Jean-Marie
(Marnes-la-Coquette, 29 janvier, 10h 10)
Je suis allé pêcher quelques souvenirs dans le brouillard le long des étangs. Fins et légers comme la soie des araignées, ils s’échappent ou s’accrochent, tenaces. Je pense à Jean-Marie qui venait souvent marcher jusqu’ici. C’était sa promenade quotidienne. Jean-Marie s’en est allé il y a quelques années déjà, nous étions voisins, il était alors sculpteur, après avoir été facteur de masque, metteur en scène, mime, pédagogue. Je me souviens de nos longues conversations autour de l’art de l’acteur. Il y était souvent question de disparition, s’effacer derrière le masque, le texte, le personnage. Et ce paradoxe, comme une naissance, une apparition, quand soudain l’acteur fait parfaitement corps avec le masque ou le texte, disparaître pour exister pleinement. Et j’aperçois la silhouette ronde et masquée de Jean-Marie esquisser un pas de danse sur le pont avant de disparaître dans la brume.

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