Anton et le cygne
(Marnes-la-Coquette, 16 septembre, 17h25)
L’an dernier il était deux, cette année il n’en reste qu’un. Un cygne solitaire, blanc comme la chemise immaculée d’Anton qui vient chaque jour saluer l’oiseau. Lorsqu’il aperçoit Anton sur la berge, il s’approche doucement et vient mordiller ses chaussures vernies, ses chaussures du dimanche. Anton le laisse faire, il redonnera un petit coup de cirage une fois rentré à la maison. Ça l’occupe de cirer ses chaussures quand il est à la maison, seul maintenant. Martine a été enterrée il y a un an. Depuis, il ne quitte plus son costume du dimanche, celui qu’il portait aux funérailles, un costume de velours noir élimé aux coudes et aux genoux, une chemise blanche impeccablement repassée - ça c’est toujours lui qui repasse, comme avant, il repassait tandis que Martine changeait les ampoules - des chaussettes à losanges et des souliers vernis. La maison est devenu plus sombre le soir, Anton n’a toujours pas le cœur à faire ce que faisait Martine. Par contre sa chemise reste propre, blanche et lisse. Quand le cygne s’approche, Anton déboutonne sa veste, écarte les bras, penche la tête et le regarde comme une très vielle connaissance. C’est à ce moment précis que le palmipède attrape les chaussures du bout du bec. Ils font alors un drôle de couple tous les deux.


























