samedi 21 mars 2026

 

Conjureur de guerre

( Faiseur de pluie, Barbara D’Antuono, Exposition L’Étoffe des Rêves, Halle Saint-Pierre, Paris 18 ème, 14h)

Aujourd’hui, visite à la Halle Saint-Pierre, ce musée galerie d’art brut et singulier que nous affectionnons particulièrement. Chaque exposition stimule l’imaginaire autant par les formes et les couleurs que par les matériaux. Loin de tout académisme, j’ai souvent ici la sensation d’un territoire familier. L’exposition du moment est consacré à la création textile, un foisonnement de fils et de couleurs, fils qui courent dans les labyrinthes de nos cerveaux. Ce tableau de Barbara d’Antuono m’a particulièrement touché. « Je couds comme certains récitent des mantras. » dit l’artiste. Son œuvre est imprégnée d’un séjour en Haïti de plusieurs années, la mythologie vaudou y est très présente. Dans ce tableau, cousu, brodé et taché, il y a de l’enfance et du magique. Voici un magnifique et tendre couple conjureur de sort, je dirais même plus, conjureur de guerre.

vendredi 20 mars 2026

 

Le printemps

(Vaucresson, 12h 15)

Ce matin je suis descendu au jardin célébrer le printemps. Après avoir salué jacinthes, primevères, tulipes, lilas, toutes fleurs en devenir, guêpes, bombyles, moucherons divers et variés, j’ai trouvé le printemps caché dans une tulipe, trahis par l’ombre fine et discrète de son visage sur un pétale.

jeudi 19 mars 2026

 

La Lumière et les Oiseaux

(Ville-d’Avray, 17 mars, 10h 50)

Un grand fauteuil en osier, des livres tout autour et les colombes au dessus c’est son refuge, sa tour de guet. Madame vient de s’endormir, la tête sur la poitrine, les mains à plat sur un grand livre posé sur ses genoux, La lumière et les oiseaux du peintre et ornithologue suédois Lars Jonsson. Le livre est ouvert à la page 186, on y voit une huile de 1997, Seul au sommet, un faucon gerfaut posé sur un rocher tâché de rouge. Sur la page les mains de madame frémissent par instants, de longs doigts et des veines saillantes qui semblent retenir le faucon sur son rocher. Est-ce madame qui entre dans le livre ou l’oiseau qui s’en échappe? Madame a dit à ses proches: Je ne peux plus voyager, je peux à peine faire le tour de l’étang, je perds ma voix, j’aimerais finir ici, dans ma tour, prise dans un livre.




( Lars Jonsson, Seul au sommet, 1997, huile, 81x100cm, in La Lumière et les Oiseaux, éditions Nathan)

mercredi 18 mars 2026

 

Floating*

(Île Seguin, Boulogne-Billancourt, 17 mars, 22h 30)

Merveilleux concert hier soir à l’auditorium de la scène musicale du saxophoniste Émile Parisien avec Yaron Herman au piano, Linda May Han Oh à la contrebasse et Prabhu Edouard aux tablas et percussions, pour accompagner la nuit qui vient. Émile Parisien à un son et une façon de jouer inimitable. Quand il était  tout jeune élève à l’école de Jazz de Marciac, son professeur de saxophone le voyant se contorsionner avec son instrument lui disait qu’il n’irait pas bien loin s’il continuait à jouer ainsi. Le voici ce soir sur l’une des plus belles scène de France. Il joue dans le monde entier avec les plus grands, son jeu est d’une extraordinaire générosité. Ce soir là il y avait beaucoup de joie et de douceur dans ce concert. Sur une mélodie, dans un de ces étonnants mouvements qui lui échappent, le musicien s’est penché vers l’avant comme s’il allait caresser un chat avec son saxophone. C’est ce que j’ai dit à Sophie à cet instant, on dirait qu’il caresse un chat. Que le musicien et la musique suscitent de telles images montre combien cette musique est réconciliatrice, et nous en avons bien besoin.


* Titre du concert

mardi 17 mars 2026

 

Fausses-Reposes

(Forêt de Fausses-Reposes, Hauts-de-Seine, 10h 20)

Nous habitons une petite commune à deux pas de Paris entourée de bois, Saint-Cucufa au nord, le Butard à l’ouest, le parc de Saint-Cloud à l’est, et la forêt de Fausse-Reposes au sud. Tous ces bois sont accessibles à pied de chez nous, c’est précieux, c’est un luxe que nous honorons chaque jour par une marche plus ou moins longue. Il y a une autoroute qui traverse ce cercle de bois, mais le territoire étant valloné, il reste des espaces de silence ou le chant des oiseaux passe devant le bruit de fond de la ville si proche. Ce matin nous allons aux étangs de Ville-d’Avray par la forêt de Fausses-Reposes. On y pratiquait autrefois la chasse à courre, son nom provient de l’expression « faux repos » utilisée en vénerie a propos du gibier qui se cachait dans les fossés pour échapper aux chasseurs. Il arrive encore de croiser un chevreuil surgissant des taillis, mais  pas de chasseurs, ici c’est interdit. Aux étangs nous attendent canards mandarins et grèbes huppés, sur le chemin, des arches de lierre, les portes d’un autre monde, un monde en paix...

lundi 16 mars 2026


Formes II


 (Bois de Saint-Cucufa, 14 mars, 11h 35)

Souvent, je quitte les sentiers, je vais prudemment entre ronces et branches basses, je cherche des formes qui m’emportent au-delà des bois.

dimanche 15 mars 2026

 

Miniatures éphémères

(Bois de Saint-Cucufa, 14 mars, 10h 55)

Mousses et lichens à Saint-Cucufa

samedi 14 mars 2026

 

Shining

(Marnes-la-Coquette, 12 mars, 9h 40)

Wendy vient de s’installer dans la toute nouvelle résidence sénior de Marnes-la-Coquette, le Victoria Palazzo. Elle est l’une des premières occupantes, beaucoup d’appartements sont inoccupés, le silence est pesant. Ses enfants l’ont convaincue de troquer sa maison trop grande pour un studio au Victoria Palazzo. Tu ne seras plus seule, tu seras en sécurité, et tu verras les oiseaux sur l’étang. Le dépliant publicitaire  était alléchant, conciergerie pour une assistance au quotidien, salon de coiffure, animations et activités, jeux de société,  gymnastique douce, ateliers mémoire…Bref le lieux idéal pour ses vieux jours, surtout qu’elle se sent vaciller, l’hiver a été dur dans sa maison mal entretenu. Ici tout est propre et blanc, il y a des ascenseurs, des salons pour les invités et un piano au rez-de-chaussé. Elle jouait si bien autrefois, pianiste et compositrice, quelques belles musiques de film à son actif. Elle n’a plus joué depuis la mort de son mari perdu dans une tempête de neige lors d’un séjour en montagne. Ses enfants espèrent qu’elle s’y remettra dans cet espace paisible et lumineux avec vue sur les roseaux où nichent les oiseaux. Seulement les prix sont prohibitifs, et la résidence tarde à s’animer. Ce matin, lorsqu’elle a ouvert la porte de son studio, elle a vu passé dans le long couloir désert un gamin en salopette pédalant à toute allure sur son tricycle bleu. Elle a vivement refermé la porte, avec une sensation de déjà vu, une sourde angoisse qui faisait accélérer son pouls. À-t-elle bien fait d’écouter ses enfants?

vendredi 13 mars 2026

 

Vrille

(Marnes-la Coquette, 12 mars, 10h)

L’arbre monte et vrille vers la lumière, sur l’écorce le dessin de l’effort, comme il faut parfois se tendre et se tordre pour accéder à quelque chose d’interdit.

jeudi 12 mars 2026



 (Étang de Villeneuve, Marnes-la-Coquette, 9h 40)

L’instant où disparait la Foulque macroule

mercredi 11 mars 2026

 

Solitude

(Étang de Saint-Cucufa, 8 mars, 11h 30)

À la dérive dans le brouillard qui ronronne, madame ballade son blues à Saint-Cucufa, le printemps se pointe et voilà son cœur qui bouchonne, il y a la Solitude qui tire sur la laisse, et qui aboie au cul des canards, Solitude, c’est comme ça qu’elle a nommé sa chienne.

mardi 10 mars 2026

 

Le laurier-rose

(Vaucresson, 9 mars, 10h 20)

Les gousses sèches du laurier-rose se sont ouvertes, arquées, telles des chisteras  prêtes à lancer au vent les graines poilus. L’arbre est au pied de notre maison, juste là où les pavés de la cour laissent place à l’herbe du jardin. C’est un arbre du sud, comme le figuier et le néflier un peu plus loin, couleurs et parfums méditerranéens dans un jardin de la banlieue parisienne. Ces arbres n’auraient jamais pu pousser ici quand j’étais enfant. Nous ne patinons plus l’hiver sur l’étang gelé de Saint-Cucufa, la végétation change de visage et le 8 mars le printemps est déjà là. Dans quelques années les citronniers et les orangers du château de Versailles passeront l’hiver dehors. Je vois sur la nationale 7, de l’Italie à Paris, une longue procession d’arbres en marche, lauriers, figuiers, néfliers, grenadiers, orangers, citronniers, cyprès, oliviers.. Une joyeuse procession d’arbres espérant un nouveau monde tandis que la Côte d’Azur se dessèche, pèle et se ride.

lundi 9 mars 2026

 

Anniversaire

(Vaucresson, 8 mars, 11h)

Un peu de brouillard et quelques fleurs dans le parc de  Manera

Une dame en chausson promène un pékinois en robe de chambre

Elle mâche du chewing-gum, les bulles éclatent sur ses lèvres rouges

Elles marche dix centimètres au dessus du sol, elle vole, elle rigole

Elle chante à son chien qui lève le cul et trottine sur ses pattes avant

Aujourd’hui c’est mon anniversaire, elle me dit, je fais ce que je veux!

dimanche 8 mars 2026

 

Miniatures éphémères

(Hendaye, 23 février, 15h 40)

Clair obscur

samedi 7 mars 2026

 

Le hêtre tortillard de Chèvreloup

(Arboretum de Chèvreloup, 4 mars, 11h)

Autre jour, autre lumière, autre angle, voici encore le hêtre tortillard de Chèvreloup dont  l’écriture tremblée me fascine.

vendredi 6 mars 2026

 

Le saule de la Vaucouleurs

(Vallée de la Vaucouleurs, De Rosay à Septeuil, Yvelines,  5 mars, 11h 05)

Les urnes funéraires des parents de Sophie sont réunies dans un caveau familial au cimetière de Septeuil. Chaque année nous venons nettoyer la tombe et déposer des fleurs fraîches. Nous en profitons pour faire une longue ballade dans la campagne alentour. Nous partons du cimetière, sur les hauteurs de Septeuil puis redescendons et longeons la Vaucouleurs qui nous reconduira au village, un chemin que maintenant nous connaissons bien avec ses repères, la ferme aux paons, le lavoir, dont le toit est  cette année en fort mauvais état, et surtout ce saule magnifique au bord de la rivière. Après avoir pris des nouvelles des morts, nous allons voir comment se porte l’arbre. J’ai toujours eu la sensation que les arbres tissaient des liens entre morts et vivants.

jeudi 5 mars 2026


(Septeuil, Yvelines, 11h 45)

Une vieille histoire d’amour et de révolte 

mercredi 4 mars 2026

 

(Arboretum de Chèvreloup, 10h 35)

À quoi rêvent-ils dans les fleurs

Les papillons

Muets


(Reikan)

mardi 3 mars 2026

 

La montagne et la bibliothèque

(BNF, Paris 13ème, 11h 15)

Séraphin est né sur la paille, dans une grange accrochée à la montagne. Il a grandi bercé par les sonnailles, le souffle du bétail, le silence de la neige, le cri de la buse, le jet du lait dans le seau, les aboiements des chiens et le vent dans la cheminée. Il a grandi dans un pays où on marche penché et où on parle peu, un pays de cailloux, de prairies et d’arbres courts où les maisons sont grises et les toits noirs, un pays où les nuits fourmillent d’étoiles, où les hautes crêtes retiennent le soleil. Un jour il est parti, il a remplacé son bâton de berger par une sacoche d’étudiant et a débarqué à Paris. Totalement inadapté aux bruits de la ville, il changeait chaque mois de quartier, jusqu’à ce qu’il découvre celui de la Bibliothèque Nationale de France. Ici, il y a de grands espaces vides, des sommets, des arbres plantés dans les hauteurs, on ne court pas sur les trottoirs, il y a une distance raisonnable entre chacun, et il y a la bibliothèque, ses quatre hautes tours, à l’intérieur un silence feutré et autant de livres qu’il y a  de pierres dans sa montagne. Et surtout ce bois au centre, tout en bas, au pied des tours, comme un vallon oublié. Séraphin aimerait y dormir un jour, à la belle étoile, attendre au matin que les tours laissent passer le soleil.

lundi 2 mars 2026

 

Le grain

(Hendaye, 1er Mars, 7h 15)

J’aime ce grain des photos prises  au petit matin, juste avant que le soleil ne paraisse. Il n’y avait  ce dimanche qu’une minuscule silhouette sur la plage, à la lisière des vagues, un pêcheur en cuissardes qui lançait  sa ligne dans l’eau froide. Quand je regarde le paysage, l’instant où je photographie, je ne pense à rien, je disparais dans cette beauté rêche, je suis le pêcheur, petit trait noir au bord de l’eau, le pêcheur qui ne pense à rien, lui aussi sans doute, à l’instant où il lance sa ligne. Combien de temps sans penser à rien? La vie a du grain…

dimanche 1 mars 2026