vendredi 30 juillet 2021


Dernière

(Avioth, Meuse, 27 juillet, 16h)

Mardi, jour de relâche, je visite la basilique d’Avioth dite la cathédrale des champs, érigée  en pleine campagne comme un phare en pleine mer.

En entrant je suis saisi par l’une des statues qui ornent les colonnes, un personnage qui pourrait être l’un du spectacle que nous jouons à l’Abbaye d’Orval, tant d’humanité, de force et de tendresse dans son expression. Accolé au pilier à trois mètres du sol, c’est un visage fraternel. Je ne sais qui il est, ni ce qu’il regarde, ni quelle question le traverse, mais cette question le rend vivant, intensément.

Ce soir, ce sera la dernière représentation de L’Or du Val. Malgré la pluie et les orages, nous avons chaque soir ensemble, comédiens, chanteurs, choristes et musiciens, conté l’histoire du Val d’Or.

Tel ce visage ancré en sa basilique, ceux des comédiens, amateurs ou professionnels, qu’importe tous furent au même niveau, hommes, femmes, et enfants du pays, qui se sont pris au jeu avec un engagement sans faille, resteront gravés dans mon cœur. 

jeudi 29 juillet 2021


Un bosquet de rien

(Villers-devant-Orval, 15h 45)

Dans un bosquet de rien

au pied d’un arbre à moitié mort

j’ai trouvé de quoi loger mon amour 

mercredi 28 juillet 2021


Sur les sentiers de Gaume

Haïku



(Caloptérix Virgo, Villers-devant-Orval, 23 juin, 16h 40)

Ce pet majestueux

et la Demoiselle

qui me regarde 

mardi 27 juillet 2021


L'ouvreuse du Lux de Montmédy

(D 8043 entre Montlibert et Margut, Ardennes, 17h)

C’est un vieux blues qui tombe avec la pluie,

l’asphalte dans les veines qui donne la mélodie,

pas de rendez-vous ce soir, juste une photo et un coup de téléphone.

À  Montmédy le cinéma Lux est fermé,

alors je file avec l’ouvreuse à Montlibert,

elle s’appelle Sophie, elle tient un parapluie grand comme la Russie,

et nous traçons jusqu’aux prairies de Mongolie.

Là bas c’est l’été, les amoureux plantent des fanions dans les hautes herbes

pour ne pas être dérangés. 

lundi 26 juillet 2021


Orages

 (Villers-devant-Orval, 25 juillet, 15h 30)

C’est une cavalcade d’orages qui déboulent à grands renforts de tambours,

les fleuves débordent et noient la Belgique. 

Il faut déblayer les rues encombrées d’épaves, assécher les maisons, accueillir ceux qui ont tout perdu.

Et chaque soir à l’abbaye d’Orval, le ciel s’allège, laisse place à nos voix qui disent l’amour et la folie de l’homme.

On essuie les chaises, on comble les flaques et nous jouons avec ferveur.

Dans la lumière des projecteurs, de minuscules perles d’eau en suspension, comme des larmes qui s’évaporent.

Et monte la parole des Chercheurs.

dimanche 25 juillet 2021


Miniatures éphémères

(Villers-devant-Orval, 24 juillet, 15h 45)

La voix des Impatientes 

samedi 24 juillet 2021


Minuit

(Abbaye d’Orval, 23 juillet, Minuit)


Que la nuit est belle avec la lune dans ses cheveux! 

vendredi 23 juillet 2021


Les Impatientes de Balfour

(Impatientes de Balfour, Villers-devant-Orval, 16h 05)

Derrière notre gîte coule un ruisseau. Ses berges sont sauvages et fleuries.

Nous sommes là depuis plus d’un mois en préparation du spectacle L’Or du Val dont la générale a  lieu ce soir.

Chaque jour je fais quelques pas le long de l’eau conversant avec celui qui occupe mon cœur et mes entrailles, celui qui ce soir parlera, hurlera, interrogera, chantera, enlacera, courra, vacillera, à travers ma voix et mes gestes.

Aujourd’hui les Impatientes du bord de l’eau se sont ouvertes, coupelles, portes voix, les fleurs conversent, consolent et proposent.

Elles calment mon anxiété, mais pas mon impatience. 

jeudi 22 juillet 2021


Le Paon-du-jour et le barbelé

(Paon-du-jour sur Chardon, Auflance, Ardennes, 21 juillet, 11h 45)

J’ai vu le Paon du jour sur le chardon.

Ensuite seulement j’ai vu au dessus le barbelé.

Le métal, la fleur et le papillon semblaient inséparables.

Quand le Paon-du-jour s’est envolé, je l’ai suivi. 

mercredi 21 juillet 2021


Un bout de ficelle bleue

(Auflance, Ardennes, 12h 10)

Il y avait sur le bois le bout de ficelle qui manquait à sa chaussure en loque.

Il marchait depuis des jours, il avait fui le champ de bataille et la vanité des officiers.

Il rentrait chez lui, vers sa terre, vers les siens, loin du fracas et des forêts déchirées.

Son uniforme était celui d’une armé en déroute, tailladé, décoloré, empoussiéré.

Il trainait son pied mal tenu dans un godillot sans lacet.

Ce bout de ficelle serait parfait, il était si joli dans le soleil de midi.

Si joli qu’il n’osa le saisir de peur de rompre ce léger souffle de couleurs.

Il attendit le soir, quand la nuit décolore, pour renouer sa chaussure,

et repartit au matin, le pied tenu fermement dans son brodequin lacé de bleu. 

mardi 20 juillet 2021


Homme poisson 

(Villers-devant-Orval, 18 juillet, 15h 30)

Elle était comme une fleur sauvage au bord du ruisseau.

Il l’avait aperçue la tête penchée ses longs cheveux trempant dans l’eau claire.

Il s’était approché sans un bruit, ni même un souffle, dans chaque pas, une éternité.

Il avait vu le reflet de son regard brouillé dans le courant, 

il avait vu les alevins nager entre les pointes blondes,

il avait tendu la main vers ses épaules tachées de rousseur,

et soudain elle n’était plus là, aucune trace sur la berge, si ce n’est une branche cassée net.

Il était tombé, écrasant les herbes humides, glissant jusqu’à l’eau,

il était devenu poisson à tête d’homme s’en allant sonder les profondeurs,

il était devenu poisson parmi les poissons,

et ceux-ci stupéfaits le voyaient mené vers l’aval tandis qu’ils allaient en amont.

Aux premières cascades il fut emporté comme tombe la pluie,

et le chant du ruisseau le conduisait toujours plus loin,

là où le lit s’élargit, où l’eau devient plus sombre, où le fond se charge d’histoires.

Il leva les yeux vers la surface, vit la chevelure blonde mouvante dans le courant,

et son regard comme deux étoiles dans un ciel trouble.

Il sentit les cheveux sur son visage, il sentit son dos contre son torse,

il sentit les draps froissés à ses pieds, et ses bras étaient des bras

qui enlaçaient tendrement celle qui toujours avait été là.

Par la fenêtre ouverte au dessus du lit un peu de pluie avait coulé sur l’épaule tachée de rousseur.


lundi 19 juillet 2021


La lune dans le bassin

(Abbaye d’Orval, 23h 55)

Les pas, réguliers, sur le gravier

La lune dans le bassin

deux frères tournent  autour, dans la nuit,

ils se demandent comment la saisir. 

dimanche 18 juillet 2021

samedi 17 juillet 2021


De la profondeur

(Villers-devant-Orval, 16 juillet, 18h)

De la profondeur

à chaque instant

l’inconnu peut surgir 

vendredi 16 juillet 2021


Après la pluie 

(Téléphores fauves, Rhagonycha fulva, et mouche sur brin d’herbe, Villers-devant-Orval, 18h 13)

La pluie a cessé

Le ruisseau s’apaise

Les Téléphores s’activent

La mouche regarde

Et l’entomologiste, dans tout ça?

jeudi 15 juillet 2021


Piment et Koukenzout

La vierge blanche 

(Herbeuval, Ardennes, 10 juillet, 9h 45)

Revoici Piment et Koukenzout, nos deux gaillards inséparables de Villers-devant-Orval,

nos deux gaillards collés comme des siamois, sourds d’une oreille mais bavards comme le ruisseau. Les voici posés sur une branche du vieux chêne, cachés par l’épais feuillage, à l’aplomb de la vierge blanche, sur le chemin d’Herbeuval à Avioth.

Ils guettent le pèlerin. Celui qui se laissera tomber sur le talus après avoir marché sous un soleil de plomb, qui dénouera ses lacets, massera ses pieds gonflés, celui qui, égaré en solitude, prendra sa tête dans ses mains et dira sa peine au chemin.

Alors, du haut de leur arbre, ils diront à voix douce un sonnet de Shakespeare, l’un de ceux que le vieux père Tilleul leur chantait dans leur enfance, des mots dont ils ignoraient le sens mais qu’ils ont retenus tellement ils étaient réconfortants.

Le pèlerin se redressera, regardera intensément la blanche statue, sentira battre son cœur, renouera ses lacets, et reprendra sa route d’un pas vif, tandis que sur la branche, Piment et Koukenzout, le suivront du regard pouffant comme les plus heureux des hommes.

mercredi 14 juillet 2021


Ciel des champs

( Liseron et Compagnon rouge, ou Silène dioique, Villers-devant-Orval, 9 juillet, 17h)

Il pleut depuis trois jours, sans discontinuer.

Le ruisseau devient boue et déborde,

le liseron s’enroule et grimpe autour de la nuit,

ses compagnons rouges échappent aux flots,

Convolvulus arvensis et Silene dioica dans mon ciel,

et mon cœur amoureux ne craint pas l’orage. 

lundi 12 juillet 2021


Un poème épars

(Abbaye d’Orval, 12 juillet, 22h 15)

Un clin d’œil, un sourire d’en haut, la lune,

quand entre chien et loup, l’homme ivre d’amour

trébuche sur la pierre et répand son poème

entre herbes et cailloux, les mots sans dessus dessous.

Qu’importe, l’aimée les prendra tels quels,

un peu de terre, verbes sans sujet, sujets sans verbe,

je mon ciel perdu ors seule lune moi épaule nue

le long glisse arbres et regard endormie…

L’aimée les prendra tels quels,

les gardera dans une timbale d’argent,

en son absence, les lancera comme on jette un jeu de dés. 

 


Une robe nuptiale

(Villers-devant-Orval, 9 juillet, 16h 30)

Ils longeaient le ruisseau, s’attardant devant la moindre fleur, fouillant du regard la végétation en quête d’insectes dont ils copieraient les noms sur leur agenda poétique: la Chrysomèle, l’Hoplia coerulea, le Vulcain…

Un Vulcain, papillon aux couleurs vives, noir, blanc, rouge, quelques pointes de bleu, s’était posé sur une feuille sèche elle même posée sur une fleur blanche. À peine l’avaient-ils aperçu que le papillon s’était envolé.

Le Vieux avait tenté de le suivre tandis qu’Arthur restait immobile devant la feuille percée de mille trous où passait la lumière.

L’insecte avait disparu au delà du sentier et le Vieux était revenu vers Arthur.

Alors le Vieux avait dit:

« Un Elfe qui cherche sa promise, sans doute…

Vois-tu, Arthur, ces feuilles sont des morceaux d’étoffes, dentelles de robes nuptiales prises dans les branches lors des courses effrénées des fées au printemps le long des ruisseaux.

Les fées tissent leurs robes tout l’hiver durant au fond des bois dans les grottes ou les arbres creux. Elle manient le crochet, aussi bien que ta grand-mère dont les  nappes, rideaux et napperons font voler les tables et ouvrent les fenêtres aux histoires du bout du monde.

Les fées sont comme nous, elles ont besoin d’aimer. C’est au bord des cours d’eau où se baignent et s’abreuvent les elfes qu’elles trouveront  aux beaux jours celui qui les comblera.

Elles se vêtissent alors de ces robes ajourées qui laisse transparaître leur cœur palpitant et s’en vont sur les berges chanter et courir avec l’eau, jusqu’à ce qu’un elfe se prenne dans leur filet. »

Le lendemain Arthur était revenu au ruisseau. Toute la journée il avait ramassé des feuilles trouées. Il les avait patiemment nouées les unes aux autres jusqu’à en faire une robe  à la taille de Nina, sa petite voisine dont il connaissait parfaitement les mensurations à force de la regarder.

Au premier jour des vacances, il avait retrouvé Nina au pied du noisetier, là où un trou dans la clôture permet d’aller d’un jardin à l’autre. Il lui avait offert la robe de feuilles et avait dit.

« Tu sera ma fée, je serai ton elfe »

Elle avait passé le vêtement de dentelles avec d’infinis précautions et, craignant de déchirer la fragile robe, ils étaient restés là, parfaitement immobiles, les yeux dans les yeux,

jusqu’à ce que tombe la nuit.

 

dimanche 11 juillet 2021


Miniatures éphémères

(Villers-devant-Orval, 9 juillet, 15h 35)

Les rêveurs du bord de l’eau 



(15h 50)

samedi 10 juillet 2021


Le Peintre 

(Paon du jour, Aglais Io, Robert-le-Diable, Polygonia c-album, Grand Mars changeant, Apatura Iris, entre Herbeuval, Ardennes, et Breux, Moselle, 11h)

Le jour où sa palette s’envola

 pour se poser sur une pierre, 

il sut 

que tout était à portée de main.

vendredi 9 juillet 2021


... de ses débris, le cloître déjà a refleuri!

(Abbaye d’Orval, 7 juillet, 19h 30)

Voilà notre décor vu des gradins en cours de montage.

Et Félix, qui sera Frère Constantin, face à l’ampleur de la tâche, juste avant la répétition.

Je serai frère Henri, à ses côtés pour conduire notre troupe à travers les siècles.

« Fidèles au Val d’or, de ses débris, le cloître déjà a refleuri! »

Ce sera la dernière phrase du spectacle.

Et le cœur du théâtre battra à plein après des mois de disette.

Des enfants, des femmes et des hommes d’ici en Gaume seront la vive pulsation de notre épopée.

Nous porterons haut l’histoire d’Orval en reflet de ce monde branlant.

Musique et chants ouvriront la nuit, tandis que deux jeunes amants ivres de mots tisseront le lien du ciel à la terre.


(L'Or du Val, de et mise en scène Antoine Juliens, à L'Abbaye d'Orval du 24 au 30 juillet)

jeudi 8 juillet 2021

 

(Herbeuval, Ardennes, 3 juillet, 10h)

Dans les orties

le chant du coquelicot

je vais d'un bon pas


mercredi 7 juillet 2021


Un vol de colombes

(Abbaye d’Orval, 19h 16)

C’est ainsi, quand tarde le sommeil.

Vient un homme coiffé d’un haut de forme,

le pardessus trempé par l’orage,

de l’argile collée aux bottes.

Il se découvre et s’échappent du chapeau

un vol de colombes, une nuée d’éphémères,

une constellation, un chœur antique

ou l’océan atlantique.

Alors je peux m’endormir,

rassuré. 

mardi 6 juillet 2021


Un souvenir très ancien 

(Villers-devant-Orval, 18h 45)

Un canard à l’orée d’un monde,

un canard noir à plastron blanc,

la tête haute,

canard de Termonde, de Poméranie ou de Vauclair.

Il se tenait sur la berge sableuse,

là où deux ruisseaux se mêlent.

J’allais le long de l’eau

sur le chemin gras

quand je l’ai vu qui me tenait la porte.

Au delà, 

densité du sous-bois humide,

la lumière posée comme des papillons,

vibration de l’air,

le chant de l’eau sur le bois mort,

infini de verts,

un saisissement intime,

comme les bribes

d’un souvenir très ancien.


lundi 5 juillet 2021

 

Anthémis des champs

(Abbaye d’Orval, 24 juin, 22h 20)

Aux dernières lueurs

dans le silence des pierres

la force de l’amour

dimanche 4 juillet 2021

 

Miniatures éphémères

(Villers-devant-Orval, 2 juillet, 14h 30)

Le long des lys

samedi 3 juillet 2021

 


(Abbaye d’Orval, 2 juillet, 21h)

Au ciel éraflé

au chêne fatigué

à la terre qui a soif

je ne sais donner que mon regard

vendredi 2 juillet 2021

 

Bareille

Un village d'enfance

(Orval, 26 juin, 14h 10)

Je me souviens du soleil lourd

du vrombissement des mouches

de l’odeur des vaches

et du goût de la liberté

jeudi 1 juillet 2021


Répétition dans les ruines d'Orval

(Abbaye d’Orval, 20h 35)

Chants, courses,

éclats de voix,

et le ciel s’échappe des pierres. 

mercredi 30 juin 2021


Comme si de rien n'était

(Villers-devant-Orval, 26 juin, 15h)

Elle a changé les rideaux.

Des rideaux de dentelle.

Une dentelle serrée qui dessine des oiseaux.

Au travers, on peut discrètement regarder.

Elle a coupé l’herbe devant la porte.

Elle a redressé la boite aux lettres.

Maintenant elle attend, assise à la fenêtre.

Quand il viendra, vite, elle se lèvera,

elle ira à la cuisine, s’occuper,

elle trouvera  bien une tâche,

faire comme si,

faire comme si on n' avait pas attendu si longtemps.

Il entrera sans frapper,

comme il le faisait autrefois.

Il la trouvera penchée sur l’évier.

Elle ne se retournera pas immédiatement.

Elle dira d’abord: C’est toi?

Comme si de rien n’était. 

mardi 29 juin 2021


Zeuzère

(Zeuzera Pyrina, Villers-devant-Orval, 28 juin, 17h 10)

À la porte ce matin,

une Zeuzère du poirier, dite aussi la Zeuzère du marronnier, ou la Coquette,

un papillon domino qui m’invite au zeu,

à ne zamais me prendre au sérieux,

un coup de dés zamais n’abolira le hasard,

ze zère.

 

lundi 28 juin 2021


Au théâtre du Val d'Or

(Abbaye d’Orval, 27 juin, 22h 40)

Le soleil sombre derrière les arbres,

les chauves-souris prennent la place des hirondelles,

les chants se taisent,

la clé tourne à la porte du cloître,

morts et vivants retournent à leur solitude,

impatients de se retrouver demain

pour jouer à nouveau à la tombée du jour. 

dimanche 27 juin 2021

samedi 26 juin 2021


Sur les sentiers

(Villers-devant-Orval, Belgique, 11h 30)

« On peut être porteur de toutes les vertus, on n’avancera pas d’un brin si amour ne nous embrase »

Je dis cela au tableau 1 de l’acte 2 du spectacle que je suis en train de répéter (L'Or du val, de A. Juliens). 

Ce matin nous sommes en pause. Je suis parti sur les sentiers. 

Aux lignes d’arbres, je parle droit. « On peut être… »

Alors de derrière chaque arbre apparait quelqu’un qui me regarde. 

vendredi 25 juin 2021


Orval

(Abbaye d’Orval, Belgique, 21 juin,19h25)

Ici, adossés aux pierres brûlantes parlent les fantômes.

Ici, on débusque dans les coins d’ombre quelques paroles de paix.

Ici, d’humbles fleurs témoignent au pied des colonnes

Ici, quelques herbes sauvages oscillent au faîte des ruines.

Ici, nichent les hirondelles, le grand duc, et l’espérance d’une communauté.

Ici, fleurissent et chantent les questions.

Nulle réponse au chant, si ce n’est l’écho des murs. 

jeudi 24 juin 2021


Piment et Koukenzout

Pleuvra, pleuvra pas... 

(Villers-devant-Orval, 23 juin,17h)

Piment et Koukenzout

Deux noms qui piquent.

Deux gars inséparables.

Deux gars sourds d’une oreille.

La droite pour Piment, la gauche pour Koukenzout.

Sourds à force de taper sur le fer pour l’aplatir,

à force de taper sur les piquets pour les enfoncer.

Deux gars qui se baladent toujours collés pareil,

Piment à droite de Koukenzout,

question d’oreille et de conversation.

Deux gars qui se balancent dans le paysage,

qui parlent aux grillons et aux libellules.

Pleuvra, pleuvra pas….

Piment et Koukenzout regardent le ciel.

Pleuvra, pleuvra pas…

Ils aimeraient bien qu’il pleuve.

Pour attendre les gens qui sortent aux portes des maisons,

les abriter de leurs parapluies et les accompagner en donnant des nouvelles de la colline balançoire.

Ils sont comme ça Piment et Koukenzout, ils rendent service.

Pleuvra, pleuvra pas…

mercredi 23 juin 2021


Les fleurs

(Villers-devant-Orval, 16h 05)

Les fleurs ne se soucient pas des clôtures 

mardi 22 juin 2021


Le premier homme de Villers-devant-Orval

(Villers-devant-Orval, Belgique, 21 juin, 18h 10)

Un matin d’orage

quelqu’un est venu.

Un homme seul

avec un sac sur l’épaule, 

suivi d’un chien,

un chien à demi sauvage,

qui garde ses distances.

Le chien s’est arrêté,

l’homme s’est retourné,

le chien ne bougeait pas.

Il n’y avait que des bois,

une rivière et quelques pierres.

L’homme a dormi là,

sous un hêtre, au bord de l’eau,

l’après-midi puis la nuit entière.

À l’aube, à quelque pas,

une grosse branche est tombée.

Une feuille a effleuré son visage,

la terre a tremblé,

l’homme s’est réveillé.

Le chien n’a pas bougé.

L’homme a regardé le chien,

l’arbre, la rivière et la terre.

Il a dit:

Oui, nous restons. Ce sera ici.

 

lundi 21 juin 2021


Un jour

(Fleur de baguenaudier, Paris, 12ieme, 18 juin, 19h 10)

Un jour je serai mort

après je ne sais rien

alors au regard des fleurs

dans les éclats du ciel

je souris

à celle que je ne connais pas 

dimanche 20 juin 2021



Miniatures éphémères



 (Vaucresson, 16 juin, 16h 10)

« On est bien peu de chose

Et mon amie la rose

Me l’a dit ce matin… » 

samedi 19 juin 2021


Corto

(Paris, 12ieme, 18 juin, 19h)

J’habite un paquebot amarré le long de l’ancienne voix ferrée.

Je m’appelle Corto. Un jour je serai capitaine. 

Je monterai au dernier étage, on larguera les amarres.

Quand la mer sera là.

C’est ce que dit Justin.

Il ne faut pas le contredire.

Sinon il se tape la tête contre les murs.

Il faut juste  regarder chaque jour avec lui si la mer est arrivée. 

vendredi 18 juin 2021


Retour

(Hendaye, 8 juin, 19h 50)

Dans le chenal

un bateau à voile

douceur du retour