Il chante
(Artikutza, Pays basque espagnol, 26 août, 12h 35)
Il vient des Amériques. Son père a combattu dans ces montagnes, contre le fascisme. Il va sur les traces du père, avec son banjo. Il s’est assis sur une pierre et il chante. Il chante pour les vieux arbres et les vieilles gens, il chante pour le bois mangé et les mains tremblées, pour les sourires lointains et les feuilles frémissantes, pour ce qui reste, dans le silence du bois et des rides, il lance au vent le peu qu’il sait des vielles batailles, ce qu’il a lu dans les yeux du père sans voix. Quelques vaches et pottoks sortent du bois attirés par le rythme du banjo. Il chante pour les cœurs blessés, il chante pour les bêtes qui sentent et soignent la douleur, il chante pour les forêts brûlées et les maisons effondrées, il chante pour qu’on se souvienne, pour qu’il pleuve, pour la pluie qui lave les plaies, il chante pour ceux qui disent non et pour le soleil qui se lève.

















