mardi 21 juillet 2026

 

Une déesse

(Étang de Saint-Cucufa, 21 juin, 10h 50)

Rick a le bourdon

Il viens butiner à Saint-Cucufa

Il remplit son vide avec du bleu

Il y a une vieille au bord de l’eau

Une vieille à la peau fripée

Qui chante un blues à tomber

Rick plonge dans les nénuphars

comme ça d’un coup tout habillé

Pour cueillir une fleur

Une fleur pour la vieille

Qui chante comme une déesse

lundi 20 juillet 2026

 

Broyer du noir

(Bois de Saint-Cucufa, 18 juillet, 10h 05)

Ce soir je broie du noir

Au pilon dans un creuset

En loupe de thuya

Tourné par un gars

Qui parle aux chevaux

Je broie du noir

Pour mes images

Et mes mots

Mes échappatoires

Mes points de fuite

Et mes trous noirs

dimanche 19 juillet 2026


Miniatures éphémères


(Vaucresson, 17 juillet, 19h 25)


Instant suspendu 

samedi 18 juillet 2026

 

Loin

(Étang de Saint-Cucufa, 10h 25)

Un petit garçon avec son père au bord de l’étang. Il porte une casquette bleue.

Regarde papa ils vont drôlement loin les poissons!

vendredi 17 juillet 2026

 

Orages

(Bois de Saint-Cucufa, 9h 55)

Cette nuit la terre a bu, un peu, enfin.

jeudi 16 juillet 2026

 

Un monde de fraicheur

(Étang de Saint-Cucufa, 25 mai, 16h 40)

Dans les enchevêtrements de l’étang de Saint-Cucufa, il y a un monde de fraicheur où rêvent les tortues. J’y navigue entre deux eaux tentant de noyer mon impatience.

mercredi 15 juillet 2026

 

Une maison tendre

(Arles, 10 juillet, 10h 10)

Nous avons eu le même réflexe avec Sophie, photographier cette maison. Une maison tendre, si on peut dire d’une maison qu’elle est tendre. Une maison pour vivre à deux et s’aimer. Ceux qui construisirent cette maison et y vécurent pourraient s’appeler Sophie et Pierre. C’était à l’orée de la grande guerre. Les dernière tuiles à peine posées, Pierre est parti côtoyer la faucheuse. Sophie l’a attendu. Elle a peint tout l’intérieur, en couleurs, les murs et les meubles. Pierre est revenu, un peu amoché mais d’aplomb. Ils ont eu une belle vie, banale, mais belle.

mardi 14 juillet 2026

 

Le vent

(Moules, Bouches-du-Rhône,11 juillet, 20h 55)

Il y a un air de lointain ce soir à notre campement. Chevaux et chiens ne sont pas loins. Le vent charrie d’épais nuages et s’infiltre dans mes pensées. Un vent qui me prend dans ses bras comme une mère porte son enfant sur le chemin.

lundi 13 juillet 2026

 

Dans l'ombre

(Arles, Bouches-du-Rhône, 10 juillet, 10h 50)

J’ai longtemps attendu dans l’ombre de la ruelle que quelqu’un se penche à la fenêtre. À peine une silhouette est-elle apparue qu’elle m’a aperçu. Aussitôt nous avons l’un et l’autre reculé plus profondément dans nos ombres. Il faudra de la patience pour se rencontrer.

dimanche 12 juillet 2026

samedi 11 juillet 2026

 

Ciel chiffonné

(Moules, Bouche-du-Rhône, 20h 55)

Le ciel est chiffonné

Le vent se lève

Les chevaux frémissent

Je repense à cette vieille dame

Qui nous disait quand nous lui rendions visite

Vous voir me fait de l’air sous les bras

vendredi 10 juillet 2026

 

Une photo de photographe

(Arles, Bouches-du-Rhône, 10 juillet, 13h 50)

C’est le festival international de la photographie. Ici un passant sur deux à un appareil autour du cou. On parle photo et on fait des photos de photographe.

jeudi 9 juillet 2026

 

Un couple princier

(Orthétrum réticulé mâle,  Moules, Bouches-du-Rhône, 19h 05)

Nous avons repris la route. Demain je conterai à la Cour Cachée à Arles. Ce soir nous dormons à Moules, dans une yourte au bord de la route en lisière des champs. Le paysage est banal mais le ciel est grand, plein d’oiseaux, et nous sommes accueillis par un couple princier.




(Orthétum réticulé femelle, Moules, Bouches-du- Rhône, 19h 15)

mercredi 8 juillet 2026

 

Promenade à la fraîche

(Vaucresson, 22h )

De retour à la maison

Après un mois en suspension

Promenade à la fraîche

Grillons et tourterelles

Par une fenêtre les cris d’un nouveau né

Je pense à la vie devant lui

Et je serre la main de Sophie

mardi 7 juillet 2026

 

Bouffer du ciel

(Rueil-Malmaison, 29 juin, 22h 25)

Demain je me fait la belle, je trisse, je me carapate. Je raconterai une dernière histoire à mes nouveaux amis, nous nous souhaiterons des cœurs vaillants et je m’en irai bouffer du ciel et du paysage, regonfler des muscles qui ont fondu comme neige au soleil, je reprendrai la route pour sentir mon cœur battre contre le vent.

lundi 6 juillet 2026

 

L'Hibiscus

(Althéa, ou Hibiscus syriacus, Vaucresson, 5 juillet, 13h 15)

Légèreté de l’Hibiscus

Élan du plongeur

Drapé de soie

Fleur de l’éternité

dimanche 5 juillet 2026

samedi 4 juillet 2026

 

Dos léopard

(Belle-Dame, Rueil-Malmaison, 3 juillet, 19h 10)

Chaque soir je reviens au massif de Valériane rouge au pied de l’hôpital. Il y a toujours ce papillon, une Belle-Dame, on dirait qu’il m’attend avant sa grande migration, il m’attend pour me rendre les soirées plus douces. Ce soir il m’offre son dos soyeux, son dos léopard qui m’ouvre des espaces où les nuages moutonnent à l’infini, des espaces vallonés aux creux ombrés où jamais on ne s’essouffle à courir dans les hautes herbes.

vendredi 3 juillet 2026

 

Trois brins

(Rueil-Malmaison, 1 juillet, 19h 30)

Fait trop chaud. Continuez sans moi les gars! Dit le plus grand qui a le gosier définitivement à sec.

jeudi 2 juillet 2026

 

Rouge velours

(Rueil-Malmaison, 1er juillet, 19h 15)

Un bouquet de roses rouge velours, le velours des vieux théâtres, fauteuils et rideaux, de ces théâtres hantés de fantômes qui font craquer les planchers et grincer les sièges. Je me souviens d’une représentation où nous attendions sagement derrière le rideau de scène notre entrée, lorsque celui-ci s’est décroché dans un fracas de tringles et guindes, soulevant un épais nuage de poussière. Immédiatement nous avions improvisé la folle équipée de marins naufragés, leur radeau ballotté dans une mer rouge sang.

mercredi 1 juillet 2026

 

Vague à l'âme

(Belle-Dame, ou Vanesse du Chardon, Rueil-Malmaison, 19h 30)

Attendre le petit déjeuner, attendre les séances de kiné, attendre le repas de midi, attendre le repas du soir, journées rythmées par les prises de tension, température, glycémie, saturation, je me lasse, je trépigne, la bienveillance et le sourire des soignants n’allège que bien peu mon vague à l’âme aujourd’hui. Joaquim, mon compagnon de chambrée est parti, remplacé par Jean-Louis qui vient de Casablanca. Je me sens comme un môme qui a changé d’école et doit se faire de nouveaux copains. Après le diner, je sors goûter une demi heure de vent et de soleil, avant que les portes ne se referment à vingt heures. Ce soir c’est une Belle-Dame qui croise mon chemin, un papillon migrateur capable de parcourir 500km en une journée. J’ai du faire une vingtaine de photos avant de me rendre compte que mon vague à l’âme s’était envolé. Je quitte l’hôpital dans une semaine, le lendemain je pars vers le sud.