jeudi 16 septembre 2021


Écume de mer

(Hendaye, 19h 25)

Écume de mer

Je ne comprenais pas d’où venait cette écume dont on fait les pipes.

Pipes à tête de diable, de pirate ou de gitan, pipe de voyageur.

Quelle écume pouvait on saisir et sculpter, si ce n’est dans les rêves d’un surfeur?

Un vieil homme me l’a dit, elle vient des plaines d’Eskisehir en Turquie, entre Istanbul et Ankara.

On creuse des puits pour aller la chercher sous terre, dans les alluvions.

Elle donne au tabac le goût de la mer, des nuages, des hautes plaines, et des histoires anciennes.

L’homme était assis sur le muret, là où je me tiens les jours sans vagues.

J’avais dix huit ans, je sortais de l’eau, il me regardait en tirant sur sa pipe.

Aucune tête sculptée, le fourneau était lisse, blanc avec quelques éclats.

Il me l’a donnée. Quand tu ne pourra plus surfer, quand tes articulations rouillées ne te permettront plus de te dresser sur ta planche, où que tu sois, tu en apprécieras le goût, m’a-t-il dit, tu vieilliras en paix.

Ce soir j’ai des courbatures et une terrible envie de fumer. 

mercredi 15 septembre 2021


Chien jaune

(Hendaye, 19h 44)

J’avais des histoires dans un sac

un chien jaune l’a volé

il a couru dans les flaques

le sac éclaboussé les histoires mouillées

le chien a aboyé la pluie est tombée

et le sac dans les flaques

les histoires sur l’eau bateaux papiers

il était une fois un homme dans un trou

une pierre qui tombe une femme qui pleure

un oiseau qui plonge un chat qui attend

une croix en haut de la montagne

des pas sur le sable un ballon qui roule

un homme qui boite une chemise ouverte

un chien qui vole une toupie qui tourne

un tiroir plein de toupies des toupies qui ne tournent plus

des toupies qui attendent un enfant qui ouvre le tiroir

un enfant qui a le fou rire un cercueil ouvert 

un chien qui sort de la toupie qui tourne

un chien jaune un sac dans la gueule

un cheval qui sort de la toupie qui tourne

un cheval blanc monté par un spahi

la poussière qui s’élève la poussière qui devient nuage

la poussière qui devient chien jaune avec un sac dans la gueule

le chien qui regarde le chien nuage

le chien qui aboie le ciel qui tonne la pluie qui tombe

encore

le spahi qui tombe le sac ouvert les histoires trempées

l’encre dissoute la pluie qui chante la nuit

 


(19h 45)


mardi 14 septembre 2021

lundi 13 septembre 2021


Les mères


(Pisaure admirable, Pisaura mirabilis, sur Fraisier des Indes, Duchesnea indica, Vaucresson, 5 juin, 17h 45)


Dans le silence du jardin,

il y a l’admirable Pisaure qui court sur les feuilles sans lâcher son cocon.

Ce cocon parfaitement rond, qui contient ses œufs, qu’elle déposera peu avant l‘éclosion dans une toile en forme de dôme tissée dans un écrin de verdure.

Il y a la fausse fraise des bois, la fraise d’Inde,  tout aussi désirable mais légèrement toxique.

Il y a Mathilde assise sous la glycine qui donne le sein à son fils. Il a huit mois, les joues rouges et porte tout à sa bouche.

Il y  a un père qui regarde sa fille Mathilde, sa compagne Sophie, sa mère Jacqueline, l’araignée Pisaura, les fraises Duchesnea, et qui se dit combien les mères sont admirables.



dimanche 12 septembre 2021


Miniatures éphémères

(Vaucresson, 7 septembre, 16h 50)

Plein soleil 

samedi 11 septembre 2021


Musicien

(Villers-devant-Orval, 29 juillet, 17h 45)

Do, do dièse, deux  coups frappés l’un après l’autre sur la citerne. 

Jules recommence, do, do dièse, encore, la résonance dans la citerne vide ajoute un demi ton au deuxième coup.

Do, do dièse, encore une fois, la citerne est bien vide. Le bétail va manquer d’eau. Il faut prévenir le père. Le père n’en peux plus de cette eau qu’il faut aller chercher là où il y en a encore, il va gueuler, encore. 

L’eau ne vient plus jusque chez eux, c’est comme ça, c’est venu petit à petit. Les pierres sont sèches et ternes dans le ruisseau, pas même un reflet. Il faut aller chercher l’eau, avec le tracteur, de plus en plus loin. Et le père crie de plus en plus fort.

Un jour un homme est venu chanter à la source tarie. On le disait sorcier, on disait de sa voix qu’elle pouvait faire rejaillir les sources, qu’elle pouvait ranimer la fécondité des femmes et hommes stériles, qu’elle pouvait réveiller les mémoires éteintes.

On l’a bien payé, ça n’a pas marché. L’homme avait pourtant prévenu, il faut écouter et croire. Seul Jules avait cru, confiant, envouté par le chant. Les autres non. Ça n’a pas marché, l’homme a du fuir.  C’est lui qui avait enseigné les notes à Jules. Quand la citerne est vide, c’est un do.

Jules tape encore et encore, do do dièse silence do do dièse silence do do dièse silence…. 

Jules retarde le moment où il faudra parler au père, do do dièse…. C’est cela qu’il veut faire quand il sera grand, musicien, pas paysan….

vendredi 10 septembre 2021


Punaise

(Vaucresson, 17h 10)

Punaise diabolique sur gousse de glycine hautement toxique

la nature est si belle… 

jeudi 9 septembre 2021


Au pied l'arbre

(Forêt de Rambouillet, 8 septembre, 17h 55)

Pierres, pommes de pin, écorce, brindilles, tentative d’ordonnancement, naïf dessin, ici quelqu’un a passé du temps.

Peut-être y a-t-il une histoire dans l’alignement maladroit des pierres, peut-être y a-t-il un animal enterré dans le sable sous l’écorce, peut-être y a-t-il là un vœux écrit de ce qui parsème le chemin, peut-être est-ce un repère pour être sûr de ne pas se perdre, ou peut-être un enfant a-t-il fait du land art comme dans les livres des grands tandis que ses parents attendaient, soit admiratifs, soit terriblement impatients, peut-être est-ce une déclaration d’amour, un message codé, une offrande à une divinité sylvestre, peut-être est-ce un calendrier ou bien quelqu’un n’avait-il rien d’autre à faire que passer du temps, ramasser ce qui peut se ramasser, ce qui peut se collectionner, peut-être est-ce tout cela à la fois, un rêve, un désir, un poème, un costume, une ville, une carte, une généalogie?

Ici quelqu’un a passé du temps, a laissé un peu de lui au pied d’un arbre qui va chercher haut la lumière.

mercredi 8 septembre 2021


En forêt


(Forêt de Rambouillet, Yvelines, 15h 35)


(17h 05)

(16h 30)

Je reviens sur les sentiers parcourus cet hiver. Les fougères et genêts sont à hauteur d’homme, il faut parfois se frayer un chemin. Bras et jambes griffés, je nage au cœur de la forêt.

Entouré de dizaines de papillons, autant de regards sur leurs ailes, je prends des nouvelles des arbres. Peu d’oiseau. Une buse haut dans le ciel, son cri, un écho des paysages d’enfance.

Le petit étang sur le bord du chemin n’a  pas changé, il retient toujours autant de ciel.

Il y a des traces dans le sable, chevreuil sans doute. Ce sont les heures les plus chaudes, les bêtes sont tapies à l’ombre, au fond des bois.

Mouches et grillons sont discrets, le silence est parfait.

Je suis immobile, mon pouls ralenti, un peu de sueur coule sur mon front, je saisis les parfums.

On n’est jamais seul en forêt.


mardi 7 septembre 2021


Hélianthe

Vieillir 

(Vaucresson, 16h 30)

L’Héliante renait à l’automne, parfois un peu plus tôt, c’est la fleur de septembre, haute sur patte,

à hauteur de regard, la fleur de la rentrée, la trace de l’été.

Marin à quai, de retour au jardin, je la  salue. Chaque année elle a droit à une photo et quelques mots.

Cette après-midi, je suis face à l’une des premières fleurs du massif à s’ouvrir, saisissant le soleil avec autant de vigueur que les années passées. Voit-elle que j’ai vieilli elle qui est réapparue comme par enchantement?

Il est 16h 30, c’était l’heure du retour de l’école lorsque j’étais enfant, l’heure du goûter, l’heure des tartines de confiture chez mon ami Bertrand, l’heure des courses effrénées sur cet immense terrain de jeu qu’était notre banlieue. Chaque jour, à peine franchi la porte de l’appartement, la même phrase: J’ai pas de devoir, je peux aller jouer dehors? Ma mère avait à peine le temps de répondre que je dévalais déjà les escaliers.

Ai-je vraiment vieilli?

lundi 6 septembre 2021


Les marionnettes

(Bois de Clamart, Hauts-de-Seine, 17h 35)

Elles sont venues aux aurores, avant les chiens que l’on promène, qui courent après ce qu’on leur lance. 

Une troupe de marionnettes de bois aux vêtements mités, aux articulations grinçantes, une troupe de marionnettes en procession portant le corps décharné de leur maître.

Elles sont venues aux aurores  enterrer au fond du bois de Clamart celui qui, dans l’impossibilité d’exercer son art, s’était éteint dans leur bras de bois et de tissu.

Elles ont joué une dernière scène, tournant et dansant autour du corps, se poursuivant et se frappant de bâtons trop grand pour elles, des bâtons qui finiront en croix fichée dans la terre.

Elles ont joué une dernière scène, une scène muette, sans un cri, sans un rire, une scène sans voix. 

dimanche 5 septembre 2021


Miniatures éphémères

(Pougne-Herisson, Deux-Sèvres, 22 mai, 15h 35)

Vaisseau nuptial 

samedi 4 septembre 2021


À confesse

(Saint-Étienne-de-Baïgorry, Pyrénées -Atlantiques, 10 août, 17h 45)

Anna aimait bien ce jeune prêtre. Anna aimait écouter des histoires autant qu’elle aimait en raconter. Le père Luc lisait la Bible comme un conte et l’église ne désemplissait pas. Sa voix faisait danser le christ sur sa croix.

Jusqu’à ce que les guerres et la pandémie ébranlent la foi et la ferveur du curé. Celui-ci, trop sensible devant tant de misère sombra dans une lente dépression. Ses lectures à l’office devinrent d’une tristesse sans fond rythmée par les gémissements des martyrs.

Anna prit les choses en main. Il fallait faire quelque chose pour ce jeune homme, et pour la paroisse.

Elle vint à confesse plusieurs fois par semaine. Elle qui était irréprochable, s’inventait toutes sortes de péchés aptes à dérider le curé. Péchés de gourmandises, d’envie ou de luxure, il fallait de la légèreté, de la fantaisie, de la joie. Dans ses histoires les pâtisseries étaient des oiseaux, les sexes riaient aux éclats, les culs étaient joyeux, l’innocence était de mise, l’insensé était le fruit du hasard. On ne pouvait que s’étonner et sourire avant de pardonner.

Sans relâche, elle vint à confesse l’imagination de plus en plus débridée. Ainsi elle raconta comment elle se retrouva coincée au sommet d’un figuier, à cheval sur une branche, les mains tendus vers deux beaux fruits murs, le sexe trempé à trop se frotter au bois. Elle raconta sa surprise, interrogea l’homme d’église sur la conscience des plantes, elle lui dit combien le parfum du Céanothe évoquait l’amour, elle dit les nuits de printemps qui la désorientait complètement, elle lui dit son trouble devant un chien à qui elle offrait sa jambe pour qu’il s’y branle allègrement, elle lui dit les gâteaux volés à l’étal fondant dans la poche jusqu’à sucrer la peau.

Elle posa cette question à l’homme de foi: Est-il plus fort de vivre  la chose, ou de la raconter?

Elle n’eut pas de réponse, mais devina le sourire du prêtre à travers le treillis de bois du confessionnal.

Alors elle revint, inlassablement, jusqu’à ce qu’à ce que le christ danse à nouveau  sur sa croix. 

vendredi 3 septembre 2021


Dans le port de Pasajes

(Pasajes, Espagne, 25 août, 22h 30)

Dans le port de Pasajes, il y a un marin qui dort

Il a posé son sac sur un grumier

Ça sent le poisson, la résine et le gasoil

Sa couchette est étroite, ses rêves sont larges et insolents


Dans le port de Pasajes, il y a une fille à sa fenêtre

Elle cherche sa voie dans l’eau noire

C’est une fille de rien, elle a la langue nouée par une sale histoire

Son lit est défait, sa chemise est tachée


Dans le port de Pasajes, il y a une vieille qui attend

Elle ne compte plus les jours, elle a fait son temps

C’est la marée haute, ça clapote sous son crâne

La chaise est usée, la lumière éteinte, ça ne vaut plus la peine


Dans le port de Pasajes, il y a un chien qui veille

Le menton sur les pattes, le regard amoureux

C’est un chien de bateau, un chien de matelot, un chien des tempêtes

Un chien sans laisse, son maître n’est pas très loin


Dans le port de Pasajes,  il y a un enfant qui prie

Il tient le drap serré contre sa poitrine

C’est un enfant qui veut juste devenir grand, plus grand que son père

Son cœur bat trop vite, ses yeux sont immenses


Et puis il y a la nuit, dans le port de Pasajes

La nuit qui étreint, chacun en son cœur, la nuit qui retourne et retrouve

La nuit qui caresse les corps et les navires

Et à fleur d’eau, lents dans la nuit, il y a les poissons chats qui nous regardent 

jeudi 2 septembre 2021


Papier de soie

(Hendaye, 23 août, 7h 40)

Un ciel comme du papier de soie

le pays de l’enfance est fragile


mercredi 1 septembre 2021


Moaï

(Sur le Xoldokogaina, Biriatou, 27 août,16h 45)

Sur la montagne, la terre a brûlé il y a quelques mois.

Déjà herbes et fougères ont reverdi la pente.

Troncs calcinés, rochers noircis, quelques arbres ont résisté.

Qu’a-t-il de si précieux celui-ci si bien protégé par quelques moaï?

C’est un arbre, tout simplement. 

mardi 31 août 2021


Ce que dit le paysage

(Hendaye, 29 août, 21h 20)

Le soleil a disparu derrière le Jaiskibel,

les tamaris, le ciel  et la mer ont les couleurs de l’enfance,

les fantômes jouent aux cartes, au nain jaune ou aux petits chevaux.


Sur le banc, face à la mer, il y a le mari et la femme,

ou le fils et le père, ou le fils et la mère, ou le frère et la sœur,

ou la fille et le père, ou la fille et la mère.


Ils ne parlent pas, ou si peu, on fait comme si,

des banalités, des potins, on ne se regarde pas,

on regarde le paysage qui est le seul à dire qu’on s’aime, peut-être. 

lundi 30 août 2021


Une Bille 

( A 63, Aire de la Porte des Landes Est, Saugnacq-et-Muret, Landes, 7h 40)

L’avait toujours une bille dans sa poche

pour les jours sans soleil

dimanche 29 août 2021

samedi 28 août 2021


Le soldat de pierre

(Urrugne, Pyrénées -Atlantiques, 23 août, 20h 35)

Le soldat de pierre me regarde

 Nous n’en n’aurons jamais fini

dit-il

Et il quitte son socle

 

vendredi 27 août 2021


Sur le Xoldokogaina

(Biriatou) 

( Vautours, 15h 40)

(15h 45)


Je suis monté sur le Xoldokogaina

à 480 mètres au dessus de la mer

là où la forêt a brûlé cet hiver

Je n’ai vu que des êtres ailés

et un homme mort



(Machaon ou Grand Porte-Queue, 16h 05)

jeudi 26 août 2021


Mon cargo à  moi

(Sur la GI 3440 entre Hondarribia et Pasai Donibane, Espagne, 25 août, 20h)

20h sur la route qui serpente sur le versant nord du Jaiskibel

je lève le pied, je baisse le pare-soleil, j’invoque Chet Baker

le dernier plein m’a laissé un parfum de gasoil au bout des doigts

mon cargo à moi c’est ma bagnole, je navigue à vue, Almost blue

mercredi 25 août 2021


Sur les pentes du Jaiskibel

(Hendaye, 7h 05)

Toujours pas de vagues, ou si peu,

la mer sous la couette,

à l’horizon, le parfum du café chaud,

je pars vers l’Espagne, avec un ami,

écouter le chant des fougères et des sirènes

sur les pentes du Jaïskibel.

Là-bas la mer a la voix rauque.

À longtemps écouter la terre,

on y perçoit encore les tremblements d’une guerre.

Là-bas chaque crique est une porte,

on entre ou on sort, c’est selon,

que l’on cherche le grand ou le petit.

Bambous, pins, eucalyptus,

chaque arbre est une destination.

Et les ruisseaux en bas de la pente abrupte

mêlent leurs voix frêles à celle profonde de l’océan. 

mardi 24 août 2021


Partition

(Hendaye, 7h 50)


Ce matin, il y avait un homme assis sur le muret.

Il regardait vers les Jumeaux, vers le soleil levant.

Il écrivait, quelques notes sur du papier froissé.

Sur le rocher son pied battait un tempo lent.

Quand l’oiseau est passé, il m’a dit: Vous avez entendu?

L’oiseau? 

Non, la guitare… 

lundi 23 août 2021


Un vieil ami

(Hendaye, 7h 55)

6h 30, il fait à peine jour,

quelque chose me pousse dehors,

je marche jusqu’au bout de la plage

jusqu’au bout de la digue,

je vois le soleil qui vient,

comme un vieil ami. 

dimanche 22 août 2021

samedi 21 août 2021


Jeunes gens sur le port

 (Hendaye, 15 août, 17h 55)

15 août, jour férié, le ciel est couvert, de temps en temps tombe un léger crachin.

Des jeunes gens se sont posés, à l’abri, dans un cube de béton au bout du port.

Je ne pouvais que saisir cet instant, tant de beauté dans l’attitude de ces jeunes, malgré une lumière terne. Ce cube semblait parfaitement placé pour accueillir un moment de paix, un moment intemporel - le monde change et l’adolescence est toujours l’adolescence - , un moment de grâce, un de ces moments qui donne confiance dans un avenir pourtant si précaire.

vendredi 20 août 2021


Le palmier électrique

(Hendaye, 12 août, 21h 30)

Ce fut d’abord une vision d’apocalypse, des éclairs zébrant le ciel,  jusqu’à la pointe de chaque mât, et sur le ponton de bois un marin aux yeux exorbités, les cheveux dressés sur la tête, fuyant Cthulhu.

Puis ce fut celle d’un pochetron des mers du sud hurlant et titubant, boxant les palmiers en les accablant de toute la connerie humaine.

Je leur aurais trouvé des noms à coucher dehors, des noms de marins qui n’ont pas droit au repos, dont les bateaux prennent l’eau, des marins sans pays qui courent depuis si longtemps qu’ils ont oublié pourquoi ils ont pris la mer.

Et puis dans la douceur du soir, alors qu’il n’y avait plus un souffle de vent pour faire chanter les haubans, j’ai laissé mes deux gabiers sur un banc avec une bouteille, des cigarettes et une carte de L’Île au Trésor.

J’’ai pensé à ce livre offert par mon oncle Pierre que je garde précieusement depuis ma plus tendre enfance, La Craie Magique de Hopp Zinken. Un petit garçon trouve une craie qui fait exister ce qu’il dessine. Il se dessine un ami, il dessine une porte qui le conduit dans un ailleurs merveilleux, il rencontre une reine qui a un jardin sur la tête….

J’ai pensé à ces expériences électrostatiques au Palais de la Découverte où les enfants rient de se voir les cheveux dressés sur la tête…

J’ai pensé au rire de notre petit fils…

J’ai dessiné un bateau électrique barré par un capitaine palmier pour s’envoler au dessus des mâts, pour voir son reflet tout au fond de l’eau, pour se perdre  dans la voie lactée où dans chaque étoile il y aurait un bout de nos vies.

Et j’ai donné la craie aux deux matelots. 

jeudi 19 août 2021


Les Jumeaux

(Hendaye, 8h 20)

Pas de vagues ce matin, un peu de bleu dans le gris, les Jumeaux sont bien là.

Toujours le même rituel, regarder au large, puis la falaise, au nord.

Hier en marchant sur la corniche, je me demandais depuis quand ces rochers se dressaient là, je me demandais si un jour je les verrai s’effondrer alors que la falaise devient de plus en plus fragile.

On dit que le chevalier Roland, du haut des Trois Couronnes, lança, pour éventrer les remparts de Bayonne, un énorme rocher. Roland fit un faux pas sur la terre humide - il pleut beaucoup en Pays-Basque - et le rocher dévala la pente pour se briser en deux à l’extrémité nord de la baie d’Hendaye.

On dit aussi que sous  un certain angle, les Jumeaux ont visage humain, regards durs, ne baissant jamais les yeux face aux tempêtes d’hiver.

On apprend encore qu’un troisième rocher se détachera un jour de la falaise qui s’effrite.

Avant que l’un d’eux ne disparaisse, ils seront trois. J’aime le chiffre trois qui unit les contraires.

Et si chaque matin je m’assure de leur présence,  si chaque matin je les photographie sous un ciel toujours changeant, ce n’est sans doute que pour partager mon étonnement d’être toujours là, avec eux, prêt à jouer avec l’océan. 

mercredi 18 août 2021


Échappée

(Hendaye, 18h 20)

Échappée

juste un titre

pas d’histoire ce soir 

contre les pensées noires