Jérémy
(Marnes-la-Coquette, 29 janvier, 9h 25)
Il distingue la fenêtre de sa chambre, une petite lumière qui perce le brouillard. Jeremy aime le brouillard. Il se se sent moins fou. Fou, il ne l’est pas, il est juste un peu différent, mais c’est ce que dit son petit frère, Jérémy est fou c’est pour ça qu’il est au foyer devant l’étang. C’est bien là-bas, c’est blanc et propre, on lui fiche la paix et il peut sortir faire le tour de l’étang. Il va voir les moutons de l’autre côté, huit moutons à tête brune qui défrichent. Ce matin tout est givré, sauf les tas de terre des taupes. Ça doit être chaud une taupe, se dit Jérémy, j’aimerais bien en tenir une dans ma main. Les moutons sont serrés les uns contre les autres sur la paille à l’abri sous un auvent de bois. Jérémy aurait voulu être berger, conduire un troupeau sur les collines qui ondulent à perte de vue. C’est pour ça qu’il aime le brouillard, non seulement il se sent moins fou, mais il voit plus loin, ils voit les collines comme des vagues vertes, avec les clôtures qui font des lignes sinueuses et les arbres courts sur pattes qui sont des repères sur les chemins. Dans le brouillard il voit mieux que tout le monde. La petite lumière là-bas c’est la lanterne qui se balance au bout du bras de son père qui le cherche sur la lande.

























