mercredi 7 juin 2017


"Pfft"


Il aimait les mathématiques et la magie. C’était un pince sans rire, certains disaient qu’il avait la froideur d’une équation, mais d’autre disait que l’algèbre et la géométrie ont leur sensualité. De toute façon, il n’avait jamais laissé quiconque indifférent. Quand à quatre vingt treize ans on l’avait mis à la maison médicalisé des Pivoines, il avait un peu rechigné, mais pas longtemps. Très vite il avait trouvé en toutes ces aides soignantes africaines un public à sa mesure. Ses jambes ne le portaient plus, il était incontinent, sa tête et sa langue partaient un peu en vrille, mais ses mains fines avaient conservé leur incroyable dextérité, capables d’escamoter l’air de rien le dessert de madame Julienne, sa voisine de table. Il ne disait pratiquement rien. Chaque fois qu’il faisait disparaitre quelque chose, il faisait :« Pfft! »
Plus il vieillissait, plus il souriait. Il jouait sans cesse avec ses mains et se laissait faire comme du bon pain quand on le le changeait et le lavait. Quand ils regardait les aides soignantes de ses yeux brillants, elles disaient en riant: «  oh, monsieur Paul, vous nous préparez  encore un joli tour. »
Le lendemain de son anniversaire, le 6 avril, il a disparu. Evanoui, évaporé, on a retrouvé son fauteuil roulant dans un arbre, lui, on ne l’a jamais retrouvé.
Quand on a interrogé les aides soignantes, elles ont  juste fait: « Pfft! ».

(Lonnes, Charente, 6 avril)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire