lundi 12 janvier 2026


Tête de loup 

(Parc de Marly, Yvelines, 11 janvier, 16h)

Je me souviens d’une ancienne maison familiale, très ancienne. Nous l’appelions le château, les plafonds étaient si hauts qu’on utilisait  pour ôter la poussière et les toiles d’araignée une longue perche de bois muni d’une boule de poils, une tête de loup. Je ne sais pas pourquoi ce grand balai se nomme tête de loup, si ce n’est la couleur noire de son extrémité. Enfants, nous aimions dire que là où il passe il y a un loup. C’était aussi et surtout un jouet magnifique, douce lance d’un Don Quichotte en herbe. Cet après-midi dans le parc de Marly, je voudrais m’emparer de ce haut pin-tête-de-loup pour chasser les nuages noirs des années à venir.

dimanche 11 janvier 2026

 

Miniatures éphémères

(Hendaye, 4 janvier, 12h 20)

Ligne de crête

samedi 10 janvier 2026

 

Si la mer monte

(Hendaye, 1er janvier, 8h 15)

Je ne bougerais pas tant qu’il ne m’aura pas appelée. Si la mer monte… On verra bien.



vendredi 9 janvier 2026

 

(Aiako Harria, Pays Basque sud, 2 janvier, 16h 10)

Les paysages m’indiquent le chemin

jeudi 8 janvier 2026

 

Bonne année

(Vaucresson, 6 janvier, Photo Sophie Bernard-Carrive)

De retour après deux jours de route épiques, je retrouve l’un de mes totems frigorifié qui m’attendait pour vous souhaiter la bonne année, bonne année perplexe mais bonne année quand même.

mercredi 7 janvier 2026

 

Le figuier

(Aiako Harria, Pays Basque sud, 2 janvier, 15h40)

On s’est battu dans ces montagnes en 1936. C’est un figuier magnifique qui a fini par s’emparer de cette guérite en ruine.

lundi 5 janvier 2026

 

La fin du monde

(Hondarribia vue d’Hendaye, 9h)

Juan n’avait pas tiré ses rideaux. À neuf heures le soleil éclatait sur son visage et le voisin claquait sa porte. Ça y est, c’est la fin, on y est, se dit-il juste avant de reprendre ses esprits.

dimanche 4 janvier 2026

samedi 3 janvier 2026

 

Couleurs d'hiver

(Aiako Harria, Pays Basque Sud, 2 janvier, 15h40)

Couleurs d’hiver, sonnailles, forts en ruine mangés par les ronces, falaises imprenables, un enfant  court sur la pente entre bouse et crottin brandissant son bâton.

vendredi 2 janvier 2026

 

Première image de l'année

(Hendaye, 1er janvier, 8h 20)

Première image de l’année, temps clair, ciel dégagé, mer calme, vent faible, température 1°Celsius, humeur au beau fixe, prévisions incertaines.

jeudi 1 janvier 2026

 

Miniatures éphémères

Pour le nouvel an

(Vaucresson, 21 juin 2025, 18h10)

Que le chemin se dénoue

mercredi 31 décembre 2025


Un pas de danse 

(Hendaye, 29 décembre, 8h 10)

J’ai vu l’homme descendre sur l’escalier encore humide, glisser, se rattraper in extrémis et transformer sa chute en un gracieux pas de danse comme s’il se sentait observé.

mardi 30 décembre 2025

 

Une rose

(Vaucresson, 25 décembre, 11h 25)

On a sorti l’argenterie, un gros bouquet trône au centre de la table, on parle, on s’esclaffe, on s’interpelle, on trinque, on mastique, mâchoires, argent, porcelaine et verres cliquettent, toute la famille est réunie, rivalisant de tenues chics et strass, le patriarche est en bout de table, son veston est troué, une petit trou de cigarette sur la poitrine, vestige de la dernière sieste un mégot entre les lèvres. Le vieil homme n’a pas mis ses appareils auditifs, les conversations de fêtes ne l’intéressent plus, le brouhaha lui suffit, c’est comme la mer, ou le vent dans les arbres, ou la route, il s’absente, le regard fixé sur une rose fanée au milieu du bouquet. Il faudrait changer de robe, dit-il. Personne ne fait attention à lui.

lundi 29 décembre 2025

 

Épures

I

(Hendaye, 28 décembre, 8h 15)

C’est ainsi chaque matin quand je suis à Hendaye. Je me lève à l’aube. Je regarde d’abord le ciel sur la montagne de la fenêtre de la chambre, sud, sud-est. Puis je vais voir la mer à cent mètre, nord, nord-ouest. La mer et le ciel au dessus de la mer. Souvent je fais quelques photos, toujours du même point de vue, la terrasse devant la chambre, puis l’escalier qui descend sur la plage là où je passe quand je vais surfer sur mon spot préféré, là où je viens depuis tout petit, là où la famille se retrouve. Ce matin le ciel roulait des nuages rouges au dessus de la montagne, à l’intérieur des terres tandis qu’il s’ouvrait au dessus de la mer. C’était un beau levé de soleil sur les Deux-Jumeaux, levé de soleil carte postal, sur une mer calme, pas très passionnant. J’ai fait une photo un peu mécaniquement, en noir et blanc, pour le contre jour, une enième photo des Deux-Jumeaux qui irait une fois de plus encombrer ma photothèque. Je préfère parfois au chatoiement des couleurs, l’épure du noir et blanc. Ce soir en découvrant la photo, je lui trouve quelque chose, elle ne finira pas au fond d’un tiroir informatique. Le grain du ciel, la légère lueur sur l’eau, Le noir intense des silhouettes des rochers et de la falaise décrivent la quintessence de ce paysage. L’encre noir d’un paysage tatoué au cœur.


II


(29 décembre, 8h)

dimanche 28 décembre 2025

 

Miniatures éphémères

(Étang de Saint-Cucufa, 26 décembre, 11h 30)

Ligne de givre

samedi 27 décembre 2025

 

Bruissements

(Étang de Saint-Cucufa, 26 décembre, 11h 35)

Bruissements

Cris de la Foulque macroule cachée dans les roseaux 

Bien plus haut dans le ciel clair, une Buse

Ma tête est un plumeau qui se balance doucement

(Même si je n’ai plus beaucoup de cheveux)

vendredi 26 décembre 2025

 

Le vieux capitaine

(Vaucresson, 9h 35)

Le vieux capitaine n’a plus rien dit depuis Nagasaki. Il somnole sur son fauteuil roulant, le menton sur la poitrine, un filet de bave au bord des lèvres. Sa fille lit à ses côtés sous la véranda baignée de lumière. C’est un salon d’été  meublé à l’occidentale, fauteuils et meubles en rotin, qui donne sur un jardin luxuriant. Sur la table basse un bouquet de roses et freesias, les fleurs fanées ont la délicatesse d’un fin parchemin. La robe bleu de la femme est en parfaite harmonie avec le jaune des coussins. Dans une cage suspendue à un élégant support en fer forgé, chante un rossignol du Japon. Le chant de l’oiseau est ponctué des frêles bim bam boum paf piiiou d’un petit garçon qui joue avec ses soldats de plomb. L’enfant joue à la guerre aux pied du vieux capitaine et de sa fille dévouée. Soudain un boum plus fort que les autres fait taire l’oiseau. Le capitaine se réveille brusquement. Il voit la silhouette d’une figurine sur l’accoudoir d’un fauteuil, le dernier assaut juste avant que le soleil ne se couche. Le vieux capitaine s’agite, il ouvre la bouche, il va parler, il balbutie, la femme laisse tomber son livre, s’approche, l’homme et sa fille se regardent fixement, l’enfant se tait, l’oiseau est immobile, le vieux bégaye, il fait des efforts surhumains, sa fille l’encourage, il va parler, il va dire… Mais non, il renonce, sa bouche se ferme. L’enfant reprend son jeu, l’oiseau son chant, la femme sa lecture.

jeudi 25 décembre 2025

 

( Perruche dégustant une châtaigne, Vaucresson, 24 décembre, 10h 20)

Repas de Noël

mercredi 24 décembre 2025


Résistance

(Vaucresson, 15h 20)

Viennent les premiers froids

Une rose vient d’éclore

Une rose pâle et solitaire

Qui bombe le torse face à l’hiver 

mardi 23 décembre 2025

 

Bourdon

(Camaret-sur-Mer, Finistère, 18 septembre 2018, 11h 40)

L’est un vieux marin qui a le bourdon

Il a un chat dans la gorge et son bateau est rouillé

Il tient sa guitare comme il tenait son môme

L’est plus capable de jouer qu’une note

Pincer la même corde en fermant les yeux

Au tempo d’un robinet qui goutte

Avec des ciels d’artiste sur ses paupières

lundi 22 décembre 2025

 

Lucioles

(Petit-Saut, Guyane, 21 mai 2023)

Cette nuit là, nous avions bivouaqué sur un îlot du lac Petit-Saut. Au milieu de la nuit je me suis réveillé. Mon hamac accroché entre deux arbres se balançait doucement et des centaines de lucioles illuminaient la forêt. Mieux que toutes les illuminations de Noël. J’étais un Jésus dans son berceau. Au petit matin j’avais du mal à croire à  la réalité de cette nuit.

dimanche 21 décembre 2025


Miniatures éphémères

(Vaucresson, 18 décembre, 13h 50)

La recluse 

samedi 20 décembre 2025

 

En forêt

(Petit-Saut, Guyane, 21 mai 2023, 10h 20)

Je marchais le nez collé à l’humus quand je vis une ravissante grenouille feuille. Sans doute a-t-elle cru que j’allais la capturer, elle m’a dit : regarde là-haut. J’ai regardé si haut que mon regard s’est perdu. Et la grenouille s’est tirée discrètement.


vendredi 19 décembre 2025

 

Issue de secours

(Paris 11ième, 18 décembre, 17h 30)

16h 52, Augustin boucle son cartable de cuir, tapote les dossiers qui restent  sur son bureau afin que la pile soit parfaitement droite, vérifie que le crayon soit parallèle à la bordure du bureau et perpendiculaire à la pile de dossier, puis il enfile son pardessus gris. À 17h précise il passe sa carte à la pointeuse. Son rituel lui a pris deux minutes exactement. Il quitte la tour Praxis sans un regard pour les autres qui sortent à la même heures les yeux rivés sur leurs portables. Dans le métro, les mains serrées sur sa sacoche la tête contre la vitre, il dort à moitié. Le verre de la vitre est froid, il sent les vibrations du train, il ne pense à rien.  À 17h 30, à la station Bastille, au dessus du canal Saint-Martin, il lève le nez, se lève brusquement et sort du wagon avec précipitation comme quelqu’un qui a failli louper son arrêt. Seulement ce n’est pas son arrêt habituel. On ne l’a jamais revu à la tour Praxis.

jeudi 18 décembre 2025

 

Le cerisier

(Vaucresson, 14h 55)

Il y a un cerisier dans le jardin. Depuis deux ans les feuilles ne tombent pas à l’automne. Peut-être a-t-il la maladie  des tâches rouges. C’est un vieil arbre. Son étonnante boursouflure, l’épaisseur de l’écorce, les taches de lichen, la résine qui sourd par endroit, sa hauteur, en atteste. Il ne se plaint pas. Il a juste ce petit  air triste à quelques jours de Noël. Quand nous sommes arrivés ici, il venait d’être planté, il mesurait à peine un mètre cinquante. Le temps passe. Il va falloir lui accorder un peu plus d’attention.




mercredi 17 décembre 2025

 

Le chat des Schrödinger

(Vaucresson, 16 décembre, 22h 35)

il est 22h 30, Anny Schrödinger est dehors en robe de chambre et chaussons, des chaussons à pompons blancs qui font effet dans le soir. Elle attend au pied d’un haut mur que le chat veuille bien redescendre et rentrer à la maison. Erwin, son mari, est soucieux. Il a une idée derrière la tête, le chat est sorti et ça l’énerve. Anny a laissé la fenêtre ouverte, elle craint les réprimandes, il faut que le chat descende du mur. Le chat lui n’a aucune envie de redescendre, cette maison lui inspire de moins en moins confiance.



mardi 16 décembre 2025

 

Au bout du monde

(Fouchères, Yonne, 13 décembre, 14h 50)

À Fouchères j’ai pris la rue du Bout du Monde. Je n’ y ai trouvé qu’un arbuste chétif et un tas de fumier. La rue disparaissait dans le brouillard portant avec elle ses illusions.

Le soir même je rencontrai un éleveur qui me parlait d’horizon et du plancher des vaches. Ce que je pris d’abord pour un amour des symboles et une certaine spiritualité se révéla être de véritables convictions. Cet homme était platiste convaincu, n’accordant aucun crédit à la science, persuadé que  tout n’était que mensonge et manipulation. L’homme sur la lune, fake, la station spatiale, fake, les fusées, les satellites, fake, les photos de Thomas Pesquet, fake, sans parler de médecine et autres questions que j’évitais d’aborder. Curieux et naïf ( je parle ici de naïveté éclairée) de nature, j’ai plaisir à discuter  et argumenter mais je dois dire que tout ici était verrouillé par ce seul mot, fake. Le plaisir que j’avais à rencontrer cet homme, au demeurant fort sympathique, se muait en une sourde inquiétude. Qu’est-ce qui mène à cet absence totale de discernement?

Je lui proposai de partir ensemble de chez lui pour un tour du monde en ligne droite. J’attends toujours sa réponse.




(15h)

lundi 15 décembre 2025

 

Un 13 décembre

(Montarlot, Seine-et-Marne, 13 décembre, 14h)

Je m’en vais jouer à Collemiers  dans l’Yonne.  Comme d’habitude, je prends de petites routes propices aux rencontres. Il y a du brouillard, des corbeaux, et peu de monde sur la route. À Montarlot j’aperçois un vieux qui marche sur le bas côté un bouquet à la main. Je m’arrête.


Vous allez loin? Je peux vous emmener si vous voulez.

Oh merci, je vais  au cimetière, c’est pas loin, mais je peine un peu…


Il monte. Le vieux sent le feu de bois et le tabac froid, ses souliers son trempés.


Je vais salir…

Non, non, ne vous en faites pas.

C’est pour Rosa, roses et freesias, j’ai été les chercher chez Nadine à Moret. Rosa, elle est morte  le 13 décembre, un vendredi, l’an passé. Bon, on s’y attendait, elle était malade, mais un vendredi 13 quand même, faut pas exagérer…

Toutes mes condoléances. Moi, ma femme elle est née un treize décembre, c’était un mardi. Elle aime aussi les freesias.


Le  cimetière est à deux kilomètres, sur une butte. De là on voit la route se perdre dans le brouillard sous la ligne à haute tension.


Merci, vous m’avez bien avancé. Je vais lui raconter à Rosa, on a du temps maintenant.


Il me serre la main. Il voit que je suis distrait par le vol d’un corbeau au dessus d’une voiture noire.


Ne vous inquiétez pas, me dit-il en rigolant, aujourd’hui c’est samedi.