mercredi 20 mai 2026

 

Petite fumée

(Hendaye, 8h)

Un ciel comme une petite fumée

Et un surfeur solitaire qui s’échappe

Pour lui laisser la place

mardi 19 mai 2026

 

Nature morte

(Hendaye, 19 mai, 14h10)

Posés sur le tronc velu d’un palmier

Un bois flotté et quelques feuilles mortes

Du rebut créer un peu de beauté

Pour conjurer le sort

lundi 18 mai 2026

 

L'amour

(Forêt de Marly, 8 mai, 16h 05)

Je n’ai jamais gravé de cœur sur un arbre, pourtant combien ai-je écris de lettres d’amour! Les scarifications sur l’écorce me font penser que pour certains l’amour peut-être douloureux. Pour moi, il ne l’a jamais été.

dimanche 17 mai 2026

samedi 16 mai 2026

 

Un chien

(Hendaye, 15 mai, 8h 55)

Tu n’es qu’un chien

Te dit-on

Un bâtard

Un chien errant

Un moins que rien

Mais tu t’en fous

Tu n’as rien d’autre

Que le ciel

Et c’est beaucoup

Tu cavales comme un fou

Tu passes entre les mailles

Tu sais que t’es pas tout seul

À courir en liberté

À pioncer sous les étoiles

À bouffer ce que tu trouves

Un jour tous les clébards

Renverseront la table

Et le monde changera de couleur

vendredi 15 mai 2026

jeudi 14 mai 2026

 

Du pipeau

Une histoire de Rick Delaveine, Surfeur et batteur de jazz de renommée internationale

(Hendaye, 12 janvier 2025, 8h 05)

Rick est tanqué sur la jeté, posé sur le muret, dos à la mer. Hier soir, il ne se faisait pas de bile, il marchait en équilibre sur le bord du trottoir en chantant des onomatopées frénétiques comme un joueur de tablas sous acide. C’est à ce moment qu’il y a une diseuse de bonne aventure espagnole en bas résille parfumée d’envie qui lui a dit que le monde allait s’écrouler, pas que le monde, son monde à lui surtout. Il lui a demandé « Quand? ». Elle a regardé le ciel, elle a regardé la mer et elle a plongé dans ses yeux en faisant « Pronto…Tal vez ». Elle lui a claqué un baiser de braise sur les lèvres et elle a mis les voiles en se déhanchant. Rick s’est assis  sur le muret face à la mer et il a plus bougé jusqu’à minuit. À minuit, les lampadaires se sont éteints, l’océan n’était qu’un trou noir, Rick s’est retourné côté terre, c’était un peu plus clair, ça caillait sec, mais il ne bougeait toujours pas. À quatre heures du mat, on a rallumé, il y a peut-être un gars dont c’est le boulot, appuyer sur l’interrupteur à minuit, réappuyer à quatre heures. Maintenant il y a le soleil qui se pointe, pas d’écroulement, et Rick est toujours là. Si rien ne se passe avant que vienne le premier promeneur de clébard, c’est que tout ça, c’était du pipeau, se dit Rick.

mercredi 13 mai 2026

 

La Roche du Curé

(Forêt de Rambouillet, 26 avril, 13h 40)

C’est une famille de taiseux. Chez eux on parle plus facilement aux arbres et aux bêtes qu’aux hommes et aux femmes. Mais ils savent qu’il y a des choses qu’on ne peut garder, des non-dits qui rongent de l’intérieur et tracent des rides au front. Quand le silence commence à piquer, le père et le fils vont à la Roche du Curé par la route des Quenouilles. Il faut qu’il fasse beau. Alors ils attendent onze heures, quand la lumière et les ombres font parler les rochers. Ils ont jusqu’à quinze heures pour tout se dire.

mardi 12 mai 2026

 

Prière

(Vaucresson, 8 mai, 10h 35)

Chaque matin, elle se levait au champ du coq, elle se drapait dans un châle de soie qu’elle tenait serré sur ses épaules et restait immobile sur le pas de sa porte fixant la cime des arbres à l’est jusqu’à ce que le soleil paraisse. Elle respirait profondément. Une mouche sur sa joue, une goutte de pluie, un coup de vent, une mèche de cheveux devant ses yeux, le chat contre ses jambes, un avion dans le ciel, un aboiement, une explosion, rien ne troublait son immobilité. Lorsque la lumière naissante éclairait son visage, elle souriait de toute son âme, faisaient l’inventaire des moindres modifications du paysage autour de sa petite maison et priait ardemment pour que la paix et les hommes reviennent.

lundi 11 mai 2026

 

Sylvotherapie

(Forêt de Marly, 8 mai, 16h 30)

La Sylvothérapie est à la mode. On voit en forêt de plus en plus de gens enlacer des arbres. En forêt de Marly, pas très loin de la ville,  il y a un homme qui  vient souvent embrasser le même arbre.

dimanche 10 mai 2026

 

Miniatures éphémères

(Vaucresson, 3 mai, 17h 10)

On est bien peu de chose

Et mon amie la rose

Me l’a dit ce matin

….

samedi 9 mai 2026

 

Une autre histoire de l'écriture

(Vaucresson, 8 mai, 11h 15)

Il y a très longtemps, dans un jardin qui pourrait être le paradis, un homme et une femme, ou deux femmes ou deux hommes ou deux enfants chahutaient au pied d’une haie de jasmin étoilé. La végétation était si luxuriante que la lumière se fractionnait en des dizaines de rayons  qui effleuraient fleurs, branches, feuilles et brindilles, laissant dans l’ombre une part de cet éden. L’homme ou la femme ou l’enfant prit une baguette de bois et reproduisit sur la terre les formes qui vibraient sous ses yeux. Il ou elle traçait des lignes sur le sol pour dire: C’est beau ou je t’aime ou il fait chaud,  ou on est pas bien là, ou viens, ou regarde, ou il se passe quelque chose…

C’est peut-être ainsi qu’est née l’écriture.

vendredi 8 mai 2026

 

(Forêt de Marly, Yvelines, 16h 25)

Dans le sous-bois, c’est toute l’enfance qui remonte.

jeudi 7 mai 2026

 


(Vaucresson, 1er mai, 17h 15)

Un éclat de tendresse sur le tronc rugueux

mercredi 6 mai 2026

 

Sainte Céline

Une histoire de Rick Delaveine, surfeur et batteur de jazz de renommée internationale

(Forêt de Rambouillet, 26 avril,  14h 25)

Dans le couloir laqué d’un hosto privé, Rick est étendu sur un brancard. On lui a donné un slip et une liquette de papier. Ça fait crépon sur le brancard, char de carnaval en hommage aux toubibs. Une grande infirmière lui pose un cathéter. Elle s’appelle Céline et a des lunettes carrées. Rick serre ses abdos, il essaye de tenir en position semi assise, faut pas la lui faire, c’est pas parce qu’il est là qu’il est fini, il fait du gringue à Céline, elle est si grande, sa tête touche presque les néons, ça lui fait un halo de sainte, Sainte Céline. C’est sûr, Rick n’est pas prêt de renoncer.


mardi 5 mai 2026

 

Par la Route du Chêne du Renard

(Forêt de Rambouillet, 19 avril, 12h 05)

Je descends vers Les Hayes par la route du Chêne du Renard. Comme chaque fois je m’arrête devant la cabane de chasseurs. Une cabane verte et bleue posée comme un livre entre les arbres. Chaque fois une nouvelle histoire*. Aujourd’hui c’est un souffle rauque qui m’attire, une respiration régulière qui fait vibrer la porte calée par un piquet de bois. Il y a quelqu’un, quelque chose à l’intérieur, enfermé. J’ouvre la porte, il faut forcer un peu, les gonds sont rouillés. La lumière entre d’un coup. Dans un halo de poussière en suspension un homme énorme à peau de serpent est assis sur le sol. Il cligne des yeux. On distingue à peine ses membres perdus dans les plis et replis de son corps. N’ayez pas peur me dit-il, je prends racine, laissez juste la porte ouverte pour la lumière et les courants d’air.


* Posts des 17/02/21, 8/10/21, 27/02/24, 9/12/24

lundi 4 mai 2026

 

Le temps des cerises

(Vaucresson, 19h 25)

Maman a vécu très longtemps. Dans ses dernières années, elle sortait rarement et se réjouissait des oiseaux qui piaillaient à ses fenêtres ouvertes sur un parc arboré. Un jour il a fallu quitter l’appartement, s’installer dans la chambre anonyme d’une résidence médicalisée. Elle n’a plus jamais regardé par la fenêtre et ne voulais plus sortir. Alors je photographiais les oiseaux et lui montrais les photos. Chaque fois elle faisait de petits oh! joyeux. Cette photo est pour elle qui n’est plus là.

dimanche 3 mai 2026

 

Miniatures éphémères

(Forêt de Rambouillet, 26 avril, 13h 55)

Marche à l’ombre

samedi 2 mai 2026

 

Diffraction

(Bois de Saint-Cucufa, 25 avril, 17h 20)

Hors des sentiers

Le rêve d’un corps

Qui se diffracte

Pour échapper aux épines

vendredi 1 mai 2026

 

Miniatures éphémères

(Vaucresson, 10h 05)

Premier mai

Jour chômé