vendredi 20 novembre 2020

 

L'endormi

(Vaucresson, 11h 20)

Un coin de bibliothèque. Les livres vont et viennent, le bouquet dans le vase varie suivant les saisons. Le soleil s’y pose avant midi de novembre à décembre. Un coin de paysage familier toujours changeant*.

Le dormeur sur sa paillasse vient de l’île de Gorée, en face de Dakar  au Sénégal. Gorée, île mémoire de la traite négrière. Je me souviens du jeune homme qui m’a vendu la statuette sur le port.

Nous étions là, Sophie, mes parents et mes sœurs avec leurs maris. Nous nous étions réunis à Dakar, là où mes parents vécurent quelques années, là où ma sœur ainée et moi sommes nés.

C’était en 1992, j’avais quitté le Sénégal à l’âge de deux ans, je revenais pour la première fois en Afrique 35 ans plus tard.

Lorsque l’avion atterrit à Dakar, j’aperçus sur le tarmac une silhouette dégingandée, aux formes rendues troubles par la chaleur qui montait de la piste, une silhouette qui allait nonchalante, indifférente au vacarme de l’appareil. Je ressentis immédiatement quelque chose de familier. J’ai déjà parlé sur ce blog* de ce moment, sans doute est ce à cause de l’extraordinaire surprise de reconnaître une terre dont je n’avais aucun souvenir. Je suis maintenant convaincu que nous sommes définitivement marqué par la terre sur laquelle nous avons fait nos premiers pas, aussi brefs furent-ils.

Cette terre est sèche d’un brun clair, légèrement rouge, comme le bois de l’étagère, sur laquelle un jeune homme dort sous les regards bienveillants d’un cinéaste et d’une tendre et romantique polonaise. 

Le soleil tourne, les rayons arrivent au visage de l’endormi après lui avoir effleuré les pieds et  le ventre. Le jeune homme ouvre alors les yeux, s’assoit sur le rebord de sa couche,  me regarde, me dévisage, comme si, à son tour, il était surpris de me reconnaître. Et il me parle de mon père…


*post du 25 décembre 2018

*post du 6 juillet 2016

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