samedi 21 février 2026

 

Carnaval

(Hendaye, 18h 20)

C’est carnaval à Hendaye. Pendant que sur la place du fronton, on brûle Zan Pantzar après un procès sans équivoque, les porteurs de géants se reposent. Ils ont défilé et dansé toute l’après-midi. Ils sont  quatre jeunes gens qui se massent les épaules et se désaltèrent en regardant effarés sur un portable les images d’un autre défilé, à Lyon, un défilé pour de vrai, un défilé néo-fasciste…




vendredi 20 février 2026

 

51 Pegasi b

(A 63, Landes, 15h 05)

Je trace sur la route toute droite qui traverse les Landes. Quand j’étais môme ce n’était qu’une nationale à deux voies, je me tenais debout à l’avant de la 404 paternelle, les mains sur le tableau de bord fasciné par l’infini du bitume. Mon père me racontait les longues traversées de son enfance dans la Panhard familiale quand la route était encore plus étroite, il fallait prévoir pneus de rechange et réserve d’essence. Je trace et divague. À la radio l’astrophysicien Didier Queloz parle de sa découverte en 1995 de la première exoplanète, après avoir développé une technologie de détection par mesure des vitesses, 51 Pegasi b qui gravite autour de l’étoile 51 Pegasi, sur une période de 4,2 jours à 50,09 année lumières de chez nous. Au 5 février 2026, on dénombrait 6100 exoplanètes confirmées réparties dans 4545 systèmes planétaires. Et soudain c’est le vertige, l’infini m’aspire, avec  mon père et mon grand-père, et mon cœur fait un bruit de machine à laver.



jeudi 19 février 2026

 

Un bout de ciel bleu

(Forêt de Rambouillet, 17 février, 15h 20)

Il y aura toujours un bout de ciel bleu auquel s’abreuver

mercredi 18 février 2026

 

Plumet

(Forêt de Rambouillet, 17 février, 15h 10)

Je les vois tous à l’assemblée

Députés de tous bords

Munis d’un plumet

Se chatouiller le nez

Au moindre désaccord

mardi 17 février 2026

 

Le jour où un arbre m'a fait un pied de nez

(Forêt de Rambouillet, 15h)

Il y a un joyeux silence aujourd’hui dans les bois bleus après des jours de pluie. Dans les ornières la terre gorgée d’eau aspire les bottes, les fougères couchées par l’hiver colorent de fauve sous-bois et clairières. Je furète dans les plis de la terre, dans le mouvement des troncs, entre mousses et lichens, je cherche le détail qui marquera ce jour, 17 février 2026. Soudain il est là, devant moi, un arbre facétieux qui me fait un pied de nez.

lundi 16 février 2026


le mendiant

(Arboretum de Chèvreloup, 4 février, 11h 35)

Main tendue, le vieil arbre mendie quelques années de plus.

dimanche 15 février 2026

 

Miniatures éphémères

(Parc de Saint-Cloud, 22 janvier, 16h 35)

Le cartographe

samedi 14 février 2026

 

Le rire du chien

(Marnes-la-Coquette, 29 janvier, 10h)

J’ai entendu passer les oies sauvages, sans les voir. J’ai vu un grand chien sortir de l’eau, et secouer son poil trempé, sans rien entendre. Le chien a disparu dans les taillis sur l’îlot embrumé. La barque amarrée au bord de l’étang n’était plus là. J’ai fait le tour de l’étang, la barque n’était nulle part, ni sur les berges, ni sur l’îlot. Le brouillard lui était toujours là, mais chaque fois de l’autre côté. Je n’ai plus bougé, j’ai attendu qu’il se passe quelque chose. J’ai attendu longtemps, j’avais de plus en plus froid, aux pieds, aux épaules, j’ai éternué, un éternuement qui partait en ricochet sur le lac. Alors j’ai entendu rire le chien, sans le voir.

vendredi 13 février 2026

 

Les histoires

(Parc de Saint-Cloud, 22 janvier,16h 10)

Les histoires sont comme des cartes routières des dédales de notre cerveau

jeudi 12 février 2026

 

Miniatures éphémères

(Vaucresson, 14 janvier, 12h 30)

Un moment de rien

mercredi 11 février 2026

 

De grandes jambes

(Forêt de Rambouillet, 18 janvier 2024, 14h 05)

Dans une forêt de verre ils vont sans un mot, le père et le fils. La terre est gelée, le silence est fragile. Le père va devant avec ses grandes jambes, le fils suit, deux pas pour un seul. Vient un ruisseau, le père l’enjambe comme si de rien n’était, le fils s’arrête net et voit son père s’éloigner. Il recule, prend son élan et saute. Il passe juste, trempant le bout d’une de ses chaussures dans l’eau froide, il rattrape son père en courant, la neige craque, au bout des branches la glace se brise. Alors son père se retourne. Un jour tu auras mes jambes, dit-il. Ce seront les seuls mots prononcés lors de cette promenade.

mardi 10 février 2026

 

Le rêve du charpentier

(Tour Eiffel, Paris 7 ième, 11h 50)

J’ai rencontré il y a quelques années en Guyane un charpentier métallique qui me confiait entre deux verres de rhum à quelques pas de la forêt vierge qu’il rêvait régulièrement de la Tour Eiffel. Il allait et venait sur les escaliers de fer, seul au centre des poutrelles, accompagné du bruit du vent et du claquement de ses pas sur le métal. Il ne savait s’il était l’araignée ou la proie, s’il s’agissait d’un rêve inouï ou d’un horrible cauchemar. Il se réveillait chaque fois tremblant d’excitation, envahi d’une peur qui s’apparentait plus à un tract de débutant qu’à une anxiété traumatique.

lundi 9 février 2026

 

Le bouleau pleureur

(Arboretum de Chèvreloup, 4 février, 11h 45)

Ce magnifique bouleau pleureur me fait penser à ces marionnettes géantes de carnaval. Je revoie nos enfants déguisés en chevaliers, casserole et passoire sur la tête, couvercle de poubelle en guise de bouclier, manche à balai pour lance, affrontant un maigre géant manipulé à l’aide de grande perches par quatre hommes. Plus le souvenir se fait précis, plus l’arbre s’agite et convoque d’autres créatures nécessaires pour vaincre nos peurs.

dimanche 8 février 2026

 

Miniatures éphémères

(Arboretum de Chèvreloup, 4 février, 10h 55)

Conte d’hiver

samedi 7 février 2026

 

Stearway to Heaven

(Paris 11 ieme, 18 décembre 2025, 17h 30)

Stearway to Heaven de Led Zeppelin, adolescent j’écoutais ce morceaux en boucle sur un tourne disque Teppaz. J’ai gardé tous mes vinyles. Un jour j’ai dit à mon fils, il devait avoir une dizaine d’année, écoute ça. Il a écouté à peine une minute et m’a dit, c’est de la musique de vieux, c’est nul. Quelques années plus tard, à son tour, il l’écoutait en boucle. Stearway to Heaven… Et si c’était ce qu’écoutait dans ses oreillettes ce jeune homme qui attend place de la Bastille en haut des escaliers qui montent des quais, dans ce crépuscule outremer. Il écoute Led Zeppelin, il a la vie devant lui, une patience d’ange et se sent immortel.

vendredi 6 février 2026

 

Danser avec les arbres

(Arborétum de Chèvreloup, 4 février, 11h 20)

J’aime danser avec les arbres Ce jour là, à trop danser avec ce hêtre tortillard, je suis rentré perclus de courbatures.

jeudi 5 février 2026

 

Jérémy

(Marnes-la-Coquette, 29 janvier, 9h 25)

Il distingue la fenêtre de sa chambre, une petite lumière qui perce le brouillard. Jeremy aime le brouillard. Il se se sent moins fou. Fou, il ne l’est pas, il est juste un peu différent, mais c’est ce que dit son petit frère, Jérémy est fou c’est pour ça qu’il est au foyer devant l’étang. C’est bien là-bas, c’est blanc et propre, on lui fiche la paix et il peut sortir faire le tour de l’étang. Il va voir les moutons de l’autre côté, huit moutons à tête brune qui défrichent. Ce matin tout est givré, sauf les tas de terre des taupes. Ça doit être chaud une taupe, se dit Jérémy, j’aimerais bien en tenir une dans ma main. Les moutons sont serrés les uns contre les autres sur la paille à l’abri sous un auvent de bois. Jérémy aurait voulu être berger, conduire un troupeau sur les collines qui ondulent à perte de vue. C’est pour ça qu’il aime le brouillard, non seulement il se sent moins fou, mais il voit plus loin, ils voit les collines comme des vagues vertes, avec les clôtures qui font des lignes sinueuses et les arbres courts sur pattes qui sont des repères sur les chemins. Dans le brouillard il voit mieux que tout le monde. La petite lumière là-bas c’est la lanterne qui se balance au bout du bras de son père qui le cherche sur la lande.

mercredi 4 février 2026

 

Une petite place

(Arboretum de Chèvreloup, 11h 26)

Au fond du parc de Chèvreloup, il y a des bois en friche où se réfugient renards et chevreuils. Entre arbres morts, herbes sèches et buissons farouches, je me trouve une petite place qui me va bien.

mardi 3 février 2026

 

La brume

(Marnes-la-Coquette, 29 janvier, 9h 35)

La brume s’accroche au temps

Qui accorde son pas

À celui du flâneur


lundi 2 février 2026

 

Jean-Marie

(Marnes-la-Coquette, 29 janvier, 10h 10)

Je suis allé pêcher quelques souvenirs dans le brouillard le long des étangs. Fins et légers comme la soie des araignées, ils s’échappent ou s’accrochent, tenaces. Je pense à Jean-Marie qui venait souvent marcher jusqu’ici. C’était sa promenade quotidienne. Jean-Marie s’en est allé il y a quelques années déjà, nous étions voisins, il était alors sculpteur, après avoir été facteur de masque, metteur en scène, mime, pédagogue. Je me souviens de nos longues conversations autour de l’art de l’acteur. Il y était souvent question de disparition, s’effacer derrière le masque, le  texte, le personnage. Et ce paradoxe, comme une naissance, une apparition, quand soudain l’acteur fait parfaitement corps avec le masque ou le texte, disparaître pour exister pleinement. Et j’aperçois la silhouette ronde et masquée de Jean-Marie esquisser un pas de danse  sur le pont avant de disparaître dans la brume.

dimanche 1 février 2026

 

Miniatures éphémères

(Parc de Saint-Cloud, 22 janvier, 17h 05)

Grelots