Partir un jour
(Étang de Villeneuve, Marnes-la-Coquette, 29 janvier, 9h 40)
Dans la salle d’attente d’un cabinet de radiologie, murs blancs, aseptisés, sièges de skaï noirs, un écran diffuse un documentaire animalier. Le son est coupé, le film est sous-titré, il s’agit de migrations. Face à moi, une femme aux cheveux filasses, gants noirs, manteaux noir, pantalon noir, chemisier à fleurs vives. Elle a deux sacs d’un beau cuir, l’un rouge, l’autre vert vif. « Partir un jour…c’est beau ces paroles…partir un jour sans retour »… Elle parle toute seule, elle parle à son sac vert. « C’est quoi la morale, je la cherche partout, je la vois pas »… Elle parle à son sac rouge. « C’est pour ça… je suis anarchiste…faut partager… avec les philosophes ». Elle parle à ses gants troués. « Je voudrais pas qu’elle voit ça quand même, c’est elle qui me les a offerts ». Une femme la rejoint, une connaissance, s’assoit en face d’elle. Elles échangent trois mots, « ça s’est bien passé? » « Je dois encore attendre le compte rendu ». Puis la femme en noir se tait, baisse la tête, tient ses mains gantés bien serrés, cachant les trous. Après un long silence, elle se met à fredonner: « Partir un jour sans bagages…. »

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