dimanche 23 avril 2017

Miniatures éphémères
La Cathédrale


"Prenez une cathédrale
Et offrez lui quelques mats
Un beaupré, de vastes cales
Des haubans et halebas
Prenez une cathédrale
Haute en ciel et large au ventre
Une cathédrale à tendre 
De clinfoc et de grand-voiles
Prenez une cathédrale
De Picardie ou de Flandre
Une cathédrale à vendre 
Par des prêtres sans étoile
Cette cathédrale en pierre 
Qui sera débondieurisée
Trainez la à travers prés
Jusqu’où vient fleurir la mer
Hissez la voile en riant….."

(Jacques Brel, la Cathédrale, Chanson inédite 1977)

(Hendaye, 28 mars)

samedi 22 avril 2017



Un Dimanche au Parc


Ileana  a posé son cabas et s’est assise sur un banc, face la prairie.  Du bout des doigts elle a compté les quelques pièces gagnées aujourd’hui. Il lui restait aux ongles des traces de vernis écaillé. Elle a ôté ses chaussures et s’est massé les pieds, longtemps, le regard vide.
Puis elle est repartie…

(Villa Doria Pamphilj, Rome, 9 avril)

vendredi 21 avril 2017


Celui qui retient la colline


Depuis quand est-il là celui qui retient la colline? Plus loin, la terre à bougé, des arbres sont tombés, les murs se sont ouverts. Ici, à Tivoli, depuis cinq siècles les jardins de la Villa d’Este sont intacts, l’eau coule aux fontaines, les enfants courent dans les allées, les hauts cyprès veillent.
Il se fait oublier celui qui contient la terre et les pierres. Dans un creux, à l’écart, il fait corps, il devient terre, mousse, lichen, il se fond. Mais il tient bon. Depuis quand?  Quand il disparaitra, avant que la terre n’éclate, un autre viendra, à son tour il retiendra la colline, ancré dans le rocher comme les fers qui tiennent les murs. Sur les pentes l’eau continuera de couler et les enfants de jouer.

(Tivoli, Italie, 11 avril)

jeudi 20 avril 2017



Repos


Il est tard. Ce matin, j’ai quitté le Mâconnais à sept heures. Arrivé à midi à Paris. La route encore, avec ses présents. La fatigue aussi. Toute la journée, travailler, relire, organiser, imprimer, prendre des rendez-vous, la fièvre d’un projet en devenir.
Ce soir, je ne suis bon qu’au repos. Choisir une image, ce sera cette rue du Trastevere à Rome où j’étais la semaine dernière. M’y glisser. Devenir l’un de mes personnages, m’appuyer contre le mur, rester là à regarder bouger le linge, écouter l’homme qui chante plus loin à une terrasse de café, attendre…

(Rome, 14 avril)

mercredi 19 avril 2017


Illusion


Il y eut autre fois dans les jardins de la Villa d’Este, une duchesse plus très jeune qui chaque matin aux beaux jours venait se rafraîchir à cette fontaine. Elle se penchait, écartait avec grâce son décolleté,  et s’aspergeait d’un peu d’eau fraiche qui lentement coulait entre ses seins.
Elle souriait alors à ce visage  de pierre qui, lui, ne cesserait jamais de s’étonner de sa beauté.

(Villa d'Este, Tivoli, Italie, 11 avril)

mardi 18 avril 2017


Signes


 6h30, je pars vers la Bourgogne ouvrir un nouveau chantier. Les cieux ce matin sont de merveilleux augure. Voir dans les traces, sur le ciel, sur le sable, sur l’écorce, sur la neige, sur les murs ou sur les visages, voir dans les reflets, sur les flaques, sur les vitrines, sur les verres et les bouteilles, voir dans les astres, voir dans les ombres, voir dans l’infime qui vole et se dépose, y voir autant de signes pour envisager la suite, ce n’est pas de la superstition, c’est se nourrir de la beauté de ces instants pour avancer.

(Vaucresson)

lundi 17 avril 2017



Un Sourire

 
Quelques feuilles encore au tronc brisé
Il reste au vieil homme la force d’un sourire

(Villa Doria Pamphilj,  Rome, 9 avril)

samedi 15 avril 2017


Le Clown


Ce sont deux vieux clowns. Ils s’insultent, courent l’un vers l’autre, sautent et leurs poitrines se heurtent. Ils recommencent en partant de plus loin, redoublant d’insultes, sautant plus haut, heurtant à nouveau leurs torses bombés. Et encore une fois, plus loin, plus haut, plus fort. Et encore, et encore jusqu’à ce qu’ils s’étalent à bout de souffle au pied d’une chaise haute, très haute, sur laquelle un enfant en frac tirant comme une locomotive sur une vapoteuse, siffle et hurle: Au suivant!
C’est ce que rêvait le vieux Massimo à l’instant où il fut réveillé par une perruche qui jabotait allègrement dans l’olivier au pied duquel il faisait sa sieste avant d’entrer en piste.

(Villa Adriana, Tivoli, Italie, 11 avril)

vendredi 14 avril 2017



Depuis que la terre a tremblé


Depuis que la terre a tremblé, la maison de Claudio est ceinturée de traverses de bois et de câbles qui la font tenir debout. D’autres maisons se sont écroulées.  Certains ont voulu reconstruire, les moyens ont manqué, captés par la mafia, et les grues rouillées sont restées là devant les murs effondrés. Beaucoup ont définitivement quitté le village.  Claudio lui ne partira jamais, il ne connait que ce bout de terre rocailleux des Abruzzes. Il vit dans une caravane à quelques mètres de la maison. Il dort peu, incapable d’oublier le bruit de la terre qui tremble, ce bruit sourd, si grave qu’il frappe le ventre.  Il était trois heures trente quand la terre a grondé. Quand il est trop inquiet,  il grimpe dans les montagnes au dessus du village. Là, sur un sommet arrondi à distance de tout  à pic, il s’étend dans les herbes épaisses couchées par la neige, il ferme les yeux et écoute le vent, le seul bruit qu’il y ait là haut. Il est alors certain que rien ne peut lui tomber sur la tête.

(Quelque part au dessus de Filetto, Abruzzes, Italie, 13 avril)

jeudi 13 avril 2017



La Fontaine des 99 Bouches


À la fontaine des quatre vingt dix neuf bouches, un petit garçon, les cheveux en bataille et l’œil malicieux, s’apprêtait à éclabousser sa petite sœur quand il fut pétrifié par le regard de la pierre.
Il y avait heureusement quatre vingt dix huit autres visages, dont certains au regard bien plus doux, et de toutes ces bouches l’eau coulait. La petite sœur ne fut pas épargnée.

(L'Aquila, Italie)

mercredi 12 avril 2017


Rituel


Basilique San Giovanni. Une immense porte de métal noir fait face à la luxueuse nef. Les visiteurs admirent l’or des plafonds et les monumentales statues de marbre. On se signe et on parle à voix basse. Seuls deux amoureux ont remarqué la lumière sur la porte, ils tournent le dos aux ors et aux prêches. Le plus beau des rituels n’est-il pas de frotter son nez contre le ventre de l’autre au petit matin? murmure l'homme à l’oreille de sa compagne.

(Rome, 10 avril)

mardi 11 avril 2017


Tivoli


 De là haut, derrière le rideau blanc, j’entends un soupir, une petite voix qui veut parler, je ne comprends pas bien ce qu’elle dit, il y est question d’attente, d’enfants qui dévalent les escaliers et bousculent les vieillards, d’hommes qui boivent et de femmes de catalogues. Il y est question de la terre qui tremble et des portes qui ne ferment plus, il y est question d’un pays où les cyprès et les oliviers sont si vieux que dans leurs troncs s’inscrivent toutes les peines et les joies de ceux qui vivent là.

lundi 10 avril 2017


Pencher


Le vieux s’est endormi  sur un banc,  la bouche ouverte, une main sur le ventre, sous les pins parasols. Sa tête penche.
Son fils l’observe, à distance. Il penche la tête puis le corps entier. Ne faire qu’un, avec les arbres et le père. Autrefois ils sortaient les jours de tempête et s’inclinaient côte à côte face au vent. ce serait à celui qui pencherait le plus sans tomber, et le vent s’engouffrait dans leurs bouches qui riaient aux éclats.

(Villa Doria Pamphilj, Rome, 9 avril)

dimanche 9 avril 2017


Sur les Bords


Sur les murets qui longent les plages
Sur les bords des trottoirs
L’enfant court en équilibre
Ne pas quitter la ligne de jointure
La vue plongeante sur la liberté

(Dans les airs, quelque part entre Paris et Rome)

Miniatures éphémères
Lire et relire


 Lire et relire, pour ne pas se dessécher.

samedi 8 avril 2017


Une Carte Postale


Baie de Somme, image d’Épinal. Ce pourrait être une carte postale de tante Agathe collée au frigo par un petit aimant en forme de chien. Ce pourrait être une carte postale de Louis accrochée avec une pince à linge bleue sur un fil qui traverse la chambre du vieux Charles. Ce pourrait être une carte postale de Jeanne, punaisée sur un panneau de liège entre deux commandes dans l’atelier de Ghislain. Ce pourrait être une carte postale de Mathilde entre deux pages d’un livre de Mamie Jacqueline. Ce pourrait être une carte postale de René scotchée derrière le bar de Jacques à côté de la Suze. Ce pourrait être une carte postale de Mélanie précieusement glissée dans la poche intérieur du veston de Léon.
Et c’est un  pécheur qui peste contre la raréfaction du poisson et qui se dit qu’il ne sera bientôt  plus qu’une carte postale.

(Baie de Somme, 30 novembre 2016)

vendredi 7 avril 2017


Un Goût d'Éternité


 Au pied du château de Verteuil
À l’heure où s’abreuvent les vaches
Sur la Charente les oies et les canards vont par deux
Et nous partageons thé blanc et brioche
 Au moulin avec quelques amis
Ici le printemps a un goût d’éternité


jeudi 6 avril 2017


Au Petit Hameau de Fayolle


Au Petit hameau de Fayolle
Un vent frais
Les premiers martinets
Et un Zèbre sur une branche

(Lonnes, Charente)

mercredi 5 avril 2017


La Boucle


Au dernier replat, il ne reste plus que quatre cent mètres à parcourir  avant d’atteindre la crête. Le vieux Demetrio reprend son souffle. L’ascension devient de plus en plus difficile, il lui faut souvent s’arrêter. Il s’appuie sur son bâton tandis que son chien fait des allers et retours devant lui en jappant. Demetrio repart, il peine, parfois sa chaussure accroche la pierre. Pas une goutte de sueur à son front, il est sec, comme le ruisseau qui coule derrière la ferme. Il n’y reste qu’un maigre filet d’eau au printemps, et à la fin de l’été, rien. Il fut un temps où les pentes restaient vertes jusqu’à l’automne. Maintenant tout est jaune, un jaune pâle, la montagne a mauvaise mine. Les pottoks sont une race de chevaux particulèrement résistante, mais ils tombent, les uns après les autres. La dernière fois que Demetrio est monté voir ses chevaux, il y avait  encore une carcasse à moitié mangée par les vautours. Demetrio n’a pas pleuré, trop sec, il a fait une grimace et son chien l’a regardé en dressant les oreilles.
Demetrio grimpe, lentement. Il s’arrête à nouveau. Et ces nuages qui passent, ne font que passer, sans jamais donner de pluie. Il doit bien y avoir de l’eau dans ce gris, où-va-t’elle?
Demetrio s’approche de la crête, et encore, il s’arrête. Mais maintenant ce n’est pas pour reprendre sa respiration, non, c’est une vision qui l’arrête. Il se voit là haut, ombre chinoise sur la crête, suivi du chien, des derniers pottoks, et de sa femme, ses enfants, ses petits enfants, le curé, le maire, l’ accoucheuse et l’ institutrice, et ses amis qui ne sont plus là. Une joyeuse procession défile sur la crête. Il se souvient alors de ce spectacle d’ombre qu’il avait vu à l’école. Il avait six ans, une troupe de marionnettistes avait fait escale au village. C’est le seul spectacle qu’il ait vu de sa vie entière, un éblouissement. Il se souvient de ces ombres dans le cadre blanc, de la voix chaude du conteur, invisible. Alors Demetrio sait qu’il ne montera plus, il est arrivé, la boucle est bouclée.

(Ibardin, Pays Basque, 18 février)

mardi 4 avril 2017


La Lune à la Fenêtre


« Le voleur parti 
n’a oublié qu’une chose
la lune à la fenêtre »

Il reste encore un peu de lucidité à Nicolas, un peu de force et de lucidité pour murmurer ce Haïku de Ryōkan. Il est là depuis trois jours, dans un réduit de béton, un ancien local à poubelle sans doute, trois murs gris et une porte métallique faussée qui laisse passer l’air froid. Il pensait l’hiver derrière lui, mais il y eut ce glacial et meurtrier sursaut. Un froid traitre qui brûle les bourgeons et gèle les flaques où boivent les oiseaux.
Nicolas ne parle plus à personne depuis longtemps, seuls quelques poèmes parfois s’échappent de ses lèvres gercées, des poèmes de sa vie d’avant, des poèmes qu’il aimait dire à ses jeunes élèves.
Ses méthodes d’enseignement peu orthodoxes ravissaient les enfants et inquiétaient les parents.
Certains se sont plaint, ce n’est pas avec des vers « chinois » que leurs charmants bambins affronteront l’avenir. Et puis il y eut ce jour de printemps où lors d’une sortie au parc, après avoir écouté cet autre haïku de Ryōkan,  « là elle se couche  Reste couchée ainsi  L’herbe du jardin », les élèves se roulèrent dans l’herbe tendre avec leur professeur sous les yeux ébahis d’une mère accompagnatrice. Ils n’en fallait pas plus pour que les ragots commencent à courir, de sales petits bruits qui glissent sous les portes, et s’invitent à l’improviste dans toutes les conversations. Quelqu’un avait vu Nicolas une nuit derrière l’école avec un homme, ils s’embrassaient, il en était sûr. Un autre disait qu’il devait avoir le Sida, ses visites fréquentes à la pharmacie et son visage émacié en attestaient. Que faisait-il avec leurs enfants? Les enfants eux même commencèrent à se poser des questions, le sale petit bruit commençait ce lent travail de sape dans leurs esprits malléables. L’un d’entre eux finit par dire ce qu’on voulait lui faire dire, Nicolas lui avait fait un câlin. Un câlin comment? Ben un câlin quoi. Nicolas avait juste consolé l’enfant qui s’était écorché sur les graviers. Nicolas était un tendre, un fragile qui ne supportait pas de voir quiconque souffrir, un idéaliste qui ne doutait pas de la bonté humaine. Il reçut les coups sans comprendre. L’inspection académique fut saisie, il fut mis à pied. La joie céda la place à la peur et  au doute. Les cris de son père refirent surface. Tout ce qu’il avait patiemment mis en place pour fuir le monde rigide et glacé de son enfance s’écroulait.
À quoi bon… Il renonça à se battre, cessa toute activité. Il resta cloitré chez lui jusqu’à ce que l’on viennent saisir le peu qu’il possédait. Et il partit, quitta définitivement cette ville qui l’avait déclaré coupable. Coupable de quoi? Coupable! C’est tout, coupable!
Il partit sur les routes rejoindre ceux pour qui ça ne collait pas trop ici bas, il partit sur les routes pour n’être plus que dans la marche, mettre un pied devant l’autre et ne penser à rien.
Depuis deux ans, il marchait, deux hivers déjà, son corps trop fragile ne tiendrait pas longtemps. Il passait dans les villes comme une ombre. Son seul réconfort était le chant des oiseaux à l’aube.
Ce matin, aucun oiseau. Dans son réduit, Nicolas à passé la nuit à grelotter, recroquevillé sur des cartons, il n’a pas dormi et pourtant il est épuisé. Il n’y a pas la place pour se tenir allongé, il est adossé au mur du fond, les pieds contre le métal rouillé de la porte. Il sent que le jour se lève, il veut lui aussi se lever, mais il n’en a pas la force. Il pousse la porte avec son pied, la porte grince.
C’est drôle, il fait nettement moins froid. Tiens, La lune est encore là. « Le voleur n’a oublié…. »
La lune roule, une tête  toute ronde qui roule. « Le voleur… ». Enfin Nicolas s’endort.

(Tartas, landes, 13 janvier)

lundi 3 avril 2017


Notre Plage


Ils ont toujours été là, ces deux rochers, côte à côte, et nous marcherons main dans la main sur le sable humide jusqu’à ce que nos jambes ne nous portent plus.

(Hendaye, 28 janvier)

dimanche 2 avril 2017


Miniatures éphémères
La Chrysomèle et l'Intellectuel


Au pied des falaises, sur un bois flotté, une chrysomèle et un intellectuel discutent de l’avenir du monde. Ils ont tant à apprendre l’un de l’autre, la conversation va bon train, ils parlent du goût des feuilles et de la langue de bois, des pluies acides et du prix de l’eau, des territoires et des frontières, de la fragilité et de la résistance, de la relativité et de la constance, de l’impermanence et de la corruption, des levers de soleil et des tempêtes, ils parlent à bâtons rompus tandis que la mer monte et que les vagues menacent…

(Hendaye, 28 mars)

samedi 1 avril 2017


Ils sont arrivés au printemps


Ils sont arrivés au printemps. Ils étaient cent sur une barque bleue. Le sable était  doux, leurs larmes étaient des larmes de joie. Mais à peine les fleurs ont eu le temps de s’ouvrir et de faner qu’ils ont du repartir...


(Hendaye)

vendredi 31 mars 2017


Le Parfum de la Jungle


 Grincement des treuils,  choc contre le métal, courses sur les passerelles de ferraille, odeur de gasoil, de cambouis, de vase et de bois coupé, cris des marins à la manœuvre,  bip-bip du sonar, grésillement de la radio, claquements de la chaîne d’ancre qui se dévide dans l’écubier, ronflement des moteurs, bouillonnement des hélices, le pont vibre sous mes pieds  tandis que souffle le vent d’autan et déjà je sens le parfum de la jungle, j’entends les oiseaux, les grillons et les grenouilles et la sueur commence à perler à mon front…

(Port de Bayonne)

jeudi 30 mars 2017


Bambou, Pierre et Eucalyptus


C’est au fond d’une étroite crique, taillée de biais sous les pentes où s’accrochent les pins, un discret vallon qui veut se faire oublier de l’océan. Il y coule un ruisseau  sur du sable blanc. On a construit là, au bord de l'eau, une cabane de bambous, bambous entrecroisés et posés sur le tronc d’un vieil eucalyptus adossé au rocher. Au sol, un lit de feuilles. Quel bel endroit pour s’aimer!

( Sur le sentier du littoral entre Hondarribia et Pasaia, 29 mars)

mercredi 29 mars 2017


La Terre est douce


 Quand Ladji a le mal du pays, il chausse ses baskets, des baskets Nike avec la virgule, des baskets dont rêvent tous les gamins là-bas, des baskets payées avec son premier salaire. Il quitte la ville, Hondarribia, et il court sur le sentier des douaniers, le sentier pierreux qui longe l’océan au pied du Jaïzkibel. Il court vite, saute de pierre en pierre, effraye les Pottoks et ne craint ni les ronces ni les taons.
Il court jusqu’à cette petite crique où la pierre à la couleur de sa terre natale, où la mer a creusé des lits de douceur et sculpté des fétiches pour conjurer le mauvais sort. Là il se couche sur le rocher, se love dans un creux. Il écoute. L’océan peut gronder, la terre est douce.


mardi 28 mars 2017



Les Clôtures


Je n’aime les clôtures que pour la beauté du geste du fermier qui enfonce les piquets à coups de masse, pour les lignes qu’elles dessinent dans les grandes plaines, pour la laine accrochée aux pointes de fer, et pour le geste de celui qui coûte que coûte les franchit.

lundi 27 mars 2017


Arbre ou Oiseau

 
Miguel a quinze ans, il ne craint pas les coups et se sent immortel.  L’avenir est là devant, porté par un parfum de printemps et d’océan. Miguel sera-t-il arbre ou oiseau?


(San-Sebastian,  26mars)

dimanche 26 mars 2017

Miniatures éphémères
Vas, mon amour


Chaque fois qu’il part, elle baisse la tête
Elle murmure vas, vas mon amour
Il part vite, sans se retourner 
Et revient toujours