Notre Dame de Provence
(Forcalquier, Alpes-de-Haute-Provence, 13 avril, 14h 50)
Jacqueline est inquiète, inquiète pour ses petits enfants qui ont l’air décidés à faire la révolution, inquiète pour sa voisine qui s’est cassé le col du fémur, inquiète pour son chat qui n’est pas revenu depuis trois jours, inquiète pour le boucher qui a de grosses cernes sous les yeux, inquiète pour son mari qui parle de moins en moins, inquiète pour sa maison dont la fissure de l’entrée s’est encore élargie, inquiète pour la rivière de plus en plus basse, inquiète pour les oiseaux qui ont trop chaud. Alors elle a cueilli quelques fleurs des champs pour les offrir à Notre dame de Provence, là haut, au dessus de la ville. La pente est raide, le chemin pavé, de gros pavés sur lesquelles on se tord les chevilles. Elle a pris son temps. Elle sentait la sueur couler sous ses bras. Elle a pensé à l’époque où elle dévalait la pente avec son mari, l’époque où ils se reniflaient le cou et les aisselles. Là haut, elle a déposé les fleurs dans la main de la vierge, fleurs, herbes, épis cueillis avec soin, une plante pour chaque souci. Elle a attendu un signe, un geste un clin d’œil. Elle n’a eu droit à rien bien évidemment, elle ne le sait que trop, mais la promenade est belle et pendant tout ce temps son inquiétude s’apaise. En redescendant, elle s’est dit que la prochaine fois elle viendrait avec de la peinture pour lui refaire une beauté. Il ne faudrait pas qu’en plus elle s’inquiète pour Notre dame de Provence.


























