Homonyme
(Saint-Gaultier, Indre, 30 mars, 19h20)
Il n’y a pas grand monde le lundi à Saint-Gaultier. Moïse a débarqué dans le coin pour photographier les oiseaux sur les étangs de Brenne. Le seul restau ouvert à des kilomètres à la ronde, c’était les Chimères, sur la place de l’hôtel de ville, en face des boutiques à vendre, un restau de voyageurs tenu par un pianiste qui cuisine en virtuose. Moïse était le seul client ce soir là, il a longtemps parlé avec le patron. À rester trop longtemps planqué à guetter les oiseaux, Moïse aime bien parfois s’épancher avec des inconnus. Ils ont longuement parlé du Catalogue d’Oiseaux d’Olivier Messiaen, des images que porte la musique. Ils ont bu et parlé, beaucoup bu. Le cuisinier tapait sur son piano qui trônait dans la salle et Moïse voyait de grands corbeau noirs se disputant une charogne sur la terre brune d’un champ labouré. En sortant du restaurant, ivre, Moïse a trébuché, s’est cogné la tête et s’est affalé au pied du monument aux morts. Avant de tomber dans les pommes Moïse a eu le temps de lire sur la pierre l’avant dernier nom, Moïse Descloux. Merde, mon nom, un homonyme…Et il a sombré avec un très mauvais pressentiment.

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