mercredi 2 août 2017


Tenir Debout


(Bidart, Pyrénées-Atlantiques, 1er aout)

J’avais dix ans, mon oncle François me prêtait son immense planche blanche. Je la portais sur la tête, j’avais les bras bien trop courts. J’en sens encore le poids sur le sommet de mon crâne. nous surfions sur la Bidassoa, entre Hendaye et Fontarabie. Une vague magnifique roulait dans l’embouchure. Les digues ont été rallongées, les fonds dragués, la vague a disparue.
La liberté, l’exitation, la peur, la peur qui précède l’instant du départ ou de l’impact, une peur délicieuse, très proche du trac de l’acteur, une peur qui fait place à la joie dés que l’on est debout sur la planche et que l’on fait corps avec la vague, je sentais déjà que tout cela ne me lâcherait plus. Quelque chose de l’ordre de la sauvagerie de l’enfance, du désir autant que de l’abandon, du jeu le plus pur.
J’avais douze ou treize ans, mon père revint un jour avec une planche toute neuve, un des derniers modèles de chez Barland. Une planche grise et blanche. Mon père prit soin de dire qu’elle était pour toute la famille, mais très vite je me l’appropriais. Lui ne tenait même pas allongé dessus, et mes sœurs  ne montrèrent guère d’intérêt pour l’objet. Jamais mon père ne me fit autant plaisir que ce jour là. Je sens encore ce bouillonnement intérieur, mon corps entier souriait à la vue de la planche.
J’ai eu depuis d’autres planches dont je prenais bien soin. Je me souviens de tous les mauvais coups comme de toutes les plus belles vagues, du premier tube à Hendaye, de frayeurs à Guéthary, de sessions jusqu’à la nuit à Bidart. Ma nouvelle planche est verte.
L’esprit du surf n’est plus tout à fait le même, le business, l’agressivité (cette fameuse niaque dont on vous dit qu’elle est indispensable pour réussir), les spots sont surpeuplés, mais je ne renonce pas. Il m’arrive encore, à l’aube, ou au crépuscule, ou en hiver d’être seul dans l’eau, et chaque fois ces moments sont suffisamment forts pour s’imprimer dans ma mémoire.
Bien sur le corps n’a plus vingt ans, on manque de souffle, on est un peu rouillé, mais quand la vague vous porte on a  dix ans et on gueule comme un môme.
Si après un dîner au moment de partir quelqu’un me parle de surf, une demi heure plus tard nous sommes toujours sur le pas de la porte.
Il y a deux ans , début août, les vagues étaient magnifiques. Un mauvais mal de dos m’empêchait de surfer. Je trépignait. Alors je me suis mis à écrire ces histoires, ces souvenirs, ces sensations à partir de photos. Le mal de dos est parti, je suis retourné à l’eau. Je n’ai pas cessé d’écrire. J’étais pris. Je regarde les images, les paysages, les visages, comme la mer. Je lis d’abord. Je laisse venir. Comme la vague, les idées, les personnages, les souvenirs arrivent parfois immédiatement, d’autre fois après une longue attente. Il suffit alors de se laisser faire, c’est la vague qui décide.
Je surf, je joue, j’écris, je marche, il me semble n’avoir toujours fait qu’une seule et même chose.
Une quête d’équilibre, tenir debout, tout simplement.

2 commentaires:

  1. En sélectionner quelques unes pour le 12, à nous donner en partage, impatiente !

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  2. Que voila une préface inspirée, une introduction alléchante au funambulisme du "Pas de la tortue ", un préambule élégant...l'été continue d'inspirer...

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