mardi 11 août 2026


Ligne de vie

Une histoire de Rick Delaveine, surfer et batteur de jazz de renommée internationale

(Parc de Saint-Cloud, 9h 15)

Rick trace dans le parc de Saint-Cloud. Faut marcher vite, lui a dit le toubib, vite et souvent, pour le cœur. Rick a hérité des coronaires de son paternel, tu parles d’un héritage. On l’a ouvert comme une huitre, on a fait des ponts, des pontages comme on dit, des raccourcis, des détournements, bref ré-irrigation du palpitant. Et ça marche on dirait, il a rajeunit, même sa prostate s’est calmée, faut juste qu’il se refasse les bras et les épaules pour le surf et les baguettes. Il a des tas de compositions dans la tête, des tempos d’orage, des mélodies d’hosto, des danses de boiteux, des chants de couloirs, bref la vie quoi. Il a noté deux , trois morceaux, verticalement, à la japonaise, sans doute à cause des vingts centimètres de cicatrice en plein milieu, le long du sternum, une troisième ligne de vie, main gauche, main droite et sternum.

Rick trace dans le parc, tchica tong kong tchika tong kong, il chantonne et il y a le gravier qui crisse et les feuilles sèches qui froissent, il a la pêche, les arbres avec lui, en voilà un avec un air de Pinocchio qui lui fait un clin d’œil, Rick se retourne, il y a une fille à tomber qui promène son chien, juste derrière lui, elle aussi elle chantonne, elle a repris la rythmique de Rick, tchica tong kong…Elle a des airs de brésilienne et un sourire de Cadillac, le chien  a l’air bonnard, pas jaloux pour deux sous. Rick sait déjà ce qu’il dira quand elle posera sa tête sur sa poitrine, une troisième ligne de vie…Si c’est pas pour elle, ce sera pour une autre… Ou un chien …

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