouvement perpétuel

(CNIT, La Défense, 17 Juin, 9h 10)

J’avais une dizaine d’années quand je suis venu ici pour la première fois. le CNIT (Centre des Nouvelles Industries et Technologies) était un immense hall d’expositions.

C’était le salon de la navigation. J’étais avec mon père. Des centaines de bateaux à voiles ou à moteur étaient exposés. Je me souviens des coques blanches des voiliers de toutes tailles qui semblait flotter dans l’air de cette immense bulle. Mon père, féru de technologie, faisait des commentaires sur les dernières inventions. Je ne l’écoutais pas. Je ne voyais là que la possibilité de larguer les amarres, de s’en aller loin devant, toujours en mouvement vers l’inconnu.

Des années plus tard, je repasse par ici. Le CNIT est devenu un ensemble de commerces et de bureau. Il est encore tôt, il n’ y a pas trop de monde, je fais quelques photos.

Et quand je vois cet homme au centre de l’image, j’ai la sensation d’un mouvement perpétuel, pas une ligne droite ou brisée qui coure vers l’infini, mais un cercle, comme si cet homme pris dans son siècle ne faisait que tourner en rond. 

Mais est-ce l’homme qui tourne dans une architecture figée ou est-ce le monde qui tourne autour de l’homme immobile? 

dimanche 20 novembre 2022

Miniatures éphémères

(Hendaye, 11 novembre, 16h 10)

Le voyageur des dunes 

samedi 19 novembre 2022


La nuit qui vient

(Beersel, Belgique, 17 novembre, 16h)

Il trime tout le jour durant

Il tire, il pousse , il porte

Le corps penche à l’effort

Au crépuscule il se redresse

Il tape ses chaussures sur le palier

Pour en faire tomber la boue

Il accroche sa veste à un clou

Il reprend ses couleurs

Rangées sur une étagère

Et il peint la nuit qui vient 

vendredi 18 novembre 2022


La bête

(Beersel, Belgique, 17 novembre, 19h 30)

Il est arrivé  au petit matin. Un monstre rouge qui mange la terre autour de sa maison. Un monstre qui gronde et fait trembler les murs. Oscar n’ose pas sortir, il a peur des dents de fer, de la bête qui se dresse avant de plonger sur sa proie. La bête va et vient, sa mâchoire claque quand elle s’abat sur une pierre. Pour l’instant elle n’entre pas dans le jardin. La barrière de bois ne résistera pas longtemps. Oscar se souvient des consignes de son tuteur. En cas de problème tu appelles ce numéro écrit en grosse lettres blanches près du téléphone.

-  Allo, monsieur Jean, il y a un dinosaure en bas, j’ai peur.

-  Ne crains rien Oscar, ce n’est qu’une machine, ils font des travaux dans la rue. Je viendrai te voir 

   demain.

Alors Oscar se recouche, se cache sous la couette jusqu’à ce que cessent le bruit et les tremblements.

À la nuit tombée, il n’entend plus rien. Il se lève, va à la fenêtre. Le monstre est là, immobile. Il dort. Oscar sort. Le portail du jardin grince horriblement. Oscar attend sans bouger. Tout va bien, la bête dort toujours. Oscar s’approche, tout doucement. Il murmure les mots doux que chantait tante Julia quand ça n’allait pas, des mots au parfum de rose, des mots qu’il ne comprend pas mais qui sentent bon.

Oscar est à quelques centimètres du museau de la bête. Aucun souffle. Elle est peut-être morte?

Il tend la main. La peau  du monstre est froide et rugueuse. Oscar s’enhardit, il frappe avec son poing. Ça sonne creux, il rigole.

Soudain la bête se dresse et l’avale, d’un seul coup, d’un seul.

jeudi 17 novembre 2022


Waterloo

(Beersel, Belgique, 16h)

Ce matin à Waterloo

Entre chien et loup

J’ai vu un hussard

Tout en haut d’un arbre

À contre jour 

Dans le ciel rouge

Le plumet de son schako

Lui donnait un air

D’oiseau triste

Depuis 1815

Je cherche mon ami mon amant

M’a-t-il dit

Nous sommes partis à la guerre

Comme mari et femme vont aux champs

Les cavaliers du général Von Bülow

Nous ont séparés

Les canons du duc de Wellington

Nous  ont déchiquetés

J’ai perdu mon ami mon amant


Ce soir à Beersel

Entre chien et loup

J’ai vu un hussard

Les pieds plantés

dans un champ de betteraves 

Détrempé

Il tenait sous son bras

Un schako sans plumet

Qu’il caressait

Comme un animal de compagnie

Depuis 1815

Je cherche mon ami mon amant

M’a-t-il dit

Nous sommes partis à la guerre

Comme mari et femme vont aux champs

Les cavaliers du général Von Bülow

Nous ont séparés

Les canons du duc de Wellington

Nous  ont déchiquetés

J’ai perdu mon ami mon amant


Je sais où est ton ami ton amant

Ai-je dit

Il est à Waterloo

Perché sur un abre

Il te cherche il t’attend 

Depuis tout ce temps

À minuit je viendrai te chercher

Je te conduirai à l’arbre

C’est un arbre mort

Courbé comme un arc

Où seuls se posent 

Les soldats et les corbeaux

Je te conduirai à ton ami

Ton amant

Vous aurez l’éternité

Pour vous aimer



 

mercredi 16 novembre 2022


La couleur de la nuit

(Braine-l’Alleud, Belgique, 19h)

C'est au nord

Un creux dans la terre

Et le ciel tombé  avec les feuilles

Une chaise m’attend

Flottant dans l’obscurité

Une chaise pour écrire

La couleur de la nuit 

mardi 15 novembre 2022


...

(Hendaye, 6 novembre, 17h 35)

Parfois je ne sais plus où me mettre

Dans l’eau, sur terre ou en l’air

Je préfère me taire

 

lundi 14 novembre 2022


Un autre monde est possible

(Autoroute A 10, Entre Orléans et Étampes, 13 novembre, 16h 55)

Coincé sur la route

Voitures à touche touche

Même pas d’impatience

L’abattement de l’homme moderne

Tourner la tête une seconde

Soudain le réel se fissure

Le ciel envahit la pensée

Un autre monde est possible 

dimanche 13 novembre 2022


Miniatures éphémères

(Hendaye, 11 novembre, 16h 45)

Le marin pêcheur et le chardon des sables 

samedi 12 novembre 2022


File la laine, filent les jours

(Hendaye, 6 novembre, 17h)

File la laine filent les jours

C’est le refrain d’une chanson triste

On y parle des hommes à la guerre

D’une dame à la fenêtre 

Qui pleure sur son triste sort

File la laine filent les jours

On voudrait s’en aller

En mer ou dans les bois

Loin des hommes et des machines

Dans le silence d’une étreinte

File la laine filent les jours

On voudrait couper le son

Effacer les images

Ne s’occuper que des nuages

Et de son jardin

File la laine filent les jours

Que faire d’autre qu’aimer

Quand l’espoir suffoque

Quand la beauté vacille

Et les arbres tombent

File la laine filent les jours

Alors on ne renonce jamais

On écoute le bruit du monde

On garde les yeux ouverts

Et si le cœur se fissure

On regarde danser

Son petit fils



File la laine, filent les jours est la première phrase du refrain d’une chanson de Jacques Douai File la laine

vendredi 11 novembre 2022


Pole dance

(Hendaye, 10h 15)

Je connais une fille libre comme le vent qui chaque jour danse avec son ombre.

Il y a quelques instants elle était là sur le mur, elle dansait accrochée au réverbère.

L’ombre, seulement l’ombre.

Je ne sais pas où était la fille. 

jeudi 10 novembre 2022


La machine

(Hendaye, 9 novembre, 17h 05)

Il écrit face à la mer, sur une vieille machine à écrire Royal.

La machine sur laquelle écrivait Richard Brautigan, l’un de ses auteurs favoris.

La mécanique sonne comme une carriole, un train ou une bagnole.

À chaque ligne ding une station.

Les pauses sont longues parfois. 

Il attend que quelqu’un se présente au guichet. Un gangster, un hamster, une blonde, un capitaine de corvette… Pas de héros, il ne croit pas aux héros. Sauf si ce sont des chiens.

D’autres fois la machine file, pas d’arrêt, la table du chef de gare tremble au passage du train.

Quand il n’y a plus de jus, plus de gasoil, plus de cheval, il regarde  la mer et le ciel, la mer et le ciel qui charrient du rêve, des sentiments et de la vérité.

Il attend la marée haute, il attend que ça coule dans sa gorge et dans ses yeux.

Alors ça repart, la cloche sonne, ça pétarade, ça hésite, ça bringuebale, mais ça roule.

La soute à bagages est pleine, il y a une carte routière du Wyoming dans le vide poche.

Parfois il embarque la blonde qui attend dans la chambre à côté, une blonde d’une patience infinie qui n’a que de la liberté dans le regard. Et là dans l’histoire, il y a forcément de la neige, une bagarre de boules de neige et le plaisir de se coller quand il fait froid dehors.

Le bureau est envahi de cartons pleins de pages noircies. Il garde tout. N’a jamais rien envoyé. À aucun éditeur.

Il veut juste entendre la mécanique, aller aussi loin qu’elle l’emporte. 

Peut-il se perdre? Non. C’est comme un rêve. Quand ça tourne mal, on se réveille.

Quand la nuit vient, il ne voit plus la mer.

Il ralentit, jusqu’à ce que la machine s’arrête après quelques hoquets. Inutile d’allumer les lumières. 

Il referme le capot de la machine et va dans la chambre à côté. 

mercredi 9 novembre 2022


Qu'est ce que je peux faire...

(Hendaye, 16h 10)

Un oiseau égaré s’écrase sur la baie vitrée.

Rick se réveille en sursaut. Mal au crâne, mal au pied.

Une journée qui s’engage de travers.

Il pleut. Ploc ploc il y a une fuite quelque part. Il faut aller voir.

Il faut monter sur le toit. Non, c’est glissant, et il n’est pas couvreur.

Rick se sent inutile, bon à rien, couard, même la musique l’ignore.

Un bail qu’il n’a pas composé un morceau qui souffle comme le vent d’autan, un morceau qui soulève les jupes des filles et fait marcher les gars sur la tête.

Assis sur le lit, il pense à Anna Karina, les pieds dans l’eau, dans Pierrot le Fou, qui répète: Qu’est-ce j’peux faire, j’sais pas quoi faire…

Elle était jolie Anna…

Il pleut toujours. L’oiseau sur la terrasse bouge encore. Il est sonné mais pas mort. 

Rick le ramasse. Bon dieu, il n’est pas vétérinaire. Il reste là comme un con, pieds nus sur les carreaux mouillés, l’oiseau qui tressaute dans ses mains. Il ne sait même pas ce que c’est, pas un oiseau de mer c’est sûr, mais quoi? Il est si petit.

Il commence à sentir la pluie qui coule sur son visage, dans son cou. Faut rentrer, faire quelque chose pour cet oiseau. Mais celui-ci déjà ne bouge plus. Il a rendu l’âme dans ses mains.

Sa gorge se serre. Il ne va pas chialer quand-même…

Elle était jolie Anna…

C’est une journée qui ne tourne pas rond.

Il commence quelque chose et passe à autre chose. 

En sortant de chez lui, il marche dans une flaque. Il sent l’eau froide qui mouille ses chaussettes, des chaussettes en cachemire. La laine fait éponge.

Le ciel s’éclaircit.

Elle était jolie Anna…

Anna Karina qui dit aussi à Jean-Paul Belmondo: Y’a des idées dans les sentiments…

Il a pris son parapluie, ça ne sert à rien. Il le rapporte et voilà qu’il se remet à pleuvoir. Décidément.

Rick n’a pas le cœur à chanter, jouer, ou surfer. 

C’est une journée qui ne tourne pas rond. Même le vent hésite, sud, sud ouest, ouest…

Quand aux vagues, n’en parlons pas.

À l’arrêt du bus il veut aider une femme qui traine une énorme valise. Elle l’envoie promener.

Le seul sourire qu’il croise est celui d’un vieil homme vouté, un vieil homme qui ne fait plus que ça, sourire.

Rick erre toute la journée le long de la jetée. Il va dans un sens puis dans l’autre, il envie le pêcheur qui sait où poser son regard.

Il lui faut une balise, aujourd’hui il ne s’en sortira pas tout seul. Une balise.

Il va au bout, au bout de la digue. Là il y a une balise, rouge. La lumière est belle en cette fin d’après midi.

Il y a un homme seul face à la mer. Rick s’approche. Il entend alors la voix d’Anna Karina. Qu’est ce que j’peux faire, j’sais pas quoi faire… L’homme regarde le film de Jean Luc Godard sur son smartphone, là sur une digue face à la mer, debout sur les rochers.

 

Pierrot     -  Pourquoi t’as l’air triste?

Marianne -  Parce que tu me parles avec des mots, que moi je te regarde avec des sentiments.

Pierrot     -  Avec toi on peut pas avoir de conversation. T’as jamais d’idée, toujours des  

                    sentiments.

Marianne -  C’est pas vrai, y’a des idées dans les sentiments.


Rick et l’homme se regarde, comme de vieilles connaissances. 

Pour la première fois de la journée Rick sourit, un large sourire, un sourire avec du vent d’autan… 

mardi 8 novembre 2022


Aube dorée

(Hendaye, 7h 30)

Une aube dorée

Un soupir

Cheveux ébouriffés

Et les loups qui courent sur la crête 

lundi 7 novembre 2022



(Hendaye, 6 novembre, 17h 30)


Après avoir confié sa rage à la mer

Le ciel se tait 

dimanche 6 novembre 2022


Miniatures éphémères

(Vaucresson, 29 octobre, 15h 30)

Nils Holgersson 

samedi 5 novembre 2022


Fête foraine

(Hendaye, 8h 40)

Une vilaine crise de goutte le cloue sur une pierre.

Tout est en mouvement, la mer, le ciel, les gens, les chiens, les autos, les vélos, les avions, les camions… Tout.

Rick se dit alors qu’il est au centre, qu’il est l’axe du manège et il fredonne une vieille chanson, Fête foraine de Georges Ulmer…




vendredi 4 novembre 2022


Voyage

(Route de la Corniche, entre Socoa et Hendaye, 16h 45)

800 km dans une Peugeot 404 bordeaux

Le gamin debout à l’avant les mains sur le tableau de bord

Déjà la fascination de la route 

jeudi 3 novembre 2022


N'être rien d'autre qu'un peu d'air

(Gigondas, Vaucluse, 2 novembre, 21h 05)

C’est un soir à danser avec un vieux chat

Courir sur les murs de la terre à la lune

N’être rien d’autre qu’un peu d’air

Qui gonfle les poumons d’une belle de nuit 

mercredi 2 novembre 2022


Une flaque de boue

(Travaillan, 1er novembre, 12h 20)

L’orage  à grondé toute la nuit

Les eaux ont recouvert les vignes

Le trou au bout du champ s’est empli de boue


À midi vingt trois minutes et trente secondes exactement

La flaque de boue est devenue une flaque de lumière 

mardi 1 novembre 2022


La fête des morts

(Gigondas, Vaucluse, 17h 35)

C’est la fête des morts

Le Gigondas coule à flot

Une tête roule dans les rues en pente

Elle chante Mon amant de Saint-Jean

Elle chante à tue-tête elle s’égosille

Les cloches titubent le dong avant le ding

La tête roule dans les jambes 

D’une troupe de mariachis

Ils l’attrapent se font quelques passes

Et la lancent pile sur le cou du corps

Qui tape des mains en équilibre sur un mur

La tête crie panier le romarin fleurit

Comme ça d’un coup entre les tombes

C’est la fête des morts sur les côtes du Rhône 

lundi 31 octobre 2022


La lumière au bout du champ

(Travaillan, 12h 40)

Dans une allée au bout du champ,  là où penchent les cyprès, il y a un coin pour s’écarter du monde. Dans un trou bordé d’herbes folles poussent quelques boulots et des bribes de paysages. Les saisons ont perdu leur latin dans l’herbe tendre et le temps s’accroche aux branches. C’est un étrange et mélancolique paradoxe que de vouloir s’éloigner à tout prix, et désirer à ce point se rapprocher des autres. Le vent n’a pas empêché les arbres de grandir, il leur a donné cette belle inclinaison.

À quelques mètres, un hangar de tôle, un champ en friche, un ruisseau famélique, un verger plus entretenu depuis une éternité, ne restent que quelques vieux cerisiers et abricotiers rabougris, et une maison qui se fissure.

Peut-être est-ce cette lumière au bout du champ qui retient les deux vieux qui vivent là, qui ne sont plus que l’ombre d’eux même. 

dimanche 30 octobre 2022


Miniatures éphémères

(Arboretum de Chèvreloup, 21 octobre, 14h)

Hallucinations 

samedi 29 octobre 2022


Samare

(Vaucresson, 15h 45)

Ils lui ont coupé les ailes.

C’est ce qu’on disait.

Il ne comprenait pas bien.

Il n’avait jamais vu sa mère voler.

Par contre il la savait légère comme l’herbe folle.

Alors il avait délicatement inséré des samares d’érable dans une brindille.

Les samares qu’il ramassait à l’automne, ailes de fées qu’il glissait ensuite dans les petits trous de la table de jardin. Seule la graine passait dans le trou, le haut de l’aile dépassait et se balançait au vent.

Il les prenait entre ses gros doigts bien plus adroits alors qu’avec des couverts, des crayons, ou tout autre outil.

Samare. Il aimait le mot. C’est sa grande sœur qui lui avait appris. Samare, sa s'mare, sa mère….

Samare et brin d’herbe. Pour sa mère.

Il était longtemps resté devant sa modeste composition. Peut-être sa mère réapparaîtrait-elle? 

vendredi 28 octobre 2022


L'étang

(Marnes-la-Coquette, 26 octobre, 16h 50)

Rien ne bouge.

Il entend battre son cœur.

Assis sur une souche, Rick attend.

Juliette viendra-t-elle du fond de l’eau

ou des hauteurs de la canopée? 

jeudi 27 octobre 2022


Une muse

(Marnes-la-Coquette, 26 octobre, 15h 40)

Les personnages solitaires sous les grands arbres sont un reflet des mes rêveries romantiques.

Quand j’ai fait cette photo, je n’ai pas vu le deuxième personnage qui apparait presque nu entre les herbes. Une muse sans doute… 

mercredi 26 octobre 2022


Les vieux indiens IV*

(Marnes-la-Coquette, 16h 55)

Vol au Vent et Genoux Écorchés viennent à leur barque.

L’embarcation est pleine d’eau. 

Ils ne navigueront pas aujourd’hui, ni sur l’eau ni dans les cieux.

L’après-midi est extraordinairement chaude.

Quelque part, un enfant pleure.

Vol au Vent et Genoux Écorchés s’assoient sur la berge
Ils regardent le fond de l’eau.

Les grands arbres s’y reflètent jusqu’à la cime.

Le sillon d’une poule d’eau trouble l’image.

Ils attendent que la surface s’immobilise.

À nouveau ils plongent leurs regards.

Tout en bas le bleu du ciel est plus chaud.

Ils plissent les yeux. C’est à celui qui verra le plus profond.

À celui qui remontera le plus loin dans ses souvenirs.

Vol au Vent se souvient d’un jouet et d’un chagrin.

Les deux étaient indissociables. Le jouet calmait le chagrin en même temps qu’il le fixait dans sa mémoire. Un petit autocar bleu ciel et la mort de sa grand-mère.

Genoux Écorché se souvient d’un chien devant une boulangerie. La peur des aboiements aussi violente que le désir des gâteaux aux étals.

Vol aux Vent et Genoux Écorchés ont les yeux presque fermés.

Vol au Vent se souvient de la poussière sous un radiateur. De la poussière et de la chaleur. De la douceur.

Genoux Écorchés se souvient d’un parfum. Les pavés humides et glissants d’une arrière cour.

Vol au Vent se souvient de sa main dans une autre main tellement plus grande.

Genoux Écorché se souvient d’une voix derrière une vitre sale. Une voix d'homme.

Maintenant ils ferment les yeux.

Soudain Vol au Vent se souvient d’encore plus loin, avant d’être Vol au vent….

« Je me souviens d’avant, bien avant, j’étais une…. »

Genoux Écorché le regarde stupéfait.

Et voici la poule d’eau qui revient en gloussant. L’eau se trouble à nouveau. Le souvenir s’échappe avant même de s’être dévoilé.


* I,II,III billets du 27/11/2020, du 11/02/2021, du 16/10/2021 

mardi 25 octobre 2022


Goldenrain tree

(Savonnier, Kœlreuteria paniculata, Arboretum de Chèvreloup, 21 octobre, 16h 30)

Goldenrain tree.

C’est le nom anglais du savonnier.

Ses fruits comme de petits sachets en forme de cœur, des sachets à histoires.

Aujourd’hui nous nous retrouvons, quelques amis chers,  pour un dernier adieux à Didier, l’arbre dansant, l’arbre conteur.

Bachka qui a été sa compagne puis sa sœur d’âme me raconte que, hier, au cours d’un trajet en  taxi de la Place de la Bastille au domicile de Didier, le chauffeur l’a reconnue. Après l’avoir observée longuement en silence dans le rétroviseur, il lui a dit: je vous reconnais madame, je vous ai prise pour la même course, il y a dix ans. Bachka me raconte cette anecdote avec une joie enfantine. C’est si beau ce mystère. Il y a dix ans à cet instant il devait y avoir beaucoup de lumière dans ce taxi.

Comme il y en a cet après midi dans le silence, dans les mots des uns et des autres.

Comme il y en avait dans les gestes et la parole du conteur.

Restent les histoires, et le désir de raconter.

Demain je retournerai près de « l’arbre pluie d’or », je cueillerai l’un de ses fruits, l’un de ces sachets, et l’ouvrirai avec gourmandise.