lundi 26 janvier 2026

 

On peut encore rêver au Star Hotel

(Les Lilas, Seine-saint-Denis, 24 janvier, 16h 20)

À onze heures il a ouvert les volets, clac, clac, clac clac, huit fois, autant qu’il y a de panneaux rouillés à replier. Il y avait un rayon de soleil et une fille blonde avec une coupe mulet et un survêt vert pomme qui passait. Elle l’a regardé. Oui, elle l’a regardé, elle ne s’est pas arrêtée mais elle l’a regardé,  elle a même souri. Je ne sais pas où elle va, mais ça doit être chouette, il s’est dit. Un déclic, un reset dans sa tête, ça a suffit à le remettre en route, comme quoi, une coupe mulet, un survêt et un sourire, et ça repart. Pas lavé, pas coiffé, pas rasé, dix jours qu’il trainait dans sa piaule à deux sous le désir à la cave. Il avait débarqué là après son dernier contrat, un tablier blanc et une fausse moustache, garçon de café dans une série B, série B, mais d’époque, attention, payé une misère, silhouette, juste faire ce qu’on te dit, rien à dire, à peine deux cent balles. Depuis, rien. Il avait laissé sa valise ouverte sur le parquet taché, les armoires ça sert pas quand tu sais plus où t’en est. Et là, le regard de la fille. Il n’a pas vu la couleur de ses yeux, trop loin, peut-être verts, ça serait bien, comme le survêt. Il a commencé par se laver, se racler, à la brosse sous l’eau chaude, ça fumait dans toute la pièce. Il a peigné ses cheveux mouillés en arrière, bien plaqués, à l’ancienne, et il a enfilé un caleçon propre, un coton fin à rayure, la classe, il avait toujours assuré question sous-vêtements, le dernier rempart. Avant de s’habiller il s’est mis à faire le ménage à fond. Ranger ses fringues dans l’armoire, aérer les draps, balayer partout, dessus, dessous. En tirant le lit, il a trouvé une photo glissée entre le mur et la plinthe à moitié décollée. Une photo signée et dédicacée de Charles Bronson coiffé d’un Stetson. La photo est pâle et sale, mais on peut encore lire: Pour Max, mon ami. Charles Bronson. Waouh! Ben ça! Maxime, il s’appelle, Max pour les intimes, on ne me croira jamais, il se dit, en caleçon rayé sur le lit défait avec un sourire à faire tomber toutes les filles en survêt et coupe mulet, c’est mon jour,  c’est un signe, le début du commencement, on peut encore rêver au Star Hotel.


dimanche 25 janvier 2026

samedi 24 janvier 2026

 

(Parc de Saint-Cloud, 22 janvier, 16h 45)

Une très vieille histoire d’amour

vendredi 23 janvier 2026

 

Feuille d'or


(Hortensia à feuilles de chêne, Parc de Saint-Cloud, 22 janvier, 16h 40)

Quelques centimètres de feuille d’or à poser sur une journée grise et pluvieuse.

jeudi 22 janvier 2026

 

L'escamotage de la tour  Montparnasse

(Parc de Saint-Cloud, Hauts-de-Seine, 16h 20)

Je suis venu voir les arbres au Parc de Saint-Cloud qui surplombe Paris. Soudain j’entends des coups de feu, j’aperçois un homme en chapeau melon et long manteau planqué derrière une statue, sur la route une voiture du siècle dernier. On tourne un film, Fantomas me dit-on. Deux assistants se précipitent pour me chasser du champ, je n’ai pas le costume adéquat. Je m’éloigne, on crie ça tourne, ça tire à nouveau. Ça tourne, tandis qu’un peu plus loin quelqu’un tente d’escamoter la tour Montparnasse avec éclat.




mercredi 21 janvier 2026

 

Une promesse

(Sainte-Cécile-Plage, Pas-de-Calais, 18 mai 2022, 9h 30) 

Il a choisi une chambre avec vue sur la mer, une chambre simple, un grand lit, une chaise, une table, une télévision accrochée au mur, qu’il s’est empressé de débrancher. La seule fantaisie  de cette chambre sont des rideaux années 70  avec des motifs  ovales bruns et oranges. Sainte-Cécile-Plage. Il a pris une carte du nord, il fallait que ce soit dans le nord, il lui fallait le blues du nord, celui qui fait monter les œufs en neige, celui qui lance ses lignes dans les grands fonds, il a cherché une ville qui sonne, qui balance, Sainte-Cécile-Plage, ce fut immédiat, pour la chanson de Nougaro, « Cécile ma fille ». Lui aussi a une fille, elle a vingt ans, et ne voit en son père qu’un bon à pas grand chose, jamais là et mille promesses non tenues. C’est pour ça qu’il est là, dans le nord, à Sainte-Cécile, pour une promesse qu’il s’est faite à lui-même, arrêter ses conneries et devenir un grand écrivain. Sa fille sera sa première lectrice. Il est à la table, face à la baie vitrée encadrée des rideaux vintages. Il écrit à la plume, ça fait un petit bruit de souris, il a la sensation de ne pas être tout seul, une souris qui l’observe, ou un grillon, Jiminy Cricket. Il écrit la première page, une épigraphe, quelques mot de Erri De Luca dans Le Poids du Papillon: « Les nuages s’amoncelaient autour de la montagne, je montais à l’intérieur. J’aime me trouver ainsi, plutôt qu’à ciel dégagé. Ils ajoutent un silence comprimé, ils épaississent la solitude. La solitude est un blanc d’œuf, la meilleur partie. Pour l’écriture c’est une protéine. » Il pose sa plume, la souris s’est enfuie, il prend une deuxième feuille, il reprends sa plume, il attends, suspendu. Il va falloir être patient, mais il a promis.

mardi 20 janvier 2026

 

Une légère attirance

(Les Rouillats, Chemilly, Allier, 12 avril 2022, 17h 25)

Une légère attirance, tendre l’un vers l’autre, s’effleurer du bout des doigts, quelles que soient nos différences. Dans ces deux arbres, l’espoir du garçon au visage troué qui traine ses semelles usées sur les cailloux du chemin le long des champs de colza. Le garçon est parti depuis trois jours. Il a mal aux pieds, mais il est convaincu qu’en suivant la ligne des fleurs il rencontrera une âme sœur.

lundi 19 janvier 2026

 

Un matin lilas

(Hendaye, 29 novembre 2025, 7h 50)

J’ai travaillé toute la journée sur mon ordinateur , bricolant avec des outils que je ne maitrise pas du matériel de communication pour des spectacles. Vers 19h j’avais quelque chose d’acceptable, je levai les yeux de mon écran. Il faisait nuit, je n’étais pas sorti de l’après-midi. Il me fallait du dehors, du lointain, de quoi me laver le regard. J’ai puisé alors un matin lilas dans ma collection de matins d’un peu partout et m’y suis baigné avant même d’entrer dans la nuit.

dimanche 18 janvier 2026

 

Miniatures éphémères

(Hendaye, 30 août 2025, 16h10)

Le gardien des autres mondes

samedi 17 janvier 2026

 

Dieu

(Passage Dieu, Paris 20 ieme, 18h)

Au 8 Passage Dieu dans le vingtième, à 18h aujourd’hui, j’ai croisé Dieu. Il avait l’air très fatigué.

vendredi 16 janvier 2026

 

La falaise

(Hendaye, 4 janvier, 12h 45)

La falaise suinte et s’effrite

Ce sont là les couleurs

D’un temps où nous n’existions pas

jeudi 15 janvier 2026

 

La pomme

(Vaucresson, 13h30)

Deux ans que je me tiens à carreaux, deux ans que je fais tout comme il faut, je garde les mains au fond des poches, faut pas qu’elles m’échappent. Aujourd’hui j’ai eu ma première perm. C’est encore la saison des pommes, je suis allé chez Lucette à Saint-Nom. Elle n’était pas là, volets fermés, jardin en friche. J’ai pris le chemin des vergers, il y avait des fruits pleins les arbres. J’ai levé le barbelé avec un bâton, je suis passé en dessous, l’herbe était humide et fraîche, ça sentait le dehors, j’ai cueilli une pomme, la plus belle, une rouge sang avec des points blancs, j’ai posé mon cul sur une pierre et j’ai mangé la pomme, lentement, très lentement. Après je suis repassé chez Lucette, toujours personne, vu l’état du jardin, ça faisait un bout qu’elle s’était envolée Lucette, dommage, ça lui allait bien les couleurs d’automne. Alors je suis rentré à Nanterre, de toute façon j’avais rien d’autre à faire et faut pas trop trainer quand t’es de sortie. C’est un nouveau le surveillant qui m’a ramené à ma cellule, il m’a demandé comment ça avait été ma journée. J’ai mangé une pomme, que je lui ai dit, je crois bien que j’en ai jamais mangé d’aussi bonne.

mercredi 14 janvier 2026

 

(La Celle-Saint-Cloud, Yvelines, 18h 45)

Faut pas cueillir,  c’est poison.

lundi 12 janvier 2026


Tête de loup 

(Parc de Marly, Yvelines, 11 janvier, 16h)

Je me souviens d’une ancienne maison familiale, très ancienne. Nous l’appelions le château, les plafonds étaient si hauts qu’on utilisait  pour ôter la poussière et les toiles d’araignée une longue perche de bois muni d’une boule de poils, une tête de loup. Je ne sais pas pourquoi ce grand balai se nomme tête de loup, si ce n’est la couleur noire de son extrémité. Enfants, nous aimions dire que là où il passe il y a un loup. C’était aussi et surtout un jouet magnifique, douce lance d’un Don Quichotte en herbe. Cet après-midi dans le parc de Marly, je voudrais m’emparer de ce haut pin-tête-de-loup pour chasser les nuages noirs des années à venir.

dimanche 11 janvier 2026

 

Miniatures éphémères

(Hendaye, 4 janvier, 12h 20)

Ligne de crête

samedi 10 janvier 2026

 

Si la mer monte

(Hendaye, 1er janvier, 8h 15)

Je ne bougerais pas tant qu’il ne m’aura pas appelée. Si la mer monte… On verra bien.



vendredi 9 janvier 2026

 

(Aiako Harria, Pays Basque sud, 2 janvier, 16h 10)

Les paysages m’indiquent le chemin

jeudi 8 janvier 2026

 

Bonne année

(Vaucresson, 6 janvier, Photo Sophie Bernard-Carrive)

De retour après deux jours de route épiques, je retrouve l’un de mes totems frigorifié qui m’attendait pour vous souhaiter la bonne année, bonne année perplexe mais bonne année quand même.

mercredi 7 janvier 2026

 

Le figuier

(Aiako Harria, Pays Basque sud, 2 janvier, 15h40)

On s’est battu dans ces montagnes en 1936. C’est un figuier magnifique qui a fini par s’emparer de cette guérite en ruine.

lundi 5 janvier 2026

 

La fin du monde

(Hondarribia vue d’Hendaye, 9h)

Juan n’avait pas tiré ses rideaux. À neuf heures le soleil éclatait sur son visage et le voisin claquait sa porte. Ça y est, c’est la fin, on y est, se dit-il juste avant de reprendre ses esprits.

dimanche 4 janvier 2026

samedi 3 janvier 2026

 

Couleurs d'hiver

(Aiako Harria, Pays Basque Sud, 2 janvier, 15h40)

Couleurs d’hiver, sonnailles, forts en ruine mangés par les ronces, falaises imprenables, un enfant  court sur la pente entre bouse et crottin brandissant son bâton.

vendredi 2 janvier 2026

 

Première image de l'année

(Hendaye, 1er janvier, 8h 20)

Première image de l’année, temps clair, ciel dégagé, mer calme, vent faible, température 1°Celsius, humeur au beau fixe, prévisions incertaines.

jeudi 1 janvier 2026

 

Miniatures éphémères

Pour le nouvel an

(Vaucresson, 21 juin 2025, 18h10)

Que le chemin se dénoue

mercredi 31 décembre 2025


Un pas de danse 

(Hendaye, 29 décembre, 8h 10)

J’ai vu l’homme descendre sur l’escalier encore humide, glisser, se rattraper in extrémis et transformer sa chute en un gracieux pas de danse comme s’il se sentait observé.

mardi 30 décembre 2025

 

Une rose

(Vaucresson, 25 décembre, 11h 25)

On a sorti l’argenterie, un gros bouquet trône au centre de la table, on parle, on s’esclaffe, on s’interpelle, on trinque, on mastique, mâchoires, argent, porcelaine et verres cliquettent, toute la famille est réunie, rivalisant de tenues chics et strass, le patriarche est en bout de table, son veston est troué, une petit trou de cigarette sur la poitrine, vestige de la dernière sieste un mégot entre les lèvres. Le vieil homme n’a pas mis ses appareils auditifs, les conversations de fêtes ne l’intéressent plus, le brouhaha lui suffit, c’est comme la mer, ou le vent dans les arbres, ou la route, il s’absente, le regard fixé sur une rose fanée au milieu du bouquet. Il faudrait changer de robe, dit-il. Personne ne fait attention à lui.

lundi 29 décembre 2025

 

Épures

I

(Hendaye, 28 décembre, 8h 15)

C’est ainsi chaque matin quand je suis à Hendaye. Je me lève à l’aube. Je regarde d’abord le ciel sur la montagne de la fenêtre de la chambre, sud, sud-est. Puis je vais voir la mer à cent mètre, nord, nord-ouest. La mer et le ciel au dessus de la mer. Souvent je fais quelques photos, toujours du même point de vue, la terrasse devant la chambre, puis l’escalier qui descend sur la plage là où je passe quand je vais surfer sur mon spot préféré, là où je viens depuis tout petit, là où la famille se retrouve. Ce matin le ciel roulait des nuages rouges au dessus de la montagne, à l’intérieur des terres tandis qu’il s’ouvrait au dessus de la mer. C’était un beau levé de soleil sur les Deux-Jumeaux, levé de soleil carte postal, sur une mer calme, pas très passionnant. J’ai fait une photo un peu mécaniquement, en noir et blanc, pour le contre jour, une enième photo des Deux-Jumeaux qui irait une fois de plus encombrer ma photothèque. Je préfère parfois au chatoiement des couleurs, l’épure du noir et blanc. Ce soir en découvrant la photo, je lui trouve quelque chose, elle ne finira pas au fond d’un tiroir informatique. Le grain du ciel, la légère lueur sur l’eau, Le noir intense des silhouettes des rochers et de la falaise décrivent la quintessence de ce paysage. L’encre noir d’un paysage tatoué au cœur.


II


(29 décembre, 8h)

dimanche 28 décembre 2025

 

Miniatures éphémères

(Étang de Saint-Cucufa, 26 décembre, 11h 30)

Ligne de givre