vendredi 30 juin 2023


Lever


(Saint-georges-de-l’Oyapock,  Guyane, 24 mai, 6h 50)


Le clapot de l’eau

Sur la rive sombre

Le jour se lève

jeudi 29 juin 2023


9 mm Parabellum

(Hendaye, 19h)

Un ciel indigné

De l’encre noire

Pouce appuyé de force

Pour relever les empreintes

Un coup de feu 

Annoncé d’une phrase assassine

Un adolescent

Une balle en pleine poitrine

Un voile noir sur le regard

Noir

Noir

Noir

Et ça gronde

De larmes accumulées

D’incompréhensions

D’une confiance dissoute dans les insultes

Où est-il  le gendarme de Guignol

Qui faisait rire les enfants

Un Sig-Sauer SP 2022 9MM Parabellum

À remplacé le bâton

Au petit théâtre de Guignol

Les bancs sont vides

Les enfants sont dans la rue 

mercredi 28 juin 2023


Melocoton

(Hendaye, 21h)

Il y a quelque part

Dans un grand lit

Une femme qui dort

Qui essaie de dormir

Une chanson tourne

En boucle dans sa tête

Melocoton

De Colette Magny

C’est ce que je vois

Ce soir dans le ciel 

mardi 27 juin 2023


Bon courage

(Hendaye, 20h 30)

Je suis parti à l’aube.

Un nuage de particules venu du Canada voilait le soleil.

De plus en plus de camions sur la route.

J’ai vu à une station service un chauffeur aux jambes si lourdes qu’il avait du mal à marcher.

Les jambes d’un gars qui passe sa vie dans son camion.

Ces gars qui vont du camion à la douche de la station leur trousse de toilette sous le bras.

Des camions qui transporte des tas de trucs dont on a pas forcément besoin.

En fin d’après midi j’étais dans l’eau, les jambes frémissantes.

Je viens rendre visite à mon père qui repose au fond de la baie.

Nous n’étions jamais d’accord, mais nous aimions discuter.

Mon optimisme naïf, revendiqué, se heurtait à son pessimisme réaliste.

Je suis venu prendre quelques vagues et donner des nouvelles d’ici bas.

Elle ne sont pas terribles les nouvelles, peut-être bien que tu avais raison papa.

À l’est c’est le bordel, à l’ouest ça crame, ici ça se raidit…

Mais bon, l’eau est bonne, et toute à l’heure Arthur, ton arrière petit fils m’a fêté mon anniversaire au téléphone, un chouette petit gars de deux ans et demi qui répète tout.

Sais tu que chaque fois qu’il dit au revoir, il rajoute: Bon courage!

C’est qu’il doit souvent l’entendre cette expression… 

lundi 26 juin 2023


Serpents corail

(Bois du Butard, La Celle-Saint-Cloud, 25 juin, 21h 25)

Arbres braisés, arbres bagués, arbres serpents corail

Au bois du Butard dans la fraicheur du soir

Taches rouges du couchant sur les troncs dressés

Et la rêverie s’enflamme quand les arbres glissent

En sinuosités sur les feuilles mortes 

dimanche 25 juin 2023


Miniatures éphémères

(Vaucresson, 23 juin, 10h 10)

Sur le pas de la porte 

samedi 24 juin 2023


Dans le reflet du saule


(Étang de Saint-Cucufa, 20h 55)


Dans le reflet du saule un poème de Li Bo (701-762):


Pourquoi vivre au cœur de ces vertes montagnes?

Je souris sans répondre, l’esprit tout serein.

Tombent les fleurs, coule l’eau, mystérieuse voie…

L’autre monde est là, non celui des humains.


(Poème extrait du livre de François Cheng, D’où jaillit le chant, la voie des fleurs et des oiseaux dans la tradition des Song, éditions Phébus)

vendredi 23 juin 2023


Soulèvement de la terre

(Vaucresson, 19h 20)

Étamines du lys

Dressées

 Au soleil du soir

Soulèvement de la terre! 

jeudi 22 juin 2023


Démission

(Dégrad-des-Cannes, Rémire-Montjoly, Guyane, 6 juin, 8h 40)

Il a eu du mal à l’écrire.

Une lettre de démission.

Il ne suffit pas de le dire, il faut l’écrire, et ça il ne sait pas bien.

Il connait mieux les moteurs que les mots, n’a jamais pu écrire une ligne sans tacher de graisse la feuille.

Cette fois ci, c’est fait. Il débarque définitivement. C’est officiel. Après quarante ans sur les mers, à fond de cale, les mains dans le cambouis.

On disait de lui qu’il avait l’oreille absolue de la mécanique, capable de détecter la panne  avant qu’elle n’arrive. 

Mais il faut savoir s’arrêter. Surtout quand l’oreille faiblit et qu’on a fait dix fois le tour des mers en répétant les mêmes gestes.

Il est sur le pont, son sac sur l’épaule. Les grues tournent, déjà on décharge les conteneurs.

Il s’en fout. 

Le parfum des bois et de la pluie vient jusqu’ici, couvre celui des huiles.

Il regarde le fleuve Mahury qui remonte loin à l’intérieur des terres bordé de ce vert impénétrable.

Il y a tant à explorer.

Et le ciel applaudit. 

mercredi 21 juin 2023


Désarroi 

(Awala-Yalimapo, Guyane, 4 juin, 11h 30)

Marée basse

Une langue de sable

Qui ne va nulle part

mardi 20 juin 2023


Le penseur

(Sophora pleureur du Japon, Buxerolles, Vienne, 14 juin, 18h 50)

Styphnolobium japonicum Pendula emmêlé dans ses pensées 

lundi 19 juin 2023


Orage et poussières

(Sur la D 177 entre Auneau-Bleury-Saint-Symphorien et Ablis, 18 juin, 19h 10)

Nous revenons de chez notre fille à Buxerolles. Quelques jours à partager les rires et découvertes du petit fils. 

Après un arrêt à Chambord pour voir l’exposition de Lionel Sabatté qui travaille avec les poussières et rebuts organiques du château, nous sommes pris sous l’orage.

Le ciel est noir dessus les prairie jaunes, l’eau déborde des fossés et caniveaux, le vent couche les blés et emporte feuilles, fleurs, pollens et branches qui couvrent la route. 

Nous roulons au pas dans une lumière de fin du monde. 

Aucune photo du ciel zébré d’éclairs à l’est, du blanc claquant des éoliennes et chateaux-d’eau, de la ligne contrastée noir sur jaune, nous roulons sur la plaine de Beauce défaite de sa monotonie.

Quand enfin, après l’orage, nous nous arrêtons sur un banal bas côté, je découvre à l’ouest le ciel maintenant allégé, ouvert à une soirée parfumée d’humidité.

je suis alors cueilli par la vision du marcheur de Giacometti qui avance à contre jour, plus grand que les arbres et les maisons, qui ne serait pas de bronze mais de poussières et fils de fer, comme les loups de Lionel Sabatté.




La forêt, encore et toujours la forêt.

(Poussières des cimes de Chambord, photographie révélée à la poussière des cimes de Chambord et aux poussières de l’atelier de l’artiste sur toile, Exposition Lionel Sabatté: Pollens clandestins, Château de Chambord, jusqu’au 17 septembre. On peut voir d’autres images, notamment des loups sur le site du château, chambord.org)

 

dimanche 18 juin 2023


Miniatures éphémères

(La Carapa, Macouria, Guyane, 6 mai, 9h)

Y’a pas à tortiller 

samedi 17 juin 2023


Avant la nuit

(Saint-Laurent-du-Maroni, 3 juin, 18h 15)

Rentrer avant la nuit, avant que le ciel et la nuit tombent, c’est ce qu’il faudrait, c’est ce qu’il se dit.

Pourtant il pagaie de moins en moins vite.

Le ciel s’encombre, la nuit vient et il ralentit.

S’envelopper une dernière fois d’inconnu, à quelques encablures du dégrad. 

vendredi 16 juin 2023


Libellules et Demoiselles 

Les jours

(Rhyothémis plutonia, Montsinery-Tonnégrande, Guyane, 29 avril, 16h 35)


Enlaçant un brin d’herbe sur le sentier du bagne des annamites

Epousant le feuillage d’un jeune saule en forêt de Rambouillet

Brindille parmi les brindilles dans une prairie de Buxerolles

De loin en loin Libellules et Demoiselles marquent les jours




(Calopteryx vierge, Forêt de Rambouillet, Yvelines, 11 juin, 12h 10)




(Agrion à larges pattes, Buxerolles, Vienne,  16 juin, 10h 55) 


jeudi 15 juin 2023


Un petit peu rouge, un petit peu jaune

(Buxerolles, Vienne, 10h 20)

Un pâle coquelicot au pied d’un arbre

Trop fragile pour être cueilli

L’enfant accroupi regarde frémir les pétales

Il chantonne

Un petit peu rouge, un petit peu jaune

Un petit peu rouge, un petit peu jaune… 

mercredi 14 juin 2023


Les noms

(Buxerolles, Vienne, 19h 40)

Le calin du Pin maritime au Sophora pleureur du Japon.

De plus en plus ce besoin de nommer les plantes, les insectes, les oiseaux… 

Les nommer, retenir les noms, les prononcer, comme on retient et prononce les noms de ceux qui nous sont chers. 

mardi 13 juin 2023


Agonie

(Philodrome disparate sur Iris, Vaucresson, 18h 45)

L’iris à l’agonie

Ne reste que 

le Philodrome disparate

Pour l’aimer

Et le jardinier 

lundi 12 juin 2023


Bataille

(Vaucresson, 11 juin, 21h 20)

Au premier grondement

Je vais par la fenêtre de toit

Jusqu’au ciel

Assister à la bataille 

dimanche 11 juin 2023


Miniatures éphémères

(Saint-Jean-du-Maroni, Guyane, 1ier juin, 11h)

Relégation 

samedi 10 juin 2023


Petit poème silencieux

 

(Awala-Yalimapo, Guyane, 4 juin, 11h20)

Cette après midi je suis allé au marché de la poésie.

On aurait dit une volière.

Impression renforcée par les hautes barrières grillagées qui entourent le marché sur la place Saint-Sulpice.

Alors je me suis dit que ce soir j’écrirai un petit poème, un petit, mais un poème quand même.

Mais voilà, je suis flemmard et mon amour vient de rentrer.

Ce ne sera que le silence d’une image.

vendredi 9 juin 2023


Dans les chambres de passage

(Saint-Laurent-du-Maroni, 1ier mai, 7h 10)

Dans les chambres de passage

Il laisse une part, une ombre, un double

Qui un jour donnera des nouvelles 

jeudi 8 juin 2023


Soigner avec nos fantômes 

(Crique Pierre, Saint-laurent-du-Maroni, 3 juin, 17h 40)

Je titube, comme le marin de retour après des mois de haute mer.

Il est tard. À Vaucresson La nuit de juin a un parfum d’adolescence.

Je viens d’assister à une rencontre avec Philippe Charlier, medecin et ethnologue, Delphine Horvilleur, rabbine et écrivaine, et Wajdi Mouawad, metteur en scène, sur le thème Soigner avec nos fantômes, au formidable festival Récithérapie à l’hopital Pitié-Salpêtrière.

Le frigo ronronne comme le bruit lointain d’une pirogue solitaire qui remonte le fleuve.

Je suis immobile dans la maison vide. Je tends l’oreille. le chant des grillons est resté, au creux, comme un acouphène, un délicieux acouphène.

J’écoute. Je n’attends rien. Je sais que la nuit est peuplée.

Sophie est auprès de ses parents, vieux et malades. Elle m’a rapportée il y a quelques jours cette phrase stupéfiante de sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer:

Si on faisait l' autopsie de mon être, on verrait que je suis avec vous sans être là.

Je la réentends ce soir. Nous savons si peu de ceux dont nous devons prendre soin. Acceptons cette ignorance, tendons l’oreille, apprenons.

mercredi 7 juin 2023


Un bijou

(Abeille orchidée, Euglosa dilemna, La  Carapa, Macouria, 6 juin, 11h 40)

Une abeille orchidée, très occupée.

Dernières images de Guyane, quelques heures avant de m’envoler.

Un bijou. On sait combien les abeilles sont précieuses.

Un cadeau.

Hier soir à l’aéroport j’ai été controlé je ne sais combien de fois.

Quand je leur ai dit que je ne ramenais que de l’amour dans mes bagages, ils n’ont même pas souri et ont fouillé ma valise.

Ce qu’ils avaient pris pour des paquets de shit ou de coke en passant la valise au scanner, n’étaient que les bouquins que je trimballe toujours avec moi. 





mardi 6 juin 2023


Au premier îlot

(Awala-Yalimapo, Guyane, 4 juin, 11h 30)

Au premier îlot

Une mer d’huile

Le bruit du moteur

Et le boucan de son cœur

Sur une vieille tapouille

Il s’apprête à remonter le fleuve

Vers les siens 

lundi 5 juin 2023


Ciel d'orage

(Awala-Yalimapo, Guyane, 4 juin, 11h)

Sur la plage d’Awala 

Ciel d’orage

Chiens errants

Et le Maroni là bas

Qui rejette ses eaux brunes

50000 habitants à Saint-Laurent

Officiellement

80000 officieusement

5000 il ya 45 ans

Et partout ces mômes qui cavalent

Qui me tapent dans la main

Après le spectacle

Je les vois par milliers

Emportés dans le courant

Vers où?  

dimanche 4 juin 2023


Miniatures éphémères

Florilège

Pour les mères 


(Saint-Laurent-du-Maroni, 31 mai, 7h 35)


Gingembre rouge






(31 mai, 7h 50)


Hibiscus




(31 mai, 8h)


Rose de porcelaine

samedi 3 juin 2023


Esprits

(Crique Pierre, Saint-Laurent-du-Maroni, 17h 20)

Au plus fort de l’averse

J’ai vu sur la Crique Pierre

Un jolok aux longs bras

Il chantait plus haut que la pluie

Battait l’eau brune

De ses trois cents pieds

Tu n’en as pas fini avec nous

Disait le refrain 

vendredi 2 juin 2023


Là où pondent les tortues


(Awala-Yalimapo, Guyane, 28 mai, 13h 35)


Là où pondent les tortues

S’ouvre l’horizon

Les arbres ne meurent pas 

Ils courent sur le sable

Lèchent les rêves 

De celui qui voit 

jeudi 1 juin 2023

 

Marie Emmanuel

(Saint-Jean-du-Maroni, Guyane, 11h 40)

Sauterelle, criquet ou grillon, je n’ai pas encore réussi à identifier ce merveilleux insecte.

Il était posé près de la tombe de Marie Emmanuel Debray au cimetière des relégués de Saint-Jean-du-Maroni. 

Il n’y a que deux tombes identifiées parmi des centaines dont il ne reste que l’emplacement marqué par un rectangle de fougères.

Deux tombes, quelques pierres à moitié enterrées, des bougies, deux noms, Marie Emmanuel Debray et François Baumann.

Étaient condamnés à la relégation les récidivistes, même pour de petits délits, que l’on jugeait incorrigibles, irrécupérables. Bannis de notre bonne société, bons pour les colonies, à l’autre bout du monde, en Guyane ou Nouvelle-Calédonie.

Marie Emmanuel, plombier couvreur de profession, condamné pour quelques vols et tentatives de vol, est mort ici à 39 ans au bout de dix ans de travaux forcés, après s’être vu refuser une n ieme demande de relégation individuelle (une mise en liberté avec interdiction de quitter le territoire).

Le cimetière est sur une butte, entourée de jungle. Le silence est impressionnant. La forêt se tait.

Un peu de vent, le bruit d’une feuille ou d’une graine qui tombe et cet orthoptère qui me regarde, les antennes vibrantes, posé sur une branche épineuse qui se balance légèrement au dessus de la sépulture de Marie Emmanuel Debray.

Alors, en attendant de trouver le nom exact de  l’insecte, petit bout de vie qui se laisse approcher sans crainte, je l’appellerais Marie Emmanuel.


Dans le post du 5/10/2015 je parlais déjà de ce lieu.