Michel.e
(Blois, Loir-et-Cher, 13 février, 12h 25)
Il s’appelle Michel. Il aurait bien rajouté un e à son prénom, mais il n’est pas prêt. Il garde ses secrets. Pourtant il faudrait. Briser la façade tant qu’il y a encore un minimum de tolérance. Le vent tourne et ça le chagrine. Il ne montre rien, il reste droit dans son uniforme de policier municipal, le visage fermé. On ne sait rien de lui, si ce n’est qu’il est extrêmement rigoureux, que jamais le pli de son pantalon ne fait défaut. Michel passe ses journées dans un étroit bureau devant des écrans reliés aux caméras de surveillance de la ville, la ville où est né le magicien Robert Houdin, la ville où l’artiste Ben a crée La Fondation du Doute. Michel a d’ailleurs tendance à concentrer son attention sur le secteur du château où se trouve la maison de la magie et quelques panneaux indiquant la Fondation du Doute qui se trouve plus loin. Il a surpris un jour un homme en train de voler l’un de ces panneaux. L’homme identifié rapidement grâce à la vidéo de surveillance a dit pour sa défense qu’il avait volé l’écriteau pour être sûr de ne pas se perdre. Le panneau a été restitué, l’affaire a été classée, l’homme et Michel sont devenus amis.
Aujourd’hui, il y a quelque chose qui cloche. La caméra n° 3 fixée sur un mur sale, à côté d’un réverbère au dessus d’une porte numérotée 4 à laquelle on accède par un petit escalier, surveille les grandes marches qui mènent à ce mur et repartent à angle droit vers le château après ce premier palier. Toute la journée Michel a vu des gens monter, s’arrêter sous le réverbère, frapper à la porte après un rapide coup d’œil alentour, et entrer. Aucun n’est ressorti. À seize heures, c’est son ami l’homme au panneau, l’homme qui craint de se perdre, qu’il voit entrer. Michel a demandé à son collègue de nuit de lui laisser la place. Ce n’est pas la première fois, on est souple avec le règlement au commissariat, très souple, la combine fait partie des mœurs policières, ça tombe bien, il y a un match de Rugby à la télé et le collègue est accroc, il sera mieux devant son écran géant avec chips et cannettes. Michel reste la nuit entière les yeux fixés sur l’escalier. Caméra trois, écran trois, les yeux qui piquent à force de regarder et personne ne sort du numéro quatre.
Le lendemain Michel appelle son ami. Personne. Il va au numéro 4 en haut des grandes marches. Il cherche une autre issue pour ce bâtiment. Aucune. Juste une fenêtre, de l’autre côté, très haute.
Quand il reprend son service, il vérifie les enregistrements précédents. Jamais personne ne sort tandis que d’autres encore sont entrés. En visionnant les enregistrements, Michel réalise que hormis son ami, il ne reconnait personne de sa ville. Pourtant il en connait du monde, il est discret mais très observateur. Mais là, que des inconnus, qui entrent et qu’on ne voit plus, plus jamais.
Après plusieurs jours sans nouvelles de son ami, après avoir vu encore d’autres étrangers entrer au numéro 4 sans en ressortir Michel se décide à aller frapper à cette porte. Peut-être un passage vers un autre monde? Le nôtre part à vau-l’eau. Michel pense à son ami, Michel se sent fébrile, Michel écrit un mot pour son collègue qui viendra prendre la relève: Je suis allée au numéro 4 du grand escalier. Si je ne reviens pas travailler demain, ni après demain visionne les enregistrements de la caméra n° 3, Michèle.
Michèle, avec un e. Ainsi a signé Michel avant de disparaître.
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